Fleur du Cloître

 

Approbations précédentes

 

Approbation de Son éminence le Cardinal Lecot

Archevêque de Bordeaux

 

Archevêché de Bordeaux

 

Bordeaux, le 24 septembre 1897

 

Ma chère fille,

la vie et et la mort de votre regrettée Sœur Marie-Céline ont été pour votre monastère comme un parfum de vertu exquise, qui vous a causé les meilleurs impressions et vous laisse les souvenirs les plus édifiants.

J’ai compris facilement, quand vous m’avez communiqué votre dessein, le désir ardent que vous aviez de conserver, pour les Religieuses de votre Monastère, de si douces et de si fortifiantes émotions, et j'ai encouragé vos projets.

Vous avez fait un livre de ce qui aurait pu n'être qu'un mémorial de quelques pages racontant les traits les plus édifiants de la vie de votre petite sainte. On pourra trouver un peu longs, peut-être, les détails qui précèdent l’entrée de la jeune Germaine au couvent. C'est biographie complète qu’a voulu donner votre coeur, une heureux de retrouver et de reproduire tous les mouvements d'une âme merveilleusement privilégiée. Et vous avez mis au service de vos émotions tous les trésors d'une imagination dont nous avons trouvé ailleurs les pieuses créations.

Que Dieu daigne vous bénir, et avec vous, l’œuvre de souvenir reconnaissant, qui donnera au Monastère de l’Ave Maria une sorte de baptême saint et d’où sortira vénéré le nom de Sœur Marie-Céline.

Croyez, ma chère Fille, aux meilleurs sentiments de votre Supérieur et Père en Dieu.

 

+ V.-L.-C. Lecot,

Arch. de Bordeaux.

 

 

Approbation du Ministre Général de tout l’Ordre des Frères Mineurs

 

Sur le rapport qui nous a été fait, nous sommes heureux d'ajouter notre approbation à celle de l'Éminentissime Cardinal de Bordeaux. Nous faisons des vœux pour que la vie édifiante de Sœur Marie-Céline produise, parmi les âmes chrétiennes, et surtout dans le cloître, des imitatrices de ses vertus.

 

Fr. Louis Lauer,

Min. général.

 

Rome, Couvent de Saint-Antoine, 16 novembre 1897,

fête de la Séraphique sainte Agnès.

 

 

Lettre du T.R.P. Dehon

Supérieur Général des Prêtres du Sacré Coeur de Jésus

Consulteur de la S. Congrégation de l’Index

 

Saint-Quentin, 21 août 1898.

 

Ma Révérende Mère,

Vous m’avez offert votre « Fleur du Cloître », je vous en suis bien reconnaissant. Oh ! Oui, votre chère Marie-Céline est bien une fleur, une fleur supérieure à celles de la nature, une fleur aux parfums multiples, parmi lesquels se distinguent plus nettement les douces senteurs du lys et de la violette et celles plus enivrantes de la rose.

Elle avait dit dans ses pieuses résolutions : « Je voudrais être une violette par l'humilité, un lys par la pureté, une rose par la ferveur de l'amour ». Elle a été tout cela, et les parfums mystérieux qui ont embaumé sa cellule à l'heure de son trépas, ont bien marqué que le Divin Époux était venu cueillir cette petite âme comme un bouquet mystique au Jardin de l'Ave Maria.

Ce n'était qu'une enfant quand Dieu l'a prise, elle avait 19 ans ! Mais c'était une enfant de la race des Louis de Gonzague, des Jean Berchmans, des Stanislas Kostka, et il est peut-être dans les desseins de la Providence qu'elle devienne une patronne de l'enfance et des noviciats, comme ceux-là le sont déjà.

Elle a passé comme une fleur, elle n’a vécu que le matin de sa vie, et cependant, ma Révérende Mère, de cette vie d’une enfant vous avez fait un volume dont l’intérêt ne se dément pas. Il a fallu pour cela votre talent de narration et le secours d’une grâce exceptionnelle.

Votre beau livre ne sera pas lu seulement avec profit dans les pensionnats et dans les cloîtres, mais aussi dans les familles chrétiennes.

À côté de cette enfant, vous nous avez montré une mère, une mère chrétienne, une femme forte de la race des Monique, des Symphorose, des Félicité, des Paula, des Aleth, des Blanche de Castille, des Jeanne de Chanta l ; une mère qui regardait ses douze ses douze enfants comme sa couronne, et qui en acceptait courageusement le sacrifice quand Dieu les réclamait prématurément.

Vous nous avez montré un père de famille, fidèle à Dieu et constant dans l’épreuve ; une sœur aînée qui mène dans une autre Communauté la vie de Marthe, pendant votre héroïne a choisi la vie de Marie dans la famille des Clarisses. Précédemment, vous racontez la vie et la mort d’une autre petite fleur du désert, la sœur Marie-Eléonore de Saint-Joseph.

