Marie-Céline de la Présentation

22 juillet 2020

Nouveau site officiel de la cause de canonisation de Marie Céline de la Présentation

Bienheureuse Marie Céline

 

Soyez les bienvenus sur le nouveau site officiel de la cause de canonisation

de la Bienheureuse Marie Céline de la Présentation

 

Dans ces pages seront developpées très prochainement,

la vie, la spiritualité et le message de celle que l'on appelle familièrement

 

La Fille de Nojals,

La Sainte de Bordeaux,

La Sainte aux parfums.

 

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Table des Matières

Accès direct aux différents articles

 

1- Bienheureuse Marie-Céline

 

Vidéo de présentation

La Fleur du cloître

Biographie brève

Béatification de Marie-Céline de la Présentation

La spiritualité de Soeur Marie Céline de la Présentation (Père Niquot)

La spiritualité de Soeur Marie Céline de la Présentation (Père Le Nezet)

Breve Biografía de la Beata Maria Celina en español

 

2- Ecrits de Marie-Céline

 

Correspondance

 

Lettre 1

Lettre 2

Lettre 3

Lettre 4

Lettre 5

Lettre 6

Lettre 7

Lettre 8

Lettre 9

Lettre 10

Lettre 11

 

Correspondencia de la Beata Maria Celina en español

 

Carta 1

Carta 2

Carta 3

Carta 4

Carta 5

Carta 6

Carta 7

Carta 8

Carta 9

Carta 10

Carta 11

 

3- Les Clarisses

 

Les Clarisses à Bordeaux

La Présence des Clarisses à Nérac

 

4- Agenda

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Fleur du Cloître

Fleur du Cloître

ou

Vie édifiante de Sœur Marie Céline de la Présentation

 

 par une Pauvre Clarisse

 

 

Table des matières

 

Pour accéder à chaque partie, cliquez dessus...

 


Imprimatur, - Déclaration, - Approbation Mgr Lecot, - Approbation du Ministre Général des Frères Mineurs, - Lettre adressée à l’auteur par le P. Dehon, - Lettre adressée à l’auteur par le Comte Gandelfet, - Lettre adressée à l’auteur par M. Villefranche, - Lettre adressée à l’auteur par le R. P. Collomb, - Approbation de la précédente édition, - Préface de l’auteur, - Introduction.

 

 

Chapitre I

Jeanne Germaine Castang

 

Le village de Nojals-Clottes, - L'église de Nojals, - La maison Paternelle, - Naissance de Jeanne-Germaine Castang, - Une famille patriarcale, - « Religion, honneur, devoir, c'est de famille », - Le berceau d'osier, - « Plutôt avoir cent enfants que d'en perdre un seul », - Des parents chrétiens, - La cinquième bénédiction du foyer, - Le grain le plus vermeil de la grappe de famille, - « Que sera cette enfant ? »

 

Chapitre II

Une famille chrétienne – Enfance de Germaine

 

« Le regard en haut on peut chanceler, mais jamais on ne tombe », - La foi robuste du paysan de la Dordogne ressemble à celle du paysan breton, - « Mes enfants, à genoux, pour remercier la Très Sainte Vierge », - « Un sou donné au pauvre n'appauvrit jamais », - Un oncle dévoué, - La vocation d'une sœur aînée , - Le ruisseau de Nojals, « Traversons le ruisseau », - Amusement néfaste, - « La bonne Dame sainte Anne »

 

 

Chapitre III

Caractère de Germaine

 

Germaine entend une voix que le monde ignore, - Vox dilecti, - Le lys de Nojals, - Germaine se fait « la bonne accoutumée de ses frères et soeurs », - Consommée en peu de temps, elle devait remplir un grand nombre de jours, - Les mères sont des docteurs à part, - « Il faut s'habituer à tout, on ne sait pas ce que l'avenir réserve », - L'éternelle lutte entre la terrestre nature et la céleste grâce, - Une page des malheurs de Germaine : la robe framboisée, - « Moi je veux voir Guignol », - Guignol ne laisse pas que de doux souvenirs, - Le plus gros péché de Germaine, - Le respect dû au bien d'autrui.

 

 

 

Chapitre IV

Marie, Reine et Mère d’une famille chrétienne

 

« Je veux mourir religieuse », - Les hardiesses de Germaine à six ans, - Le chapelet récité en famille, - Il y a des chrétiens qui vivent et qui meurent avec l'Ave Maria sur les lèvres, - Notre Dame du Perpétuel Secours sauve Mme Castang d'une mort imminente, - Une brassée de lys offerte à la Vierge Marie, - C'est à la suite de Marie que les vierges sont présentées au Roi.

 

 

Chapitre V

Charité de la mère – héroïsme de la fille – Germaine s’offre en victime

 

Parler des vertus de la mère c'est parler de celles de la fille, - Héroïsme de Mme Castang, - « Nous sommes sûrs d'être prédestinés pour le ciel si nous pratiquons de tout notre cœur la miséricorde envers le prochain », - Gracieuse hospitalité offerte aux hirondelles, - Gazouillis d'oiseaux et gazouillements d'enfants, - Germaine à dix ans pleure près de nombreuses croix, - Elle devient une héroïne, elle s'offre en victime, - Germaine est faussement accusée de mensonge, - Admirable silence ; comme Jésus elle se taisait.

 

 

Chapitre VI

L'adieu au pays — Cruelle morts — Tristes séparations

 

Rien de plus douloureux que l'adieu au pays, - Arrivée à Bordeaux, - Modestie de Germaine, - Germaine entre le 7 février 1891 à la salle de chirurgie, route de Bayonne, - Elle se livre courageusement entre les mains des chirurgiens, - « J'aurais bien voulu ne pas me réveiller et aller au ciel », - « Voyez Germaine comme elle prie bien », - M. et Mme Castang perdent deux enfants en dix jours, - Sur les joues de ceux qui pleurent le Créateur essuiera toutes les larmes, - Maladie de Louis Castang, - Lorsque Dieu fait abonder les croix sur nos épaules, dans le cœur il fait surabonder ses grâces, - Étrange tentative : « je te donnerai tout cela si tu veux te prosterner devant moi et m'adorer », - Vade, - Protection miraculeuse de Notre Dame de Talence.

 

 

Chapitre VII

Le baiser de la joie et le baiser de la douleur

 

Entrée de Germaine au pensionnat de Nazareth, - Germaine est surnommée « l'ange de l'atelier », - Les religieuses de Nazareth font l'éloge de l'ange de la douceur, - Première Communion, 12 juin 1892, - À la Confirmation, Germaine reçoit le nom de Claire, - L'éloge paternel, - Mort de Mme Castang, - Le voyage du 30 décembre, - Le toit hospitalier, - « C'est donc fini, je ne verrai plus ma mère ! », - Germaine triomphe de l'agonie de son âme pour devenir la consolatrice des siens, - Comment fut conduite à sa dernière demeure la mère de douze enfants, - Le 1er janvier 1893, - Mort édifiante de Louis Castang.

 

 

Chapitre VIII

Dieu seul

 

Les trois sœurs prennent le chemin de Nazareth, - Dieu sépare Germaine de tous ceux qu'elle aime, - Départ de Lubine et de Lucia pour Saint-Joseph d'Aubenas, - Les désirs de Germaine sont changés en tourments, - Plaintes fraternelles, - « Je puise le courage dans l'aliment divin », - « Le bon Dieu l'a permis ainsi, il ne faut donc pas murmurer », - Germaine ange de paix : « bienheureux ceux qui sont doux ! », - Trois jours dans les larmes, - Le divin Enfant de la Crèche a une petite main, cependant elle est grande en grâces, - « Que vais-je donc devenir si je n'ai plus personne ? » Le dernier coup de vent de la tempête la pousse au port.

 

 

Chapitre IX

Le Monastère de l’Ave Maria

 

Le 2 août 1893, - Saint François et Sainte Claire, - La chapelle de l'Ave Maria consacrée par son Éminence le cardinal Lecot, - « L'Ave-Maria hors les murs », - Le Lundi de Pâques 1896, - Germaine frappe au monastère : il lui est ouvert, - Lettre à Marie de Saint-Germain, - Le vrai bonheur n'est pas ici-bas, mais on le possède lorsqu'on est à Jésus sans retour, - Le passe-port de Germaine : ‘bienheureux les pères et les mères qui n'ont pas refusé à Dieu les enfants qu'il leur réclamait », - « Je ne me coucherai pas avant d'avoir dit mon chapelet », - Dernière entrevue de Germaine avec son père et sa famille, - Adieu, Germaine... adieu... demain tu nous auras quittés. Ecce venio, - Germaine lutte contre son frère : « Tu auras beau dire et beau faire, je me cloîtrerai parce que c'est ma vocation ».

 

 

Chapitre X

La meilleure part

 

Le 12 juin 1896, Germaine entre dans le tombeau de la clôture, - Elle entre au Monastère pour apprendre à mourir, - Les maîtresses de Nazareth lui donnent leurs larmes et leurs regrets, - Attollite portas vestras, - Naïf étonnement de Germaine, - Omnis homo mendax : tout homme est menteur, - Victoire décisive, - « Laissez-moi m'humilier », - « Que suis-je pour qu'on s'occupe ainsi de moi ? » - « Je veux tuer mon moi et saccager ma nature », - « S'immoler pleinement », - « Ce n'est pas si difficile que cela d'aller au ciel puisqu'il n'y a qu'à souffrir », - Tout était céleste en Germaine, - « Voilà une boiteuse qui marche joliment droit ! ».

 

 

Chapitre XI

Amour et sacrifice – Merveilleuse récompense

 

Germaine devient le bourreau de son coeur, - Notre Seigneur lui demande des sacrifices dans son oraison, - « Oh ! je vous en prie, laissez-moi être pauvre comme les autres ! » - Une petite âme, - La petite sainte du Noviciat, - Merveilleuse récompense : la cellule rangée par les anges, - L'obéissant racontera des victoires, - Admission de Germaine à la Vêture, - « Voilà ma famille, c'est trop de bonheur », - Une heure de céleste bonheur, - L'Agendo-Contra, - Germaine veut briser sa plume, - Plus les âmes s'aiment, plus leur langage est court.

 

 

Chapitre XII

La prise d’habit

 

Le journal de Germaine. Premier jour : la petite guerre ; - Deuxième jour ; obéissance et humilité, - Troisième jour : coupez, brûlez, tranchez, faites de moi, ô jésus, ce qu'il vous plaira, - « Ô mon Dieu, mille fois merci », - Résolutions de retraite, - Examen de conscience, - « C'est aujourd'hui la fête d'une Vierge : recherchons la pureté », Présentation en fleurs et présentation en fruits, - Veni sponsa Christi, - Jeanne-Germaine Castang s'appelle désormais sœur Marie-Céline de la Présentation, - Il y a des offrandes que Dieu agrée toujours, - Le rendez-vous au ciel, - « Supportez-moi en votre présence comme une petite fleur ! », - Lettre d'une pieuse sœur, - Lettre d'un oncle chrétien.

 

 

Chapitre XIII

Le désert a fleuri – Dieu a moissonné

 

L'ombre de la mort se présente : « La mort ne m'effraye nullement, au contraire », - Maladie foudroyante de sœur Marie-Éléonore de Saint-Joseph, sa sainte mort, - Dévouement de Marie-Céline, - « Soyez tranquille, quand je serai morte, vous n'aurez pas peur », - Témoignage d'une compagne : « elle était parfaite en tout », - « Elle était comme une ombre d'ange qui traversait le monastère », - Charitas, gaudium, pax, - Marie-Céline est charitable, mais elle n'est pas faible.

 

 

Chapitre XIV

L'épreuve

 

Marie-Céline demande la souffrance à Dieu et Il lui répond, - « Le Seigneur nous l'avait donnée, le Seigneur veut nous l'ôter : que son saint Nom soit béni », - L'heure d'angoisse, - Énergie de Marie-Céline dans la souffrance, - Ravissants excès de la charité, - Jugement parfait, - Douleur et résignation des parents, - Sollicitude de pieux amis.

 

 

Chapitre XV

Combat et triomphe

 

Marie-Céline entre dans la cellule de l'infirmerie le jour de l'Epiphanie, - Sa contemplation devant la Crèche, - Rage de l'enfer : « J'ai peur », - Sollicitude d'un prince de l'Église, - Son Éminence le cardinal Lecot visite Marie-Céline sur son lit de douleur, - Fidélité de Marie-Céline à ses Règles, - Impression qu'elle produisait : lettre d'une amie, - Vœu d'une bienfaitrice à Notre-Dame de Lourdes, - Marie-Céline pleure dans la crainte d'être guérie par tant de prières, - Elle veut être violette d'humilité, rose de charité, lys de pureté et sainte à tout prix.

 

 

Chapitre XVI

Les saints vœux

 

Céleste aurore dans une première nuit de printemps, - Le bonheur de mourir, - Le 21 mars, Marie-Céline reçoit le saint Viatique et l'Extrême-Onction, - Elle prononce les quatre grands vœux de l'Ordre, - Marie-Céline professe de l'Ordre de Sainte-Claire, - « Dieu a commencé de me tuer, il faut qu'il achève », - Le baiser de paix, - La bague de Jésus-Céline, - Fiat, - L'acte de profession de Marie-Céline demeure écrit dans les archives du Monastère.

 

 

Chapitre XVII

L'attente du Ciel

 

« Je meurs sans regrets », Le Fiat de Marie de Saint-Germain, - Dernière lettre de Marie-Céline à son père, - Les fraises du 5 avril, - Quatre lentilles, - « Je n'ai plus rien sur la terre... j'attends la vie éternelle », - « Le démon ne sait mordre que celui qui veut bien être mordu », - Craintes et alarmes, - Frémissement de douleur, - Hortus conclusus : le jardin fermé, - Les parfums de violettes, - Merveilleux parfums de fleurs d'orangers, - L'entrevue du 20 avril, - Un baiser pour adieu.

 

 

Chapitre XVIII

Béni trépas

 

« Surtout qu'on ne pleure pas quand je mourrai », - Encensoir embaumé, - « Les supérieurs commandent, ils ne demandent pas », - Le voile de tout le monde, - Poétique photographie du Cloître, - Le Ciel a versé son parfum et la tourterelle a fait entendre sa voix, - Reconnaissance de Marie-Céline…, - Impressions extraordinaires qu'on ressent auprès d'elle, - Dieu m'a envoyé ce que je lui ai demandé, - Mystérieuse psalmodie, - Parfums célestes, - Les dix-neuf ans de Marie-Céline, - « Que ce petit bout de moi meure », - Héroïque offrande, - Le chant du cygne et le sifflement du serpent, - Dernier dépouillement, - dernières recommandations, - Dernière agonie, - Les derniers assauts du démon, - Vision d'une « belle Dame » et d'une petite troupe vêtue de blanc, - Mort de Marie-Céline, - « Priez pour nous, ne nous oubliez pas ».

 

 

Chapitre XIX

Les funérailles

 

Céleste beauté de la défunte, - Touchante consolation, - Parfums suaves à la porte de la chambre mortuaire, - La mise au cercueil, - Le passage sous les cloîtres, - Exposition de la défunte, - « Je l'ai vue dans son cercueil, indigne écrin d'une perle si précieuse », - « Lys brisé », - Dernières cérémonies, - Le retour du cimetière, - « Je repose en paix à l'ombre de la croix que j'ai tant aimée », - Dieu est admirable dans ses Saints.

 

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Fleur du Cloître

 

Approbations précédentes

 

Approbation de Son éminence le Cardinal Lecot

Archevêque de Bordeaux

 

Archevêché de Bordeaux

 

Bordeaux, le 24 septembre 1897

 

Ma chère fille,

la vie et et la mort de votre regrettée Sœur Marie-Céline ont été pour votre monastère comme un parfum de vertu exquise, qui vous a causé les meilleurs impressions et vous laisse les souvenirs les plus édifiants.

J’ai compris facilement, quand vous m’avez communiqué votre dessein, le désir ardent que vous aviez de conserver, pour les Religieuses de votre Monastère, de si douces et de si fortifiantes émotions, et j'ai encouragé vos projets.

Vous avez fait un livre de ce qui aurait pu n'être qu'un mémorial de quelques pages racontant les traits les plus édifiants de la vie de votre petite sainte. On pourra trouver un peu longs, peut-être, les détails qui précèdent l’entrée de la jeune Germaine au couvent. C'est biographie complète qu’a voulu donner votre coeur, une heureux de retrouver et de reproduire tous les mouvements d'une âme merveilleusement privilégiée. Et vous avez mis au service de vos émotions tous les trésors d'une imagination dont nous avons trouvé ailleurs les pieuses créations.

Que Dieu daigne vous bénir, et avec vous, l’œuvre de souvenir reconnaissant, qui donnera au Monastère de l’Ave Maria une sorte de baptême saint et d’où sortira vénéré le nom de Sœur Marie-Céline.

Croyez, ma chère Fille, aux meilleurs sentiments de votre Supérieur et Père en Dieu.

 

+ V.-L.-C. Lecot,

Arch. de Bordeaux.

 

 

Approbation du Ministre Général de tout l’Ordre des Frères Mineurs

 

Sur le rapport qui nous a été fait, nous sommes heureux d'ajouter notre approbation à celle de l'Éminentissime Cardinal de Bordeaux. Nous faisons des vœux pour que la vie édifiante de Sœur Marie-Céline produise, parmi les âmes chrétiennes, et surtout dans le cloître, des imitatrices de ses vertus.

 

Fr. Louis Lauer,

Min. général.

 

Rome, Couvent de Saint-Antoine, 16 novembre 1897,

fête de la Séraphique sainte Agnès.

 

 

Lettre du T.R.P. Dehon

Supérieur Général des Prêtres du Sacré Coeur de Jésus

Consulteur de la S. Congrégation de l’Index

 

Saint-Quentin, 21 août 1898.

 

Ma Révérende Mère,

Vous m’avez offert votre « Fleur du Cloître », je vous en suis bien reconnaissant. Oh ! Oui, votre chère Marie-Céline est bien une fleur, une fleur supérieure à celles de la nature, une fleur aux parfums multiples, parmi lesquels se distinguent plus nettement les douces senteurs du lys et de la violette et celles plus enivrantes de la rose.

Elle avait dit dans ses pieuses résolutions : « Je voudrais être une violette par l'humilité, un lys par la pureté, une rose par la ferveur de l'amour ». Elle a été tout cela, et les parfums mystérieux qui ont embaumé sa cellule à l'heure de son trépas, ont bien marqué que le Divin Époux était venu cueillir cette petite âme comme un bouquet mystique au Jardin de l'Ave Maria.

Ce n'était qu'une enfant quand Dieu l'a prise, elle avait 19 ans ! Mais c'était une enfant de la race des Louis de Gonzague, des Jean Berchmans, des Stanislas Kostka, et il est peut-être dans les desseins de la Providence qu'elle devienne une patronne de l'enfance et des noviciats, comme ceux-là le sont déjà.

Elle a passé comme une fleur, elle n’a vécu que le matin de sa vie, et cependant, ma Révérende Mère, de cette vie d’une enfant vous avez fait un volume dont l’intérêt ne se dément pas. Il a fallu pour cela votre talent de narration et le secours d’une grâce exceptionnelle.

Votre beau livre ne sera pas lu seulement avec profit dans les pensionnats et dans les cloîtres, mais aussi dans les familles chrétiennes.