Vous nous dires aussi ce qu’est la vie des Filles de Sainte Claire ou plutôt, par modestie, vous le laissez dire par des pages éloquentes empruntées à une âme de poète, qui nous montre la Clarisse « demandant l’aumône quotidienne l’austère aliment de sa vie, vouée au jeûne, à l’oraison, aux macérations de toutes sortes, auxquelles viennent s’adjoindre les travaux de l’esprit et des mains, le chant de l’Office, les veillées de nuit, passées à prier pour ceux qui dorment, pour ceux qui souffrent, pour ceux qui fautent dans les ténèbres... »

Ce siècle si vulgaire et si matérialiste a cependant semé nos cloîtres de ces fleurs. Quelques-unes ont donné un parfum particulièrement suave : telles Xavérine de Maistre, les sœurs Sylvie et Blanche de Sainte-Colombe, et, au sein d'une société d'élite, Mathilde de Nédonchel. Marie-Céline ne le cède à aucune autre.

Comme Louis de Gonzague, son modèle, elle a atteint la perfection en peu de temps, consummata in brevi explevit tempora multa...

Vous nous montrez l’enfant héroïque à dix ans, déjà devenant l’ange consolateur de sa famille et s’offrant en victime, pour détourner les cruelles épreuves qui s’abattaient alors furieusement sur ceux qu’elle aimait.

À sa prise d'habit,elle dit à son Jésus bien-aimé : « Me voici, coupez, brûlez, tranchez ; faites de moi ce qu’il vous plaira ; pourvu que mon amour pour Vous croisse de plus en plus, c'est tout ce que je vous demande ».

Au cloître, elle est l’ange du Noviciat. On se demande « où pourrait se trouver en elle l’ombre d’une imperfection ». On ne se lasse pas d’admirer « ses excès d’humilité, sa délicieuse simplicité, sa candeur incomparable ».

Un jour, on est étonné de la voir s'acheminer rapidement vers le Calvaire. Elle en donne l’explication : « J’ai demandé à Dieu la souffrance, dit-elle, et il m’a répondu ». Elle souffre longtemps et s’avance vite par la souffrance dans la perfection. Elle avait dit : « Le Bon Dieu veut que je souffre… au moins voudrais-je bien souffrir, souffrir très bien ».

Ses derniers jours nous reportent aux légendes des grands Saints du Moyen-Age. Des parfums mystérieux embaument sa cellule. La Vierge Marie vient au-devant d'elle avec un cortège de vierges.

Vous nous dites cela fort gracieusement et avec la réserve qu'impose l'Église pour le récit des faits merveilleux.

Puissiez-vous être beaucoup lue ! Les religieuses cloîtrées exercent l'apostolat par leurs prières et leurs sacrifices, vous l'exercerez aussi par ce beau livre. Puisse-t-il pour votre récompense vous conduire quelques belles vocations !

Priez bien au cloître de l'Ave Maria pour notre pauvre société si malade.

 

Agréez les dévoués hommages de votre humble serviteur.

 

L. Dehon,

Supérieur Général des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus,

Consulteur de la S. Congrégation de l'Index.

 

Lettre adressée à l’auteur par M. le Comte Gandelet

Chambellan de S. S. Léon XIII

Commandeur des Ordres de Saint-Grégoire-le-Grand et de Saint-Sylvestre

Décoré de la Croix Pro Ecclesia et Pontifice

Vice-Promoteur de l'Ordre des Avocats de Saint-Pierre

Membre des Académies Pontificales de la Religion Catholique, de la Tibérine et des Arcades

 

Château de Coligny, en la fête de sainte Thérèse, 1897.

 

 

Madame et Révérende Mère,

Pour répondre aux désirs qui vous sont témoignés de toutes parts, vous publiez dès maintenant la biographie de votre céleste « Fleur du cloître ».

Une âme d'élite se développant au sein d'une famille toute chrétienne ; un précoce appel de Dieu ; l'acceptation généreuse de toutes les douleurs, de toutes les souffrances, pour pouvoir répondre à ce divin appel ; le sacrifice accompli dans la joie ; quelques mois seulement de noviciat religieux ; puis la Providence jugeant le fruit mûr et l’enlevant à la terre : en peu de mots voilà toute la vie de celle qui s'appela dans le monde Jeanne-Germaine Castang, et en religion Sœur Marie-Céline de la Présentation.

La nature et la grâce semblaient l’avoir formée de concert pour la prédestiner au cloître. Elle savait joindre aux vertus religieuses la pratique de la pauvreté dont elle avait la passion. Elle était donc bien à sa place, bien à sa place chez les « Pauvres Dames de Sainte-Claire », ces séraphiques amantes de la Croix, dans l'Ordre des Franciscains, cette grande famille, tendre et austère, de pénitents, qui s'en vont pieds nus, à travers le monde et les temps, faire aimer et bénir Jésus-Christ et prêcher sa croix avec toutes ses horreurs naturelles et toutes ses divines tendresses.

Pour fixer le souvenir de Sœur Céline, vous avez puisé dans ses Écrits intimes, où se reflète sa pensée, où elle-même glorifie Dieu des grâces reçues, et où, sans y prendre garde, elle rend témoignage à sa propre fidélité.

Le monde est si mal préparé à comprendre les vocations religieuses, il les explique d'ordinaire par des motifs si étranges, qu'il fait toujours bon lui en raconter une dans sa simplicité authentique, c'est-à-dire d'après les paroles mêmes de l'âme appelée.