À côté de cette enfant, vous nous avez montré une mère, une mère chrétienne, une femme forte de la race des Monique, des Symphorose, des Félicité, des Paula, des Aleth, des Blanche de Castille, des Jeanne de Chanta l ; une mère qui regardait ses douze ses douze enfants comme sa couronne, et qui en acceptait courageusement le sacrifice quand Dieu les réclamait prématurément.

Vous nous avez montré un père de famille, fidèle à Dieu et constant dans l’épreuve ; une sœur aînée qui mène dans une autre Communauté la vie de Marthe, pendant votre héroïne a choisi la vie de Marie dans la famille des Clarisses. Précédemment, vous racontez la vie et la mort d’une autre petite fleur du désert, la sœur Marie-Eléonore de Saint-Joseph.

Vous nous dires aussi ce qu’est la vie des Filles de Sainte Claire ou plutôt, par modestie, vous le laissez dire par des pages éloquentes empruntées à une âme de poète, qui nous montre la Clarisse « demandant l’aumône quotidienne l’austère aliment de sa vie, vouée au jeûne, à l’oraison, aux macérations de toutes sortes, auxquelles viennent s’adjoindre les travaux de l’esprit et des mains, le chant de l’Office, les veillées de nuit, passées à prier pour ceux qui dorment, pour ceux qui souffrent, pour ceux qui fautent dans les ténèbres... »

Ce siècle si vulgaire et si matérialiste a cependant semé nos cloîtres de ces fleurs. Quelques-unes ont donné un parfum particulièrement suave : telles Xavérine de Maistre, les sœurs Sylvie et Blanche de Sainte-Colombe, et, au sein d'une société d'élite, Mathilde de Nédonchel. Marie-Céline ne le cède à aucune autre.

Comme Louis de Gonzague, son modèle, elle a atteint la perfection en peu de temps, consummata in brevi explevit tempora multa...

Vous nous montrez l’enfant héroïque à dix ans, déjà devenant l’ange consolateur de sa famille et s’offrant en victime, pour détourner les cruelles épreuves qui s’abattaient alors furieusement sur ceux qu’elle aimait.

À sa prise d'habit,elle dit à son Jésus bien-aimé : « Me voici, coupez, brûlez, tranchez ; faites de moi ce qu’il vous plaira ; pourvu que mon amour pour Vous croisse de plus en plus, c'est tout ce que je vous demande ».

Au cloître, elle est l’ange du Noviciat. On se demande « où pourrait se trouver en elle l’ombre d’une imperfection ». On ne se lasse pas d’admirer « ses excès d’humilité, sa délicieuse simplicité, sa candeur incomparable ».

Un jour, on est étonné de la voir s'acheminer rapidement vers le Calvaire. Elle en donne l’explication : « J’ai demandé à Dieu la souffrance, dit-elle, et il m’a répondu ». Elle souffre longtemps et s’avance vite par la souffrance dans la perfection. Elle avait dit : « Le Bon Dieu veut que je souffre… au moins voudrais-je bien souffrir, souffrir très bien ».

Ses derniers jours nous reportent aux légendes des grands Saints du Moyen-Age. Des parfums mystérieux embaument sa cellule. La Vierge Marie vient au-devant d'elle avec un cortège de vierges.

Vous nous dites cela fort gracieusement et avec la réserve qu'impose l'Église pour le récit des faits merveilleux.

Puissiez-vous être beaucoup lue ! Les religieuses cloîtrées exercent l'apostolat par leurs prières et leurs sacrifices, vous l'exercerez aussi par ce beau livre. Puisse-t-il pour votre récompense vous conduire quelques belles vocations !

Priez bien au cloître de l'Ave Maria pour notre pauvre société si malade.

 

Agréez les dévoués hommages de votre humble serviteur.

 

L. Dehon,

Supérieur Général des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus,

Consulteur de la S. Congrégation de l'Index.

 

Lettre adressée à l’auteur par M. le Comte Gandelet

Chambellan de S. S. Léon XIII

Commandeur des Ordres de Saint-Grégoire-le-Grand et de Saint-Sylvestre

Décoré de la Croix Pro Ecclesia et Pontifice

Vice-Promoteur de l'Ordre des Avocats de Saint-Pierre

Membre des Académies Pontificales de la Religion Catholique, de la Tibérine et des Arcades

 

Château de Coligny, en la fête de sainte Thérèse, 1897.

 

 

Madame et Révérende Mère,

Pour répondre aux désirs qui vous sont témoignés de toutes parts, vous publiez dès maintenant la biographie de votre céleste « Fleur du cloître ».

Une âme d'élite se développant au sein d'une famille toute chrétienne ; un précoce appel de Dieu ; l'acceptation généreuse de toutes les douleurs, de toutes les souffrances, pour pouvoir répondre à ce divin appel ; le sacrifice accompli dans la joie ; quelques mois seulement de noviciat religieux ; puis la Providence jugeant le fruit mûr et l’enlevant à la terre : en peu de mots voilà toute la vie de celle qui s'appela dans le monde Jeanne-Germaine Castang, et en religion Sœur Marie-Céline de la Présentation.

La nature et la grâce semblaient l’avoir formée de concert pour la prédestiner au cloître. Elle savait joindre aux vertus religieuses la pratique de la pauvreté dont elle avait la passion. Elle était donc bien à sa place, bien à sa place chez les « Pauvres Dames de Sainte-Claire », ces séraphiques amantes de la Croix, dans l'Ordre des Franciscains, cette grande famille, tendre et austère, de pénitents, qui s'en vont pieds nus, à travers le monde et les temps, faire aimer et bénir Jésus-Christ et prêcher sa croix avec toutes ses horreurs naturelles et toutes ses divines tendresses.

Pour fixer le souvenir de Sœur Céline, vous avez puisé dans ses Écrits intimes, où se reflète sa pensée, où elle-même glorifie Dieu des grâces reçues, et où, sans y prendre garde, elle rend témoignage à sa propre fidélité.

Le monde est si mal préparé à comprendre les vocations religieuses, il les explique d'ordinaire par des motifs si étranges, qu'il fait toujours bon lui en raconter une dans sa simplicité authentique, c'est-à-dire d'après les paroles mêmes de l'âme appelée.

Alors, ceux qui n'ont point absolument résolu de ne pas entendre sont bien obligés de reconnaître là, autre chose qu'un caprice ou un dégoût, autre chose qu'une folie ou le résultat de la pression étrangère. Il leur faut saluer la grâce, confesser Dieu.

Oui, vraiment, le Christ Jésus est bien le mot de l'énigme : Jésus qui n'éteint pas la nature, mais qui l'élève et la console, tout en lui demandant de se sacrifier. Pour la jeune fille, Jésus est le dernier mot de tout.

Heureuses, mille fois heureuses sont celles qui puisent au foyer paternel – comme votre séraphique petite Sœur – les magnifiques enseignements de la religion, du devoir et de l’honneur.

A notre siècle d'énervement et d'affadissement, on ne saurait trop retracer de tels exemples aux parents et aux enfants ; aussi, je ne doute pas que votre livre ne fasse le plus grand bien, et n'ait sa place marquée dans toutes les familles chrétiennes, sur la tablette où les esprits justes et les cœurs délicats rangent avec respect ces amis inconnus auxquels ils doivent souvent d'être devenus meilleurs.

La vie de Sœur Céline, ma Révérende Mère, me semble être le sublime couronnement des œuvres admirables que vous avez publiées jusqu'à présent.

A la lecture de vos ouvrages, l'âme se repose avec bonheur, en méditant sur des pages embaumées du parfum de la plus tendre piété.

Leur méditation charme le cœur, ranime l'esprit de foi et de piété, la paix de l'âme, et rend l'esprit plus religieux en développant la vie chrétienne elle-même, et en augmentant dans les coeurs la dévotion envers Jésus.

On juge de l'arbre à ses fruits ! Quoi d'étonnant que, sous la conduite habile d'une telle maîtresse, à l'école de tant d'héroïsme et de si fortifiants enseignements, les vertus de Sœur Céline se soient rapidement et admirablement développées. Elles étaient d’ailleurs de celles que l’on rencontre rarement à ce degré de perfection chez une novice.

Tout en elle respirait la gravité, le recueillement, l'absorption en Dieu ; l'amour de son Créateur la possédait vraiment tout entière. Procurer la gloire du Divin Époux, l'unique objet de son amour, était sa pensée fixe. Elle le cherchait en tout et partout.

On n arrive à un tel détachement des objets extérieurs que par un dépouillement intérieur qui ne laisse guère de place à la volonté propre. Il n’est donc pas étonnant que l'obéissance de Sœur Céline fût exemplaire.

Heureuses, mille fois heureuses sont vos chères novices, ma Révérende Mère, de marcher, sous votre conduite, sur les traces de celle que vous avez si bien nommé « l’Ange du Noviciat », et qui en restera toujours le parfait modèle ! Elle pourront graver sur les murs de leur « Béthanie », sanctifié par le séjour de Sœur Céline, ces paroles que l'angélique novice leur laisse comme testament spirituel : « Ne faites jamais de peine à nos Révérendes Mères ». Elles pourront méditer à loisir, et jamais trop longuement, ce que l'éminent et vénérable Cardinal Archevêque de Bordeaux appelle, avec tant de paternelle délicatesse, l'œuvre de « Souvenir reconnaissant qui donnera au monastère de l'Ave-Maria une sorte de baptême saint, et d'où sortira vénéré le nom de Sœur Marie-Céline ».

Souffrir et mourir sont pour l'âme religieuse deux actes éminents et pour ainsi dire deux fonctions principales de son état même. Tant qu'elle garde la possession de soi, l'âme doit s'appliquer à tirer de la souffrance tout le fruit possible.

Ici encore, la séraphique novice nous apparaît comme type parfait de la perfection religieuse.

À mesure que l'âme de Marie-Céline allait s'élevant dans les mystérieuses ascensions de la sainteté, son faible corps allait déclinant rapidement. Bientôt, les souffrances les plus terribles devinrent son partage de tous les instants ; elles ne pouvaient être surpassées que par l'héroïcité de sa patience et de sa résignation. « Ne vous désolez pas, disait-elle à une de ses chères Sœurs, le — bon Dieu veut que je souffre et s'il permet que rien ne me soulage, moi je ne veux pas qu'il en soit autrement... au moins, voudrais-je bien souffrir !... souffrir très bien !.. »

Ce que les pages de ce sublime récit des souffrances et de la mort de Sœur Céline voilent le plus possible, c’est la maternelle sollicitude de la Sainte Abbesse et de sa digne émule, la Mère Maîtresse des novices, pour la chère malade. Toutes deux, elles se constituèrent, avec un admirable dévouement, les infirmières de cette délicieuse privilégiée de Jésus ; jour et nuit, elles se dépensèrent sans compter au chevet de son lit de douleur. Tout ce qu'elles purent lui donner de consolation, elles le firent avec leur cœur de mères ; nous n'en voulons d'autre preuve que cette inoubliable cérémonie des saints vœux de la profession religieuse dans la petite infirmerie du monastère.

Ah ! c'est que le comble du sacrifice, le sommet suprême de la douleur, ce n'est pas de donner sa vie : le grand martyre, quand on est mère, c'est de donner la vie de son enfant. Et Sœur Céline était bien l'enfant de choix et de prédilection de ses Mères vénérées. Elles voyaient arriver le moment suprême où il leur fallait remettre, entre les mains de Jésus, le précieux dépôt qu'il leur avait confié pour le rendre pleinement digne de lui. Sans doute, leur résignation était parfaite, mais le cœur saignant quand même sous l'étreinte de la douleur ; aussi, ne nous étonnons-nous pas de la note émue, des accents pleins de tristesse qui dominent dans cet émouvant récit. « On sent combien ce travail a dû être doux et et cruel – écrivait une autre âme d’élite, amie du monastère, au sujet de la séraphique novice et sa chère Maîtresse, – une telle mère racontant une telle folle ; ces pages seront délicieuses à lire et à méditer, mais on peut deviner qu’elles auront été écrites avec le sang du coeur ».

Puissent ces pages destinées aux âmes fidèles tomber comme par hasard sous les yeux de l’incrédulité, fixer un instant son attention distraite et lui fournir la plus douce et la plus puissante révélation qui puisse manifester Dieu au coeur de l’homme : la révélation de l’Amour… ! « J’ai soif de l’amour », disait Sœur Céline.

On lira le coeur ému et l’âme fortifiée, les chapitres où l'auteur,avec une simplicité pleine de charmes, dit la sainteté éminente de sa chère petite novice : la cellule rangée par les anges, les ravissants excès de sa charité, sa contemplation devant la crèche, son lit de douleur, la bague de Jésus-Céline, la tourterelle a fait entendre sa voix, mystérieuse psalmodie, parfums et chants célestes, vision d’une belle dame, le lys brisé…

Soeur Céline vécut comme un ange et mourut comme une sainte, trop tôt pour la terre, hélas ! Mûre aux yeux de Dieu, pour ses vues éternelles. « La fleur du cloître » est au Ciel, mais son parfum embaume encore l’Ave-Maria de Talence ; c’est là qu’elle accorde des grâces merveilleuses aux bienfaiteurs et aux amis du monastère, à tous ceux qui demandent à Jésus par son intercession.

En attendant, veuillez agréer, je vous prie, Madame et Révérende Mère, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux et me croire toujours votre bien dévoué serviteur.

 Comte Gandelet.

 

 Lettre adressée à l’auteur par M. J.-M. Villefranche

 

(Auteur du Fabuliste chrétien et des Vies de Pie IX, de Don Bosco, de l’Histoire de Napoléon III, etc, etc.)

 

Bourg le 15 décembre 1897.

 

Ma très Révérende Mère,

Je ne veux pas, comme imprimeur, laisser s'achever la Vie de Soeur Marie-Céline sans vous remercier de l'honneur que vous nous avez fait en nous confiant ce travail et du bonheur que nous avons éprouvé mes collaborateurs et moi, à l’exécuter.

Jamais, grâce à Dieu, jamais nous n’avons mis la main à rien qui puisse scandaliser, mais jamais non plus nous n'avions rencontré une impression aussi remplie d'édification et de charme.

Ah ! Les bonnes, les fortifiantes épreuves que celles de Marie-Céline ! Dirai-je en répétant l'exclamation d'un de mes correcteurs, si j'osais me permettre de jouer sur les mots.

Autant l'âme de la jeune novice, sitôt enlevée de ce monde, apparaît tendre, naïve, héroïque ; autant la plume de la narratrice est émouvante dans sa simplicité, élégante mais sans recherche et complètement exempte de l'afféterie trop fréquente dans les biographies pieuses ; bref, le peintre est digne du modèle.

Ce livre, c’est un coin du ciel entrevu de la terre, pour le réconfort de ceux qui errent dans les ténèbres et les poursuites vaines ; ainsi encore, par un jour pluvieux, un rayon de soleil glisse entre deux nuages, illumine un coin de l’horizon sombre et laisse deviner ce que sera la pleine clarté quand tous les voiles seront écartés.

Certes, et les luttes, les tentations même de Marie-Céline le montrent assez, voie étroite le chemin qui mène aux sommets est toujours la voie étroite et raboteuse de la Croix ; mais c est aussi la voie triomphale. Nous autres, gens du monde, qui regardons de bas et de loin, nous n'apercevons que les rudesses de l'entrée, nous concevons difficilement les allégresses et la légèreté de l'ascension pour les élus du sacrifice, que l'amour saisit et soulève. Nous ressemblons à l'oiseau qui marche et qui traîne le fardeau des ailes pliées ; mais ces même ailes portent l’oiseau qui sait les ouvrir toutes grandes ; sur elles il s’élance vers l’infini.

Quelle surprise lorsque parfois il nous est donné de voir que ce sont les cloîtres qui renferment le plus de joie et le moins de misères, même dès ce monde ! En obéissant à l’appel – si l’on est vraiment appelé – on fait d’héroïques abandons, mais combien on quitte plus d’illusions que de réalités ! On a eu le mérite de ses renoncements, parce que l’imagination vous faisait prendre des mirages pour un terrain solide ; mais combien vite on éprouve qu’on s’est tout simplement débarrassé d’entraves et d’obstacles !

Peut-être la lecture de cet ouvrage inspirera-t-elle à quelque jeune âme d’aller prendre la place laissée vide par l’heureuse novice. S’il en résultait une vocation, fût-ce une seule, quelle récompense pour la religieuse qui l’a écrit et pour tous ceux qui auront contribué à le faire lire !

Attirez-nous après vous, vaillantes privilégiées. Nous nous suivrons mal, trop de liens nous retiennent, mais aidez-nous, tendez-nous la main et, pour cela, ajoutez vos prières pour nous à vos sublimes exemples. C’est tout ce que je réclame de vous en particulier.

 

Votre très humble et tout dévoué serviteur,

J.-M. Villefranche.

 

Lettre du Révérend Père J.-M. Collomb

de l'Ordre des Frères Prêcheurs,

humble ami de l'Ave-Maria de Talence, à l’auteur d’une « Fleur du Cloître »

 

Madame et très Révérende Mère,

 

Avec l'affectueuse simplicité des Filles de Sainte-Claire, vous avez bien voulu me demander mon impression sur les pages consacrées par votre cœur à redire la vie de C'est avec une joie mêlée de votre céleste envolée.

C’est avec une joie mêlée de crainte que je réponds à votre invitation ; je n’ai en effet d’aucun titre à cette nouvelle et si douce marque de bienveillance que le souvenir du baiser de votre séraphique Père au Patriarche de la Famille Dominicaine, souvenir d’une émotion intense qui, depuis tantôt sept siècles, laisse entre les deux grands Ordres mendiants comme une traînée lumineuse de suaves sympathies.

C'est l'âme doucement attendrie que j’ai suivi pas à pas votre petite héroïne le long des dix-neuf années de son passage sur terre : en arrivant au Nunc dimittis de l'humble enfant, résolvant sa vie de vertus et de souffrances en envol angélique vers le Paradis, mon cœur, comme les vôtres, Révérendes Mères, qui avez eu la vision de tels exemples, n'a pu retenir un cri de reconnaissance envers Dieu, plus que jamais admirable dans ses saints.

Notre Seigneur avait voulu que son Église eût tous les charmes, après avoir eu les irradiations victorieuses de « ses témoins » auréolés d’une pourpre sanglante ; un souffle de son amour y fit germer les vierges, ces fleurs liliales des vieux cloîtres : fleurs célestes ! Fleurs immortelles ! Car après avoir embaumé les âges disparus au déclin de ce siècle tout à l’agonie effarée de ses préoccupations d’un jour, les créations de Jésus sont aussi fécondes qu'à leur première aurore. Les « folies de la Croix » sont bien vivantes ! Du milieu des ronces des crucifiements voulus s'élancent encore vers l'azur les ravissantes apparitions d'autrefois, et comme à l'aube de la vie monastique, portés sur les ailes des attirances divines, les séraphins et les saints s'envolent peupler les monastères du Ciel.

Ange et sainte, sœur Marie-Céline de la Présentation a été l’un et l'autre. Consummata in brevi explivit tempora multa. Pauvre petite violette des champs, sa vie a passé comme elle, simple, discrète, oubliée ; mais tel est l'attrait de l'humilité qu'involontairement l'arôme de son innocence a des charmes puissants sur les âmes : des effluves célestes s'en exhalent, il semble que ce ne soit déjà plus l'exil et l'on rêve, près de ces oubliées, des enivrements de l'au-delà dévoilé.