Alors, ceux qui n'ont point absolument résolu de ne pas entendre sont bien obligés de reconnaître là, autre chose qu'un caprice ou un dégoût, autre chose qu'une folie ou le résultat de la pression étrangère. Il leur faut saluer la grâce, confesser Dieu.

Oui, vraiment, le Christ Jésus est bien le mot de l'énigme : Jésus qui n'éteint pas la nature, mais qui l'élève et la console, tout en lui demandant de se sacrifier. Pour la jeune fille, Jésus est le dernier mot de tout.

Heureuses, mille fois heureuses sont celles qui puisent au foyer paternel – comme votre séraphique petite Sœur – les magnifiques enseignements de la religion, du devoir et de l’honneur.

A notre siècle d'énervement et d'affadissement, on ne saurait trop retracer de tels exemples aux parents et aux enfants ; aussi, je ne doute pas que votre livre ne fasse le plus grand bien, et n'ait sa place marquée dans toutes les familles chrétiennes, sur la tablette où les esprits justes et les cœurs délicats rangent avec respect ces amis inconnus auxquels ils doivent souvent d'être devenus meilleurs.

La vie de Sœur Céline, ma Révérende Mère, me semble être le sublime couronnement des œuvres admirables que vous avez publiées jusqu'à présent.

A la lecture de vos ouvrages, l'âme se repose avec bonheur, en méditant sur des pages embaumées du parfum de la plus tendre piété.

Leur méditation charme le cœur, ranime l'esprit de foi et de piété, la paix de l'âme, et rend l'esprit plus religieux en développant la vie chrétienne elle-même, et en augmentant dans les coeurs la dévotion envers Jésus.

On juge de l'arbre à ses fruits ! Quoi d'étonnant que, sous la conduite habile d'une telle maîtresse, à l'école de tant d'héroïsme et de si fortifiants enseignements, les vertus de Sœur Céline se soient rapidement et admirablement développées. Elles étaient d’ailleurs de celles que l’on rencontre rarement à ce degré de perfection chez une novice.

Tout en elle respirait la gravité, le recueillement, l'absorption en Dieu ; l'amour de son Créateur la possédait vraiment tout entière. Procurer la gloire du Divin Époux, l'unique objet de son amour, était sa pensée fixe. Elle le cherchait en tout et partout.

On n arrive à un tel détachement des objets extérieurs que par un dépouillement intérieur qui ne laisse guère de place à la volonté propre. Il n’est donc pas étonnant que l'obéissance de Sœur Céline fût exemplaire.

Heureuses, mille fois heureuses sont vos chères novices, ma Révérende Mère, de marcher, sous votre conduite, sur les traces de celle que vous avez si bien nommé « l’Ange du Noviciat », et qui en restera toujours le parfait modèle ! Elle pourront graver sur les murs de leur « Béthanie », sanctifié par le séjour de Sœur Céline, ces paroles que l'angélique novice leur laisse comme testament spirituel : « Ne faites jamais de peine à nos Révérendes Mères ». Elles pourront méditer à loisir, et jamais trop longuement, ce que l'éminent et vénérable Cardinal Archevêque de Bordeaux appelle, avec tant de paternelle délicatesse, l'œuvre de « Souvenir reconnaissant qui donnera au monastère de l'Ave-Maria une sorte de baptême saint, et d'où sortira vénéré le nom de Sœur Marie-Céline ».

Souffrir et mourir sont pour l'âme religieuse deux actes éminents et pour ainsi dire deux fonctions principales de son état même. Tant qu'elle garde la possession de soi, l'âme doit s'appliquer à tirer de la souffrance tout le fruit possible.

Ici encore, la séraphique novice nous apparaît comme type parfait de la perfection religieuse.

À mesure que l'âme de Marie-Céline allait s'élevant dans les mystérieuses ascensions de la sainteté, son faible corps allait déclinant rapidement. Bientôt, les souffrances les plus terribles devinrent son partage de tous les instants ; elles ne pouvaient être surpassées que par l'héroïcité de sa patience et de sa résignation. « Ne vous désolez pas, disait-elle à une de ses chères Sœurs, le — bon Dieu veut que je souffre et s'il permet que rien ne me soulage, moi je ne veux pas qu'il en soit autrement... au moins, voudrais-je bien souffrir !... souffrir très bien !.. »

Ce que les pages de ce sublime récit des souffrances et de la mort de Sœur Céline voilent le plus possible, c’est la maternelle sollicitude de la Sainte Abbesse et de sa digne émule, la Mère Maîtresse des novices, pour la chère malade. Toutes deux, elles se constituèrent, avec un admirable dévouement, les infirmières de cette délicieuse privilégiée de Jésus ; jour et nuit, elles se dépensèrent sans compter au chevet de son lit de douleur. Tout ce qu'elles purent lui donner de consolation, elles le firent avec leur cœur de mères ; nous n'en voulons d'autre preuve que cette inoubliable cérémonie des saints vœux de la profession religieuse dans la petite infirmerie du monastère.