Cette vision elles l'ont eue pendant les quelques mois que leur a confié sa petite vierge ; elles l’ont eue à chaque minute de la journée, les pieuses moniales de l’Ave Maria, les mères dévouées surtout qui guident leur ascension au Calvaire, d’où l’on ne voit plus que la Croix irradiée d'amour.

Vous avez pensé avec raison, ma Très Révérende Mère, que cette vie si brève selon le monde, selon le ciel si riche, serait un exemple d 'un enseignement puissant à ce siècle si engoué de lui-même, si oublieux d'immolation.

Il semble en effet, à parcourir vos pages, que l’on ait sous les yeux quelqu’une de ces naïves chronique de moutiers où les vieux annalistes, en un langage tout embaumé de Foi, rediraient des récits merveilleux de pureté et de blancheur.

Aucune vie ne s'y prêtait mieux ; ce que les recluses d'autrefois étaient en l’extase des solitudes claustrales, votre fille l’a été ; comme elles, elle a aimé la pauvreté jusqu'à en faire sa compagne préférée ; elle s’est renoncée, comme elles, jusqu’à la crucifixion de son moi sur la croix de l’obéissance. Comme jadis pour ses Sœurs des vieux âges, la nature à pour Marie-Céline des préférences secrètes et des caresses gracieuses. « Le miracle traverse la cellule » et y laisse un rayon de légende qui fait rêver des chastes orantes du moyen-âge : ; ce sont les Fioretti de l’Énamouré de l’Alverne qui poussent à nouveau leur floraison de lys et de roses.

Acte d’amour de tous les instants, sa vie n’a été telle que parce qu’au cloître – où l’on s’initie à la science de la mort – elle a été une victime perpétuelle d’humilité. En brisant son coeur sur le pied du Crucifix, la petite Clarisse en fait jaillir, comme du vase de Béthanie, des vertus délicieuses.

Les derniers mois que Dieu vous la prête sont pour elle le triomophe de l'Ama nesciri, verbe mystérieusement fécond d'un auteur qui l'a réalisé si complètement qu'après trois cents ans de recherches, les perspicacités géniales de la critique moderne ont dû renoncer à fouiller la tombe ignorée, dans laquelle l'admirable psychologue monastique a voulu se coucher pour demeurer l'inconnu sublime.

Comme elle a soif d'être ignorée, la petite professe à l'angélique beauté ! Avec quelle ardeur elle gravit son Calvaire ! « Ce n'est pas si difficile d'aller au Ciel, il ne s'agit que de souffrir ! »

Comme elle souffre bien, elle, la douce vierge de dix-neuf ans qui se meurt de ne pouvoir mourir ! Ou plutôt, pour me servir du mot de saint Augustin, souffre-t-elle, elle qui aime ? Ou du moins si elle souffre, comme elle aime ce qu’elle souffre ! La mort, c’est-à-dire la vie dont l’aube n’aura pas de crépuscule, s’avance trop lentement au gré de son coeur, et cependant avec quelle générosité le martyre de la mort lui étant refusé, elle savoure longuement le martyre de sa vie d’adolescente ! La douleur qui fait se replier sur elles-mêmes tant d’âmes peureuses dilate la sienne, elle la sent prête à déployer son aile : plus que la souffrance, c’est la nostalgie de l'amour qui la tue. Quel entretien d'une suavité déchirante que celui de cette nuit où, penchée sur vous, ma Révérende Mère, elle vous parle du bonheur de mourir ; pour elle, mourir c'est s'unir à l'Epoux ravissant dont elle porte l'anneau.

Le cœur la suit avec larmes à travers l'agonie, trouvant au milieu des tortures de son ascension de la maladie la force de sourire et de consoler, dictant ce sublime billet d’adieu à sa sœur, quatre lignes de martyre qui font pleurer d’admiration et d’envie.

Et quand, après les angoisses dernières,en cette nuit du 30 mai 1897, « la Belle Dame et les angéliques théories d’enfants vêtues de blanc », viennent chercher l’innocente pour la conduire enfin au Désiré de sa passion virginale, n’est-ce pas le Te Deum qui s’envole de l’âme avec une prière à la petite élue, et j’ajouterais un merci de gratitude à la pauvre Clarisse qui nous dévoile cette vie d’ange et cette mort de Sainte.

Veuillez, Madame et Révérende Mère, en excusant la pauvreté de ces lignes, bien pâles pour un tel sujet, demander « à l’ange du Noviciat de l’Ave Maria » de se souvenir auprès de Jésus de celui qui l’honneur de se dire votre humble serviteur.

 

Fr. J.-M. Collomb, des Frères Prêcheurs.

 

Approbations des précédentes éditions

 

Imprimatur

Fr. Albertus Lepidi, O. P., S. P. Ap. Magister.

 

Nihil Obstat

Burdigalæ, die 22 Februarii, 1924.

R. M-J. Mauriac,

librorum censor.

 

Imprimatur

Burdigalae die 22 Febr. I924

A. Giraudin

vic. gen.

 

Préface de l’auteur

 

Quelques semaines se sont à peine écoulées depuis le jour inoubliable qui nous ravit notre bien-aimée Sœur Marie-Céline de la Présentation, et déjà, tous côtés, nous entendons un concert de voix pieuses réclamant la Vie de cette humble vierge morte à dix-neuf ans, en odeur de sainteté, dans une pauvre cellule de notre Monastère de Bordeaux-Talence.

La vie de Sœur Céline est une réalisation saisissante de la parole du Christ : « Quiconque s'humilie sera exalté ». Plus elle a voulu se cacher dans la profondeur délicieuse de notre solitude, plus elle a voulu disparaître et s'anéantir dans l'humilité claustrale du Monastère, et plus Dieu semble vouloir exalter sa Servante, plus grandit l'auréole d'amour, de respect, de vénération dont ses amis de la terre entourent sa mémoire ! Dans ce concert de louanges qui retentit sur la tombe à peine fermée de notre angélique Sœur, sa famille religieuse ne pouvait rester muette.

Nos Supérieurs ont jugé bon de répondre aux demandes des Amis de notre Ordre qui réclamaient une biographie de l’Ange du Noviciat. Notre charge de Maîtresse des Novices qui nous rendit l'intime confidente de Marie-Céline et l'heureux témoin de sa vie admirable nous aidera un peu dans notre mission d'écrivain... mais hélas ! Combien nous nous sentons impuissante à rendre la beauté, la pureté de cette vie plus céleste qu'humaine. Nous osons le dire, cette vie, quelque simple et modeste qu'elle paraisse, peut, sous certains rapports, être mise en parallèle avec celle de saint Berchmans : en tout temps Dieu veut des lys sur la terre... Béni et remercié soit son divin Cœur qui a daigné jeter la semence d'une telle fleur de pureté et d'amour dans le parterre de notre Ave-Maria…

Quelque indigne que nous soyons de raconter comment, sous l'œil de Dieu, germa et s'épanouit cette blanche fleur, nous osons le tenter, avec la bénédiction de l'obéissance et celle de Notre-Dame de l'Ave-Maria, reine des Vierges.

 

Ad majorem Dei gloriam !!!

 

Une pauvre Clarisse.

 

De notre Monastère de l’Ave-Maria de Bordeaux-Talence, le 2 juillet 1897,

en la fête de la Visitation de Notre Dame.

 

Introduction

 

« Donnez-nous, ô mon Dieu, des phalanges d'élus

Qui fleurissent la terre et consolent Jésus ;

Des saints pour nous apprendre à l'aimer davantage,

Des saints faisant rêver à ceux du Moyen-Age... »

(Rév. Mère Séraphine : B. Isabelle de France).

 

C’était à Rouen, au lendemain du martyre de la Vierge lorraine. Le bûcher fumait encore, une femme y arrive angoissée, haletante. À ses sanglots, à son attitude, on l’a bien vite reconnue. Pauvre mère, il est trop tard : la flamme a fait son œuvre, Jeanne n’est plus sur la terre, elle est au Ciel avec les anges. Trop tard ? Non, sur les cendres, il est doux de pleurer, de prier plus doux encore. Et longtemps, bien longtemps, les larmes coulèrent avec les prières. Larmes et prières Dieu les compte. Il les exauce toujours. Toujours il a du baume pour les plaies du coeur. Et voilà qu’à cette mère, il inspire, comme autrefois aux matrones romaines, de recueillir les cendres de la martyre. Ô heureuse pensée ! l’humble femme avait à peine commencé son œuvre qu’elle tressaille, un cri s’échappe de ses lèvres ; parmi les tisons, dans les cendres, ses mains ont rencontré une relique. Déjà elle la couvre de baisers, l’inonde de ses larmes et bientôt on la voit sur son coeur presser comme autrefois le coeur de son enfant.

 

« Son bras fut un vengeur, la flamme le brûla,

mais son coeur était pur et son coeur était là (R.P. Delporte, Récits et légendes).

 

Il y a environ huit mois, en un monastère de Clarisses, une âme prenait son essor vers le Paradis. Ce fut une joyeuse fête Là-Haut : les anges chantèrent leurs plus mélodieux cantiques ; mais sur la terre, quel deuil ! combien de larmes ! Le cloître était désolé ; novices et professes, toutes pleuraient. On l'aimait tant, Sœur Céline ! Elle était si douce, si pure, si sainte. Du bûcher de l'immolation volontaire, le cloître, de la fournaise incandescente du divin amour, du lit de la croix, la Vierge de Jésus vers Lui s'était envolée. Près de ce divin Époux, jubilante de bonheur, on savait bien que sa belle âme n'oublierait pas ses amis de la terre ; elle l'avait promis, on pouvait y compter et on n'attendrait pas longtemps les premières faveurs.