Ah ! c'est que le comble du sacrifice, le sommet suprême de la douleur, ce n'est pas de donner sa vie : le grand martyre, quand on est mère, c'est de donner la vie de son enfant. Et Sœur Céline était bien l'enfant de choix et de prédilection de ses Mères vénérées. Elles voyaient arriver le moment suprême où il leur fallait remettre, entre les mains de Jésus, le précieux dépôt qu'il leur avait confié pour le rendre pleinement digne de lui. Sans doute, leur résignation était parfaite, mais le cœur saignant quand même sous l'étreinte de la douleur ; aussi, ne nous étonnons-nous pas de la note émue, des accents pleins de tristesse qui dominent dans cet émouvant récit. « On sent combien ce travail a dû être doux et et cruel – écrivait une autre âme d’élite, amie du monastère, au sujet de la séraphique novice et sa chère Maîtresse, – une telle mère racontant une telle folle ; ces pages seront délicieuses à lire et à méditer, mais on peut deviner qu’elles auront été écrites avec le sang du coeur ».

Puissent ces pages destinées aux âmes fidèles tomber comme par hasard sous les yeux de l’incrédulité, fixer un instant son attention distraite et lui fournir la plus douce et la plus puissante révélation qui puisse manifester Dieu au coeur de l’homme : la révélation de l’Amour… ! « J’ai soif de l’amour », disait Sœur Céline.

On lira le coeur ému et l’âme fortifiée, les chapitres où l'auteur,avec une simplicité pleine de charmes, dit la sainteté éminente de sa chère petite novice : la cellule rangée par les anges, les ravissants excès de sa charité, sa contemplation devant la crèche, son lit de douleur, la bague de Jésus-Céline, la tourterelle a fait entendre sa voix, mystérieuse psalmodie, parfums et chants célestes, vision d’une belle dame, le lys brisé…

Soeur Céline vécut comme un ange et mourut comme une sainte, trop tôt pour la terre, hélas ! Mûre aux yeux de Dieu, pour ses vues éternelles. « La fleur du cloître » est au Ciel, mais son parfum embaume encore l’Ave-Maria de Talence ; c’est là qu’elle accorde des grâces merveilleuses aux bienfaiteurs et aux amis du monastère, à tous ceux qui demandent à Jésus par son intercession.

En attendant, veuillez agréer, je vous prie, Madame et Révérende Mère, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux et me croire toujours votre bien dévoué serviteur.

 Comte Gandelet.

 

 Lettre adressée à l’auteur par M. J.-M. Villefranche

 

(Auteur du Fabuliste chrétien et des Vies de Pie IX, de Don Bosco, de l’Histoire de Napoléon III, etc, etc.)

 

Bourg le 15 décembre 1897.

 

Ma très Révérende Mère,

Je ne veux pas, comme imprimeur, laisser s'achever la Vie de Soeur Marie-Céline sans vous remercier de l'honneur que vous nous avez fait en nous confiant ce travail et du bonheur que nous avons éprouvé mes collaborateurs et moi, à l’exécuter.

Jamais, grâce à Dieu, jamais nous n’avons mis la main à rien qui puisse scandaliser, mais jamais non plus nous n'avions rencontré une impression aussi remplie d'édification et de charme.

Ah ! Les bonnes, les fortifiantes épreuves que celles de Marie-Céline ! Dirai-je en répétant l'exclamation d'un de mes correcteurs, si j'osais me permettre de jouer sur les mots.

Autant l'âme de la jeune novice, sitôt enlevée de ce monde, apparaît tendre, naïve, héroïque ; autant la plume de la narratrice est émouvante dans sa simplicité, élégante mais sans recherche et complètement exempte de l'afféterie trop fréquente dans les biographies pieuses ; bref, le peintre est digne du modèle.

Ce livre, c’est un coin du ciel entrevu de la terre, pour le réconfort de ceux qui errent dans les ténèbres et les poursuites vaines ; ainsi encore, par un jour pluvieux, un rayon de soleil glisse entre deux nuages, illumine un coin de l’horizon sombre et laisse deviner ce que sera la pleine clarté quand tous les voiles seront écartés.

Certes, et les luttes, les tentations même de Marie-Céline le montrent assez, voie étroite le chemin qui mène aux sommets est toujours la voie étroite et raboteuse de la Croix ; mais c est aussi la voie triomphale. Nous autres, gens du monde, qui regardons de bas et de loin, nous n'apercevons que les rudesses de l'entrée, nous concevons difficilement les allégresses et la légèreté de l'ascension pour les élus du sacrifice, que l'amour saisit et soulève. Nous ressemblons à l'oiseau qui marche et qui traîne le fardeau des ailes pliées ; mais ces même ailes portent l’oiseau qui sait les ouvrir toutes grandes ; sur elles il s’élance vers l’infini.

Quelle surprise lorsque parfois il nous est donné de voir que ce sont les cloîtres qui renferment le plus de joie et le moins de misères, même dès ce monde ! En obéissant à l’appel – si l’on est vraiment appelé – on fait d’héroïques abandons, mais combien on quitte plus d’illusions que de réalités ! On a eu le mérite de ses renoncements, parce que l’imagination vous faisait prendre des mirages pour un terrain solide ; mais combien vite on éprouve qu’on s’est tout simplement débarrassé d’entraves et d’obstacles !

Peut-être la lecture de cet ouvrage inspirera-t-elle à quelque jeune âme d’aller prendre la place laissée vide par l’heureuse novice. S’il en résultait une vocation, fût-ce une seule, quelle récompense pour la religieuse qui l’a écrit et pour tous ceux qui auront contribué à le faire lire !

Attirez-nous après vous, vaillantes privilégiées. Nous nous suivrons mal, trop de liens nous retiennent, mais aidez-nous, tendez-nous la main et, pour cela, ajoutez vos prières pour nous à vos sublimes exemples. C’est tout ce que je réclame de vous en particulier.

 

Votre très humble et tout dévoué serviteur,

J.-M. Villefranche.

 

Lettre du Révérend Père J.-M. Collomb

de l'Ordre des Frères Prêcheurs,

humble ami de l'Ave-Maria de Talence, à l’auteur d’une « Fleur du Cloître »

 

Madame et très Révérende Mère,

 

Avec l'affectueuse simplicité des Filles de Sainte-Claire, vous avez bien voulu me demander mon impression sur les pages consacrées par votre cœur à redire la vie de C'est avec une joie mêlée de votre céleste envolée.

C’est avec une joie mêlée de crainte que je réponds à votre invitation ; je n’ai en effet d’aucun titre à cette nouvelle et si douce marque de bienveillance que le souvenir du baiser de votre séraphique Père au Patriarche de la Famille Dominicaine, souvenir d’une émotion intense qui, depuis tantôt sept siècles, laisse entre les deux grands Ordres mendiants comme une traînée lumineuse de suaves sympathies.

C'est l'âme doucement attendrie que j’ai suivi pas à pas votre petite héroïne le long des dix-neuf années de son passage sur terre : en arrivant au Nunc dimittis de l'humble enfant, résolvant sa vie de vertus et de souffrances en envol angélique vers le Paradis, mon cœur, comme les vôtres, Révérendes Mères, qui avez eu la vision de tels exemples, n'a pu retenir un cri de reconnaissance envers Dieu, plus que jamais admirable dans ses saints.

Notre Seigneur avait voulu que son Église eût tous les charmes, après avoir eu les irradiations victorieuses de « ses témoins » auréolés d’une pourpre sanglante ; un souffle de son amour y fit germer les vierges, ces fleurs liliales des vieux cloîtres : fleurs célestes ! Fleurs immortelles ! Car après avoir embaumé les âges disparus au déclin de ce siècle tout à l’agonie effarée de ses préoccupations d’un jour, les créations de Jésus sont aussi fécondes qu'à leur première aurore. Les « folies de la Croix » sont bien vivantes ! Du milieu des ronces des crucifiements voulus s'élancent encore vers l'azur les ravissantes apparitions d'autrefois, et comme à l'aube de la vie monastique, portés sur les ailes des attirances divines, les séraphins et les saints s'envolent peupler les monastères du Ciel.

Ange et sainte, sœur Marie-Céline de la Présentation a été l’un et l'autre. Consummata in brevi explivit tempora multa. Pauvre petite violette des champs, sa vie a passé comme elle, simple, discrète, oubliée ; mais tel est l'attrait de l'humilité qu'involontairement l'arôme de son innocence a des charmes puissants sur les âmes : des effluves célestes s'en exhalent, il semble que ce ne soit déjà plus l'exil et l'on rêve, près de ces oubliées, des enivrements de l'au-delà dévoilé.

Cette vision elles l'ont eue pendant les quelques mois que leur a confié sa petite vierge ; elles l’ont eue à chaque minute de la journée, les pieuses moniales de l’Ave Maria, les mères dévouées surtout qui guident leur ascension au Calvaire, d’où l’on ne voit plus que la Croix irradiée d'amour.

Vous avez pensé avec raison, ma Très Révérende Mère, que cette vie si brève selon le monde, selon le ciel si riche, serait un exemple d 'un enseignement puissant à ce siècle si engoué de lui-même, si oublieux d'immolation.

Il semble en effet, à parcourir vos pages, que l’on ait sous les yeux quelqu’une de ces naïves chronique de moutiers où les vieux annalistes, en un langage tout embaumé de Foi, rediraient des récits merveilleux de pureté et de blancheur.

Aucune vie ne s'y prêtait mieux ; ce que les recluses d'autrefois étaient en l’extase des solitudes claustrales, votre fille l’a été ; comme elles, elle a aimé la pauvreté jusqu'à en faire sa compagne préférée ; elle s’est renoncée, comme elles, jusqu’à la crucifixion de son moi sur la croix de l’obéissance. Comme jadis pour ses Sœurs des vieux âges, la nature à pour Marie-Céline des préférences secrètes et des caresses gracieuses. « Le miracle traverse la cellule » et y laisse un rayon de légende qui fait rêver des chastes orantes du moyen-âge : ; ce sont les Fioretti de l’Énamouré de l’Alverne qui poussent à nouveau leur floraison de lys et de roses.

Acte d’amour de tous les instants, sa vie n’a été telle que parce qu’au cloître – où l’on s’initie à la science de la mort – elle a été une victime perpétuelle d’humilité. En brisant son coeur sur le pied du Crucifix, la petite Clarisse en fait jaillir, comme du vase de Béthanie, des vertus délicieuses.