Mais, de la chère sainte, n'aurait-on pas de reliques ! le parfum de cette fleur du Ciel s'évanouirait-il comme celui des fleurs de la terre ? Enfin, de Sœur Céline ne resterait-il rien ici-bas... rien que le pieux souvenir ? « Defunctus adhuc loquitur ». Pour nos pauvres âmes, votre sainte, Seigneur, n'aura-t-elle plus de voix ?... et les vibrations de son cœur plus d'écho ? À cette prière, à nos pleurs, le divin Maître a répondu ; la voix de l'obéissance s'est fait entendre. Ange visible de la chère disparue, parlez et écrivez d'elle ! Cherchez dans les souvenirs de famille, dans ceux du pensionnat, interrogez le cloître, surtout ouvrez votre cœur d'intime confidente et révélez ses secrets. Bientôt, heureuse comme la Mère de votre Sœur de Domrémy, vous aurez trouvé non pas un cœur de chair, mais ce qui vaut mieux encore, les pensées, les paroles, les actes du cœur de la sainte envolée.

La volonté de Dieu s'était manifestée, il était doux d'obéir. La Révérende Mère auteur l'a fait avec bonheur. Une à une, elle a recueilli les reliques de son enfant chérie et, tout embaumées de son amour maternel, elle les a enchâssées dans ces pages.

Ici je devrais peut-être déposer ma plume et tout de suite laisser contempler, admirer les trésors de vertus de l'angélique Vierge de Nojals. Âmes candides et pures qui n'avez pas encore entendu la voix du monde, je n'ai plus rien à vous dire. Sœur Céline vous attend… et votre âme est impatiente de la rencontrer. Ouvrez le reliquaire et contemplez la fiancée de Jésus.

Mais qui sait ? des âmes moins heureuses, prévenues peut-être, ne partageront pas d'abord cette impatience. « Encore une biographie, diront-elles, il y en a déjà tant ! » À celles-là, il faut une réponse : la voici, elle est du R. P. Lacordaire, quelqu 'un qui connaissait les âmes et les besoins de notre siècle : « On ne saurait, disait l'éminent religieux, trop propager le culte et le souvenir des grandes âmes dans un temps où il y en a si Peu ! » C'est qu'en effet, comme l’a très bien dit Mgr Dupanloup, parlant de la vie des saints, « rien n est mieux fait non seulement pour animer les âmes ferventes et fortifier les cœurs faibles, mais encore pour ramener à Dieu et à la foi ceux que le malheur des temps en a éloignés ». Pie IX, de sainte mémoire, avait dit : « La presse est une œuvre pie d'une utilité souveraine ». Pourquoi ? Ah ! C'est qu'il faut le reconnaître, l'invasion des mauvaises lectures est, à l'heure présente, un des grands périls des âmes, de la famille et de la société. Quelle digue arrêtera ce torrent ?... Les bonnes lectures. Il y a des milliers de livres qui enseignent l'indifférence, l'impiété, le vice sous toutes ses formes ; il faudrait en semer des millions qui rappellent aux âmes leur grandeur, leurs devoirs et leur destinée. Aux livres qui énervent les âmes, opposer ceux qui inspirent le courage et la vaillance ; aux tableaux qui dégradent, opposer ceux qui ennoblissent ; enfin, aux livres du monde, de ce monde qu'un païen appelait déjà « la partie corrompue et corruptrice de l'humanité », opposer la vie des âmes grandes, pures, généreuses, la vie des saints.

En tête d'un de ses ouvrages, un des plus grands malfaiteurs littéraires de la fin du dernier siècle avait la cynique franchise de faire graver cet avertissement : « Je déclare que la jeune fille qui lira ce livre est une fille perdue ». Il pouvait le dire, j'en conviens, il avait mis dans ses pages assez de fiel, assez de venin pour empoisonner les âmes, mais je ne puis croire qu'un mauvais livre avec la malice du démon soit plus puissant pour le mal qu'avec la bénédiction de Dieu un bon livre pour le bien. Si Deus pro nobis, quis contra nos ? Nous n'avons peut-être pas assez de confiance en la force que donne le secours de Dieu ; sans cela, en tête de nos ouvrages, nous pourrions écrire, à l'encontre du triste corrupteur cité plus haut : Tolle, lege et vives ! Prenez la vie des saints, elle embaumera votre âme. On ne respire pas en vain la bonne odeur de Jésus-Christ. La vertu a des charmes qui attirent les cœurs généreux et font germer les saints. Étudier la vie des grandes âmes, c'est apprendre à les aimer, et quand on les aime, on est bien près de les imiter, de les suivre.

La biographie de Sœur Céline servira-t-elle à ce travail de sanctification ? Nous en avons l'intime assurance et nous estimons qu'elle est bien fondée.

L'évêque d'Orléans, nous l'avons vu plus haut, aimait la vie des saints, mais il la voulait belle comme leur âme. « Avant tout, disait-il, avec la conception juste et le sentiment exquis de ce qui convient en de tels sujets, avant tout et par-dessus tout, l'amour du saint, puis une étude approfondie de son âme, de ses luttes, de ce que furent en elle la nature et la grâce : tout cela tracé avec simplicité, vérité, noblesse, pénétration profonde et vivants détails, de telle sorte que le saint soit fidèlement représenté… ; des faits vrais, authentiques, précis, nombreux, mais groupés avec art et habilement disposés dans un ordre savant qui prépare et éclaire tout ; un style enfin simple, grave, ému, pénétrant ». Voilà ce que le savant prélat voulait rencontrer dans la vie des saints.

La biographie de Sœur Céline répondra-t-elle à ces exigences ? Pour ceux qui ont lu « Phillippa de Gueldre », « Le Mois du Divin Époux », « De la Terre au Ciel », « Isabelle de France », « L'Histoire poétique de la Bienheureuse Marguerite-Marie » et hier encore « Les Échos de Béthanie », ils savent avec quelle munificence celle qui a signé ces pages a reçu de Dieu le don de son amour et celui du discernement des âmes, ceux-là, j'en suis sûr, voudront tous respirer le parfum d'une « Fleur du Cloître ».

À ceux qui n'ont pas rencontré ces pages bénies, je n'ai qu'un mot à dire. Elles trouveront dans ce livre : le cœur d'une enfant révélé par sa mère. Le cœur d'une enfant, je veux dire sa candeur, sa naïveté, son innocence, sa ferveur, et pour lire dans cette âme limpide et transparente, le regard doux et profond d'une mère au cœur bien pur et bien aimant.

Et maintenant, vierges du cloître et vierges du monde, mères de famille et vous tous qui aimez la sainteté et voulez l'acquérir : Tolle et lege. Prenez et lisez. Et les vertus révélées dans ces pages, enchâssez-les dans votre cœur comme en un reliquaire ou plutôt comme dans un ostensoir d'où par vos regards, vos paroles, vos actes, elles resplendissent comme par autant de rayons. Hoc fac et vives. Faites cela et vous vivrez.

 

Pour vous, chère Envolée,

« Oh ! Laissez-nous un peu

Vous suivre pas à pas dans ce paisible lieu ;

Laissez-nous soulever un petit coin du voile

Qui recouvrait vos jours... Rayonnez, belle étoile,

Dans le ciel pur et doux du pays de l'amour…

Montrez-vous à vos sœurs pour qu'elles, à leur tour,

Sachent comment on peut, dans le vallon d'Absinthe,

Cheminer comme un ange... aimer comme une sainte ».

(Rév. Mère Séraphine : Hist. poetique d'Isabelle de France)

 

D. S. B.


Ad. Magnin,

Cure de Delley (Suisse),

 

 

19 novembre 1897, Fête de sainte Élisabeth de Hongrie, du Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise.

 

 


 

 

Table des Matières de Fleur du Cloitre                                                                                                             Chapitre 1er

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Fleur du Cloître - 1

Fleur du Cloître

  

Chapitre premier

Jeanne-Germaine Castang

 

« Je suis la fleur des champs et le lys des vallées. Cant., ch. II, V. I.

 

Parmi les nombreux et charmants villages dont s'émaillent les campagnes de la Dordogne, celui de Nojals peut revendiquer l'honneur d'avoir été souvent comparé à un petit Éden. Situé sur une belle route départe-mentale, à égale distance de Beaumont, chef-lieu de canton, et de Sainte-Sabine, bourg populeux et industriel, cet humble paradis terrestre semble illuminé de tous les sourires de la nature et comblé des bénédictions du Créateur…

Sur un côteau, dominant au sud le village, se trouve le hameau pittoresque de Clottes qui possède une antique chapelle dédiée à sainte Anne. Simple dans son style, vénérable jusque dans son pignon en ruines, le modeste sanctuaire demeure toujours un lieu de pèlerinage très fréquenté. En tout temps, des pèlerins fervents viennent y implorer la puissante médiation de la Mère de la Très Sainte Vierge. Les ex-voto nombreux qui tapissent les murs du pauvre édifice prouvent que sainte Anne se plaît à exaucer les prières qui lui sont adressées dans son petit Sanctuaire de Clottes. Ce hameau, autrefois chef-lieu de commune, fut annexé après la Révolution au village de Nojals ; depuis lors, Clottes a été desservi par M. le curé de Nojals qui y célèbre le Saint-Sacrifice chaque dimanche.

Les rares touristes qui traversent Nojals pendant la belle, saison rendent hommage à son site enchanteur. Encadré de collines boisées et de petites forêts, qu'égayent de perpétuels concerts d'oiseaux et que hantent d'innombrables écureuils, entourés de beaux vignobles et de riches moissons qu'on voit onduler au moindre souffle des vents comme une mouvante mer d'or, fertilisé par un limpide et clair ruisseau qui serpente comme un ruban d'argent dans ses prairies embaumées, ce joli village ne manque ni de grâce, ni d'une certaine poésie. Ce qui vaut mieux encore, il ne manque ni de foi, ni de ces grandes et solides vertus m-orales et religieuses qui sont la vraie gloire d'un peuple. La bonne réputation des habitants de Nojals est connue de tous les alentours, et les Nojalsais sont fiers d'une renommée à si bon droit acquise. Ils aiment leur pays ; ils chérissent leur berceau et lorsque Dieu leur dit comme au père des croyants : « Sors de ton pays... egredere... et viens dans la terre que je te montrerai », ils suivent leur vocation sainte, mais ils gardent au cœur le souvenir de cette terre natale, où – leur semble-t-il – le ciel est plus doux, la fleur plus suave, l'oiseau plus gai, les ruisseaux plus limpides... Écoutons une enfant de Nojals chanter naïvement les pures gloires de son beau pays :

« Nojals ! Nojals !… Je me souviens d'avoir presque tiré vanité d'y avoir vu le jour... » et, dans un épanchement intime, elle nous narre les charmes pittoresques de ce nid de verdure ; elle vante les bois touffus de ce petit coin privilégié de la Dordogne, elle parle avec complaisance de ses moissons jaunissantes, de ses eaux de cristal, de ses prairies émaillées, puis elle ajoute avec amour : « La foi est encore vive parmi la population presque exclusivement composée d'agriculteurs, bien plus occupés de leurs sillons que des nouvelles politiques ou anti-religieuses. La dignité du prêtre et de la religieuse y est encore respectée, grâce à Dieu ! le repos du dimanche observé, les pratiques saintes de la Religion honorées. Je me souviens d'avoir été grandement édifiée dans mon enfance par un jeune homme de vingt-cinq ans environ, qui ne rougissait pas de se mettre à genoux en plein champ, s'il s'y trouvait lorsque la cloche annonçait l'Angélus, avouant ainsi sa foi en présence de tous ! Ce fait se renouvelait souvent au son de la cloche annonçant l'Élévation. Ce peuple, simple dans ses mœurs, ne manque pas cependant d'une certaine culture intellectuelle, grâce peut-être au dévouement de saintes Religieuses de notre Institut de Saint-Joseph d'Aubenas qui ont élevé depuis près de vingt ans la jeunesse de Nojals-Clottes. C'est peut-être à leurs leçons pleines de piété et de zèle, et surtout à leurs prières et à leurs exemples de vertu ,que ce pays doit d'avoir conservé, avec la foi, l'innocence des mœurs.

Au centre du bourg est la nouvelle église (1) bâtie sur les ruines de l'ancienne (2), au prix des sacrifices et des sueurs de la chrétienne et vaillante population de Nojals. Le charmant édifice à lignes correctes, à proportions étudiées, apparaît à l'ombre d'un bouquet d'arbres. Ses formes sveltes et dégagées, ses voûtes gracieusement entrecoupées par les murs percés de neuf fenêtres en ogives, les chapitaux de ses colonnettes, l'ordre et le bon goût de son humble décoration, tout, dans le sanctuaire, charme l'âme chrétienne et sourit au cœur pieux.

Quatre gigantesques tilleuls aux branches élancées, ombragent le modeste édifice et forment, en entre-croisant leurs rameaux, des ogives multiples, des arcades nombreuses. Je vois encore l'effet ravissant que produisait sous ce berceau de verdure le Reposoir de la Fête-Dieu : la fraîcheur des guirlandes, le feuillage vert, les fleurs éblouissantes, le chant des oiseaux, les tentures blanches de l'autel, la flamme vacillante des grands cierges, le parfum de l'encens joint à celui des roses, les jeunes filles sous les chastes plis de leur long voile blanc, les enfants de chœur, le prêtre revêtu des ornements sacrés, le nimbe d'or en main, la foule pieuse et recueillie s'inclinant au passage de la blanche Hostie, les chants que l'Église met en ce jour sur les lèvres des fidèles, tout se confondant en une suave et céleste harmonie, quel inoubliable spectacle !... pour un peintre, le magnifique sujet ! pour celui que les Muses inspirent, le délicieux poème !... pour le chrétien, la divine fête !…

Et c'est en face de l'humble palais où repose Jésus-Hostie, à vingt mètres du Saint-Lieu, que s'élève la maison paternelle aux vastes proportions, avec ses contrevents à persiennes, ses grandes portes à vitres, dénotant, dans son ensemble, une certaine aisance, trop tôt perdue, hélas !…

C'est là, à quelques mètres du Tabernacle, et presque à l'ombre protectrice de la maison du bon Dieu, que vint au monde la chère enfant que nous pleurons... C'était vers le minuit du 24 mai, en la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, dans une nuit calme et sereine comme sa dernière heure... et, coïncidence frappante, le mois qui vit la chère petite fille ouvrir les yeux à la lumière de ce monde l'a vue aussi, dix-neuf ans plus tard, s'endormir du sommeil éternel… Y aurait-il présomption à voir en ceci une faveur spéciale de la Reine du Ciel ? »…

Celle que nous entendons ainsi chanter et pleurer à la fois est la sœur aînée de l'ange terrestre dont nous entreprenons d'esquisser la vie. Dans le monde, elle se nommait Mlle Lucie Castang ; aujourd'hui, sous le nom de Sœur Marie de Saint-Germain (3), elle appartient à la radieuse phalange des âmes vouées au Christ-Époux. Par un sentiment de respectueuse délicatesse, c'est à elle que nous avons voulu laisser le doux honneur de parler la première de la naissance de Germaine, sa sœur bien-aimée devenue la nôtre. Plusieurs fois encore dans le cours de ce chapitre, nous emprunterons aux notes intimes de la sœur aînée quelques détails sur l'enfance de notre jeune héroïne et, grâce à elle, nous pénétrerons discrètement dans le sanctuaire privé de sa sainte famille.

Cette famille bénie était donc en joie à l'aurore du 24 mai 1878. Dieu venait de lui donner une cinquième enfant et Notre-Dame Auxiliatrice, dont l'Église célébrait en ce jour la fête pleine d'espérance, abrita sous le manteau de sa miséricorde et de son amour cette nouvelle-née. La protection de la Vierge Auxiliatrice ne quitta plus son enfant privilégiée, et du berceau à la tombe, du temps à l'éternité, cette fille de Marie fut comblée de ses faveurs.

Quelques heures après sa naissance, la fille de Germain Castang et de Marie Lafage était portée à la petite église de Nojals et y était régénérée dans les eaux saintes du Baptême. Elle reçut les doux noms de Jeanne-Germaine. La Vierge de Domrémy et la vierge de Pibrac durent sourire à la nouvelle baptisée. Dès lors, ces célestes bergères de Lorraine et de Languedoc protégèrent sans doute de leurs houlettes entre-croisées l'existence de cette petite « brebis du bon Dieu ». Ne serait-ce pas à ces saintes patronnes. Jeanne d'Arc et Germaine Cousin, que Jeanne-Germaine de Nojals devra d'être introduite dans le bercail de la vie monastique et de suivre le divin Pasteur dans les Séraphiques pâturages de l'Alvernia ?... ln loco pascuœ ibi me collocavit (4), dira plus tard la Vierge de l'Agneau, et, s'étonnant de son immense bonheur, nous l'entendrons redire sur le seuil de l'Éternité : « Qu'Il est bon, Jésus !... Qu'il est bon !... »

Effectivement, notre bon Dieu, si bon pour tous, le fut tout particulièrement pour cette enfant de ses divines prédilections. Un des premiers bienfaits que son infinie Bonté accorda à Germaine fut de placer son berceau au sein d'une famille patriarcale où les magnifiques vertus de la Religion, du devoir et de l'honneur étaient comme un héritage familial que s'y transmettaient les générations. Quelques jours avant sa mort, Germaine me racontait un trait admirable de la grande piété de son grand-père. - Et votre père lui dis-je, est-il aussi généreusement pieux ? — Oh ! oui, répondit-elle avec une simplicité charmante, et elle ajouta : C'est de famille !

À lui seul, ce mot nous révèle les traditions de cette honorable famille. Recueilli sur les lèvres mourantes de notre prédestinée, nous l'avons pieusement conservé et nous léguons aux frères et aux sœurs de Germaine Castang cette phrase mémorable. Lorsque la Religion leur demandera un acte de générosité et d'héroïsme, ils sauront toujours répondre à la voix de Dieu et à celle de leur conscience, et s'ils avaient besoin de reprendre force et courage dans la pratique du devoir héroïquement accompli, ils se rappelleraient les traditions qui leur ont été laissées, et, accomplissant la Loi du Seigneur, suivant ses commandements et ceux de son Église, ils se diront ces mots de profondeur sublime dont ils feront leur cri de ralliement : religion; honneur, devoir : C'est de famille !