Les derniers mois que Dieu vous la prête sont pour elle le triomophe de l'Ama nesciri, verbe mystérieusement fécond d'un auteur qui l'a réalisé si complètement qu'après trois cents ans de recherches, les perspicacités géniales de la critique moderne ont dû renoncer à fouiller la tombe ignorée, dans laquelle l'admirable psychologue monastique a voulu se coucher pour demeurer l'inconnu sublime.

Comme elle a soif d'être ignorée, la petite professe à l'angélique beauté ! Avec quelle ardeur elle gravit son Calvaire ! « Ce n'est pas si difficile d'aller au Ciel, il ne s'agit que de souffrir ! »

Comme elle souffre bien, elle, la douce vierge de dix-neuf ans qui se meurt de ne pouvoir mourir ! Ou plutôt, pour me servir du mot de saint Augustin, souffre-t-elle, elle qui aime ? Ou du moins si elle souffre, comme elle aime ce qu’elle souffre ! La mort, c’est-à-dire la vie dont l’aube n’aura pas de crépuscule, s’avance trop lentement au gré de son coeur, et cependant avec quelle générosité le martyre de la mort lui étant refusé, elle savoure longuement le martyre de sa vie d’adolescente ! La douleur qui fait se replier sur elles-mêmes tant d’âmes peureuses dilate la sienne, elle la sent prête à déployer son aile : plus que la souffrance, c’est la nostalgie de l'amour qui la tue. Quel entretien d'une suavité déchirante que celui de cette nuit où, penchée sur vous, ma Révérende Mère, elle vous parle du bonheur de mourir ; pour elle, mourir c'est s'unir à l'Epoux ravissant dont elle porte l'anneau.

Le cœur la suit avec larmes à travers l'agonie, trouvant au milieu des tortures de son ascension de la maladie la force de sourire et de consoler, dictant ce sublime billet d’adieu à sa sœur, quatre lignes de martyre qui font pleurer d’admiration et d’envie.

Et quand, après les angoisses dernières,en cette nuit du 30 mai 1897, « la Belle Dame et les angéliques théories d’enfants vêtues de blanc », viennent chercher l’innocente pour la conduire enfin au Désiré de sa passion virginale, n’est-ce pas le Te Deum qui s’envole de l’âme avec une prière à la petite élue, et j’ajouterais un merci de gratitude à la pauvre Clarisse qui nous dévoile cette vie d’ange et cette mort de Sainte.

Veuillez, Madame et Révérende Mère, en excusant la pauvreté de ces lignes, bien pâles pour un tel sujet, demander « à l’ange du Noviciat de l’Ave Maria » de se souvenir auprès de Jésus de celui qui l’honneur de se dire votre humble serviteur.

 

Fr. J.-M. Collomb, des Frères Prêcheurs.

 

Approbations des précédentes éditions

 

Imprimatur

Fr. Albertus Lepidi, O. P., S. P. Ap. Magister.

 

Nihil Obstat

Burdigalæ, die 22 Februarii, 1924.

R. M-J. Mauriac,

librorum censor.

 

Imprimatur

Burdigalae die 22 Febr. I924

A. Giraudin

vic. gen.

 

Préface de l’auteur

 

Quelques semaines se sont à peine écoulées depuis le jour inoubliable qui nous ravit notre bien-aimée Sœur Marie-Céline de la Présentation, et déjà, tous côtés, nous entendons un concert de voix pieuses réclamant la Vie de cette humble vierge morte à dix-neuf ans, en odeur de sainteté, dans une pauvre cellule de notre Monastère de Bordeaux-Talence.

La vie de Sœur Céline est une réalisation saisissante de la parole du Christ : « Quiconque s'humilie sera exalté ». Plus elle a voulu se cacher dans la profondeur délicieuse de notre solitude, plus elle a voulu disparaître et s'anéantir dans l'humilité claustrale du Monastère, et plus Dieu semble vouloir exalter sa Servante, plus grandit l'auréole d'amour, de respect, de vénération dont ses amis de la terre entourent sa mémoire ! Dans ce concert de louanges qui retentit sur la tombe à peine fermée de notre angélique Sœur, sa famille religieuse ne pouvait rester muette.

Nos Supérieurs ont jugé bon de répondre aux demandes des Amis de notre Ordre qui réclamaient une biographie de l’Ange du Noviciat. Notre charge de Maîtresse des Novices qui nous rendit l'intime confidente de Marie-Céline et l'heureux témoin de sa vie admirable nous aidera un peu dans notre mission d'écrivain... mais hélas ! Combien nous nous sentons impuissante à rendre la beauté, la pureté de cette vie plus céleste qu'humaine. Nous osons le dire, cette vie, quelque simple et modeste qu'elle paraisse, peut, sous certains rapports, être mise en parallèle avec celle de saint Berchmans : en tout temps Dieu veut des lys sur la terre... Béni et remercié soit son divin Cœur qui a daigné jeter la semence d'une telle fleur de pureté et d'amour dans le parterre de notre Ave-Maria…

Quelque indigne que nous soyons de raconter comment, sous l'œil de Dieu, germa et s'épanouit cette blanche fleur, nous osons le tenter, avec la bénédiction de l'obéissance et celle de Notre-Dame de l'Ave-Maria, reine des Vierges.

 

Ad majorem Dei gloriam !!!

 

Une pauvre Clarisse.

 

De notre Monastère de l’Ave-Maria de Bordeaux-Talence, le 2 juillet 1897,

en la fête de la Visitation de Notre Dame.

 

Introduction

 

« Donnez-nous, ô mon Dieu, des phalanges d'élus

Qui fleurissent la terre et consolent Jésus ;

Des saints pour nous apprendre à l'aimer davantage,

Des saints faisant rêver à ceux du Moyen-Age... »

(Rév. Mère Séraphine : B. Isabelle de France).

 

C’était à Rouen, au lendemain du martyre de la Vierge lorraine. Le bûcher fumait encore, une femme y arrive angoissée, haletante. À ses sanglots, à son attitude, on l’a bien vite reconnue. Pauvre mère, il est trop tard : la flamme a fait son œuvre, Jeanne n’est plus sur la terre, elle est au Ciel avec les anges. Trop tard ? Non, sur les cendres, il est doux de pleurer, de prier plus doux encore. Et longtemps, bien longtemps, les larmes coulèrent avec les prières. Larmes et prières Dieu les compte. Il les exauce toujours. Toujours il a du baume pour les plaies du coeur. Et voilà qu’à cette mère, il inspire, comme autrefois aux matrones romaines, de recueillir les cendres de la martyre. Ô heureuse pensée ! l’humble femme avait à peine commencé son œuvre qu’elle tressaille, un cri s’échappe de ses lèvres ; parmi les tisons, dans les cendres, ses mains ont rencontré une relique. Déjà elle la couvre de baisers, l’inonde de ses larmes et bientôt on la voit sur son coeur presser comme autrefois le coeur de son enfant.

 

« Son bras fut un vengeur, la flamme le brûla,

mais son coeur était pur et son coeur était là (R.P. Delporte, Récits et légendes).

 

Il y a environ huit mois, en un monastère de Clarisses, une âme prenait son essor vers le Paradis. Ce fut une joyeuse fête Là-Haut : les anges chantèrent leurs plus mélodieux cantiques ; mais sur la terre, quel deuil ! combien de larmes ! Le cloître était désolé ; novices et professes, toutes pleuraient. On l'aimait tant, Sœur Céline ! Elle était si douce, si pure, si sainte. Du bûcher de l'immolation volontaire, le cloître, de la fournaise incandescente du divin amour, du lit de la croix, la Vierge de Jésus vers Lui s'était envolée. Près de ce divin Époux, jubilante de bonheur, on savait bien que sa belle âme n'oublierait pas ses amis de la terre ; elle l'avait promis, on pouvait y compter et on n'attendrait pas longtemps les premières faveurs.

Mais, de la chère sainte, n'aurait-on pas de reliques ! le parfum de cette fleur du Ciel s'évanouirait-il comme celui des fleurs de la terre ? Enfin, de Sœur Céline ne resterait-il rien ici-bas... rien que le pieux souvenir ? « Defunctus adhuc loquitur ». Pour nos pauvres âmes, votre sainte, Seigneur, n'aura-t-elle plus de voix ?... et les vibrations de son cœur plus d'écho ? À cette prière, à nos pleurs, le divin Maître a répondu ; la voix de l'obéissance s'est fait entendre. Ange visible de la chère disparue, parlez et écrivez d'elle ! Cherchez dans les souvenirs de famille, dans ceux du pensionnat, interrogez le cloître, surtout ouvrez votre cœur d'intime confidente et révélez ses secrets. Bientôt, heureuse comme la Mère de votre Sœur de Domrémy, vous aurez trouvé non pas un cœur de chair, mais ce qui vaut mieux encore, les pensées, les paroles, les actes du cœur de la sainte envolée.

La volonté de Dieu s'était manifestée, il était doux d'obéir. La Révérende Mère auteur l'a fait avec bonheur. Une à une, elle a recueilli les reliques de son enfant chérie et, tout embaumées de son amour maternel, elle les a enchâssées dans ces pages.

Ici je devrais peut-être déposer ma plume et tout de suite laisser contempler, admirer les trésors de vertus de l'angélique Vierge de Nojals. Âmes candides et pures qui n'avez pas encore entendu la voix du monde, je n'ai plus rien à vous dire. Sœur Céline vous attend… et votre âme est impatiente de la rencontrer. Ouvrez le reliquaire et contemplez la fiancée de Jésus.

Mais qui sait ? des âmes moins heureuses, prévenues peut-être, ne partageront pas d'abord cette impatience. « Encore une biographie, diront-elles, il y en a déjà tant ! » À celles-là, il faut une réponse : la voici, elle est du R. P. Lacordaire, quelqu 'un qui connaissait les âmes et les besoins de notre siècle : « On ne saurait, disait l'éminent religieux, trop propager le culte et le souvenir des grandes âmes dans un temps où il y en a si Peu ! » C'est qu'en effet, comme l’a très bien dit Mgr Dupanloup, parlant de la vie des saints, « rien n est mieux fait non seulement pour animer les âmes ferventes et fortifier les cœurs faibles, mais encore pour ramener à Dieu et à la foi ceux que le malheur des temps en a éloignés ». Pie IX, de sainte mémoire, avait dit : « La presse est une œuvre pie d'une utilité souveraine ». Pourquoi ? Ah ! C'est qu'il faut le reconnaître, l'invasion des mauvaises lectures est, à l'heure présente, un des grands périls des âmes, de la famille et de la société. Quelle digue arrêtera ce torrent ?... Les bonnes lectures. Il y a des milliers de livres qui enseignent l'indifférence, l'impiété, le vice sous toutes ses formes ; il faudrait en semer des millions qui rappellent aux âmes leur grandeur, leurs devoirs et leur destinée. Aux livres qui énervent les âmes, opposer ceux qui inspirent le courage et la vaillance ; aux tableaux qui dégradent, opposer ceux qui ennoblissent ; enfin, aux livres du monde, de ce monde qu'un païen appelait déjà « la partie corrompue et corruptrice de l'humanité », opposer la vie des âmes grandes, pures, généreuses, la vie des saints.

En tête d'un de ses ouvrages, un des plus grands malfaiteurs littéraires de la fin du dernier siècle avait la cynique franchise de faire graver cet avertissement : « Je déclare que la jeune fille qui lira ce livre est une fille perdue ». Il pouvait le dire, j'en conviens, il avait mis dans ses pages assez de fiel, assez de venin pour empoisonner les âmes, mais je ne puis croire qu'un mauvais livre avec la malice du démon soit plus puissant pour le mal qu'avec la bénédiction de Dieu un bon livre pour le bien. Si Deus pro nobis, quis contra nos ? Nous n'avons peut-être pas assez de confiance en la force que donne le secours de Dieu ; sans cela, en tête de nos ouvrages, nous pourrions écrire, à l'encontre du triste corrupteur cité plus haut : Tolle, lege et vives ! Prenez la vie des saints, elle embaumera votre âme. On ne respire pas en vain la bonne odeur de Jésus-Christ. La vertu a des charmes qui attirent les cœurs généreux et font germer les saints. Étudier la vie des grandes âmes, c'est apprendre à les aimer, et quand on les aime, on est bien près de les imiter, de les suivre.

La biographie de Sœur Céline servira-t-elle à ce travail de sanctification ? Nous en avons l'intime assurance et nous estimons qu'elle est bien fondée.

L'évêque d'Orléans, nous l'avons vu plus haut, aimait la vie des saints, mais il la voulait belle comme leur âme. « Avant tout, disait-il, avec la conception juste et le sentiment exquis de ce qui convient en de tels sujets, avant tout et par-dessus tout, l'amour du saint, puis une étude approfondie de son âme, de ses luttes, de ce que furent en elle la nature et la grâce : tout cela tracé avec simplicité, vérité, noblesse, pénétration profonde et vivants détails, de telle sorte que le saint soit fidèlement représenté… ; des faits vrais, authentiques, précis, nombreux, mais groupés avec art et habilement disposés dans un ordre savant qui prépare et éclaire tout ; un style enfin simple, grave, ému, pénétrant ». Voilà ce que le savant prélat voulait rencontrer dans la vie des saints.

La biographie de Sœur Céline répondra-t-elle à ces exigences ? Pour ceux qui ont lu « Phillippa de Gueldre », « Le Mois du Divin Époux », « De la Terre au Ciel », « Isabelle de France », « L'Histoire poétique de la Bienheureuse Marguerite-Marie » et hier encore « Les Échos de Béthanie », ils savent avec quelle munificence celle qui a signé ces pages a reçu de Dieu le don de son amour et celui du discernement des âmes, ceux-là, j'en suis sûr, voudront tous respirer le parfum d'une « Fleur du Cloître ».

À ceux qui n'ont pas rencontré ces pages bénies, je n'ai qu'un mot à dire. Elles trouveront dans ce livre : le cœur d'une enfant révélé par sa mère. Le cœur d'une enfant, je veux dire sa candeur, sa naïveté, son innocence, sa ferveur, et pour lire dans cette âme limpide et transparente, le regard doux et profond d'une mère au cœur bien pur et bien aimant.

Et maintenant, vierges du cloître et vierges du monde, mères de famille et vous tous qui aimez la sainteté et voulez l'acquérir : Tolle et lege. Prenez et lisez. Et les vertus révélées dans ces pages, enchâssez-les dans votre cœur comme en un reliquaire ou plutôt comme dans un ostensoir d'où par vos regards, vos paroles, vos actes, elles resplendissent comme par autant de rayons. Hoc fac et vives. Faites cela et vous vivrez.

 

Pour vous, chère Envolée,

« Oh ! Laissez-nous un peu

Vous suivre pas à pas dans ce paisible lieu ;

Laissez-nous soulever un petit coin du voile

Qui recouvrait vos jours... Rayonnez, belle étoile,

Dans le ciel pur et doux du pays de l'amour…

Montrez-vous à vos sœurs pour qu'elles, à leur tour,

Sachent comment on peut, dans le vallon d'Absinthe,

Cheminer comme un ange... aimer comme une sainte ».

(Rév. Mère Séraphine : Hist. poetique d'Isabelle de France)

 

D. S. B.


Ad. Magnin,

Cure de Delley (Suisse),

 

 

19 novembre 1897, Fête de sainte Élisabeth de Hongrie, du Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise.

 

 


 

 

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