Germaine, la future pauvre Clarisse, ne connut jamais les énervantes douceurs du luxe ou les charmes d'une riche et paisible aisance. Loin de là ! Son berceau fut le simple berceau d'osier des enfants de la campagne ; point de fines dentelles sur la couchette de cette belle petite créature d'un jour, point de rideaux légers de soie bleue ou rose pour abriter cette fleur des champs, point de layette brodée pour ce lis de la vallée, mais, ce qui est infiniment plus doux que ces luxueuses bagatelles, des sourires d'amour et de chaudes caresses, des soins d'une tendresse exquise et des vœux charmants fleurirent le berceau de cette nouvelle enfant que sa mère voulut allaiter elle-même, comme elle avait déjà nourri ses quatre aînés... Avec le lait, elle inocula à cette petite bien-aimée quelque chose de ces vertus extraordinaires qui faisaient d'elle la vraie femme forte louée par les Saintes Écritures. Encore aujourd'hui, ceux qui ont connu cette épouse modèle, cette mère incomparable, cette chrétienne « sans peur et sans reproches », n'en parlent qu'avec une respectueuse admiration et s'accordent à dire : « Madame Castang! c'était une sainte !!! »... La fille devait hériter de la sainteté de sa mère…

Chrétiens, et grands chrétiens, les époux Castang regardaient chaque naissance comme une bénédiction du Ciel, leurs enfants comme des dons de Dieu. Malgré l'état de gêne et de détresse dans lequel ils devaient se trouver si souvent, ils savaient se réjouir chrétiennement à la venue de ces chers petits êtres qui devenaient leur couronne vivante. Ils paraissaient ne pas vouloir s'apercevoir qu'un enfant de plus était une charge à ce foyer, que visitèrent si cruellement l'infortune et le dénuement. M. et Mme Castang eurent douze enfants : ces douze naissances furent douze joies et douze honneurs ! Le Ciel réclama sa part et, avant de descendre dans la tombe, jeune encore, Mme Castang eut l'affreuse douleur de voir mourir cinq de ses charmants petits enfants : deux lui furent ravis en moins de quinze jours par une rougeole compliquée de bronchite aiguë. La pauvre mère en crut mourir de douleur. Son chagrin fut navrant et on l'entendit répéter avec un accent de tendresse et de désolation impossible à rendre : « Plutôt avoir cent enfants, que d'en perdre un seul !... »

Ce cri doit ressembler à un de ceux que poussait Rachel l'inconsolable…

Oh ! Les mères, les mères dépossédées par la cruelle mort de leurs vivants trésors, les mères pleurant les enfants de leur amour, dans quels abîmes de douleurs ne descendent-elles pas ? Vraiment, il n'y a que la main d'un Dieu qui puisse les retirer des sombres profondeurs de leur tristesse amère, comme il n'y a que le cœur d'un Dieu qui puisse comprendre et consoler le cœur blessé des mères en deuil ! Mme Castang connut ces immenses tristesses ; elle connut aussi les célestes encouragements du Dieu Consolateur. Au pied de son Crucifix son âme se rassérénait... le fiât descendait du Cœur de son Dieu dans le sien... puis il remontait de son cœur à ses lèvres, et elle avait la force de bénir son Dieu qui ne lui avait enlevé ses enfants chéris que pour les faire monter au pays des anges ; ne faut-il pas au bon Dieu des fleurs pour son beau Paradis ? La famille Castang lui fournit sa gerbe et là-haut, où tout refleurit dans l'éternel amour, l'heureuse mère doit se voir aujourd'hui entourée de sept de ses enfants : Au Ciel les familles se reforment !

Il aurait presque suffi d'une seule visite faite à la famille Castang pour sentir et pour voir que Dieu était bien l'unique et divin Maître de cet intérieur chrétien. Le crucifix y avait une place d'honneur, la petite statue de Notre-Dame y avait aussi la sienne. On aimait à parler du bon Dieu, on Le bénissait, on Le priait : on ne s'en cachait point ! Les premiers noms que les enfants au berceau apprenaient à bégayer étaient ceux de Jésus, Marie, Joseph... et, à peine sortis des langes, le premier usage qu'on leur apprenait à faire de leurs bras et de leurs mains était de se signer du divin signe de la Croix... Heureux enfants ! n'était-ce pas les vouer, dès le berceau, à l'éternel honneur d'être les soldats du Christ ?

Souvent Mme Castang s'approchant du berceau de ses enfants les contemplait en silence, et, comme saisie de respect devant ces anges de la terre, radieuse image des Anges du Ciel, près de ce berceau où dormait l'innocence, elle priait, elle méditait : « Que de fois alors, nous dit sa fille aînée, je l'ai vue tracer un long signe de Croix sur le berceau de l'enfant chéri ! » Ô ravissante et sainte bénédiction des mères, combien vous devez attirer celle de Dieu sur ces berceaux d'espérance et d'amour !…

Germaine en fut comblée, et, à peine commençait-elle à vivre, qu'elle étonna et charma son entourage ! Douée d'une précoce intelligence, d'un naturel doux et facile, jolie déjà à ravir, cette petite fille était le légitime orgueil de son père et de sa mère, et la petite sœur chérie de ses aînés.

Vraiment Germaine était bien la cinquième bénédiction du foyer ! Sur les genoux de sa tendre mère ou dans les bras de son père, la petite enfant semblait déjà répondre à la tendresse et aux soins dont elle était l'objet; elle donnait ses petits sourires enfantins avant de donner son sublime dévouement et son filial amour. Sept autres enfants devaient la suivre, mais il semble que dans cette délicieuse douzaine d'enfants Germaine garde une place à part : c'est comme un grain plus vermeil de la grappe de famille, comme une fleur plus parfumée du vivant bouquet. Écoutons Sœur Marie de Saint-Germain constater elle-même la suprématie de cette petite reine de son cœur, à laquelle elle ne songea jamais à contester sa merveilleuse puissance d'attraction, en subissant la première les charmes vainqueurs « Elle était si gentille, si aimable, ma petite sœur chérie, avec sa blonde chevelure bouclée, ses grands yeux bleus où brillaient à la fois l'intelligence et le coeur ! Chacun la caressait, était heureux de lui faire quelque petit cadeau. Ma mère elle-même, qui nous aimait tous d'une égale tendresse, avait pour celle-ci une certaine prédilection dont nous nous rendions parfaitement compte, mais la chère enfant la méritait si bien, que nous n'en étions pas jaloux. Ses gentillesses, son gracieux babil nous la faisaient tant chérir ! »

M. Castang, lui aussi, subissait l'attraction générale : il ne s'en défendait pas. Lorsqu'il rentrait le soir en son paisible logis, après ses rudes journées du travail des champs, le robuste cultivateur se sentait ému et attendri à la vue de cette couronne d'anges qui se formait autour de lui. Il était fier de sa belle famille d'enfants, il caressait chaque oiseau de ce doux nid, mais c'était dans une sorte de contemplation qu'il baisait Germaine, Germaine au front éblouissant, au sourire de chérubin, et, dans l'intime de son coeur, il se disait : « Que sera cette enfant ? » puis, comme effrayé de tant de beauté et d'innocence, il se prenait à trembler en pensant que le Ciel jaloux d'un tel trésor, ne le laisserait pas longtemps à la terre…

Au lendemain de la mort de cette fille très aimée, son père navré nous écrira les lignes suivantes : « Je ne sais à qui je dois le plus de reconnaissance dans le Monastère... j'ai eu tant de preuves que toutes ces Dames aiment mon enfant... Cette enfant a toujours été d'une candeur, d'une simplicité extraordinaire voilà bien longtemps que je disais qu'elle ne vivrait pas, et je ne me suis pas trompé... » Et ensuite, pour soulager son immense douleur, le pauvre père nous dira longuement combien lui était chère cette incomparable enfant à la pureté d'ange et à la douceur d'agneau. Large était la part de tendresse faite à cette brebis de l'aimable troupeau, et M. Castang lui-même, dans ses lignes émues, semble nous dire que cette part était à part... Le Seigneur Jésus en pensait de même et c'est pourquoi, voulant lui faire une part toute particulière de tendresse divine, Il l'appellera un jour du monde au cloître, et, peu après, du cloître au Ciel…

 

Notes

(1). L'église de Nojals est dédiée à sainte Quitterie, vierge et martyre. Son nom et son culte oubliés ont été remis en honneur.

(2). La vieille église du village était un tout petit édifice en forme de croix latine, se rapprochant de la Croix grecque, tant était courte la petite nef… : sept mètres au plus. Deux petites voûtes surbaissées, à nervures à peine dégrossies, reposaient sur des supports dont les figures grimaçantes avaient été à moitié détruites par le marteau révolutionnaire. Une chapelle et la nef étaient simplement plafonnées. Un petit pignon, ouvert de deux baies, soutenait une petite cloche qui date de quatre cents ans. Un cimetière entourait le vieil édifice. La toiture basse à tuiles creuses, souvent dérangées ou emportées par le vent, reposait sur ces vieux murs qui menaçaient ruine.

A l'intérieur, les plafonds s'en allaient de toutes parts. Là, le bon Dieu n'était pas mieux logé que les laboureurs du lieu.

Les paroissiens de Nojals rêvaient une église neuve. Après bien des essais infructueux et six ans d'attente, cette petite population de trois cents âmes finit par se créer une douzaine de mille francs de ressources. L'adjudication fut donnée. Le fer du maçon renversa la charpente, la pioche acheva de jeter à terre les vieux murs. Le bon Dieu délogé reçut l'hospitalité tout près de là, dans un hangar à sécher le tabac que le propriétaire, oncle paternel de Germaine, mit à la disposition de M. le Curé. Il y demeura trois ans au vent, à l'humidité et au froid. Qu'importait à Jésus-Hostie le provisoire et la pauvreté de cette nouvelle demeure ? Sous le toit de chaume de l'église des missions, aussi bien que sous la voûte des plus splendides basiliques, c'est toujours le même Dieu-Amour qui nous dit : « Mes délices sont d'habiter parmi les enfants des hommes ». Nul doute qu'en quittant le toit hospitalier de M. Castang, le Dieu de l'Eucharistie n'ait comblé de divines bénédictions ce généreux chrétien et sa pieuse famille L'Hôte divin paie toujours en Dieu l'hospitalité qu'on lui donne, si pauvre soit-elle. (D'après les Notes de M. l'abbé Theillet).

(3) De l'institut des Religieuses de Saint-Joseph d'Aubenas.

(4). Ps. XXII.

 


 

Table des Matières de Fleur du Cloitre                                                                                                                   Chapitre 2e

 

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Fleur du Cloître - 2

Fleur du Cloître

 

Chapitre deuxième

Une famille chrétienne, enfance de Germaine

 

« Chaque jour nous aimons davantage l'idée du Ciel ; nous parlons de nous y réunir pour jamais ». (Hervé Bazin).

 

« Il n'y a pas de fin à l'amour de deux époux chrétiens, ils s'aiment en Dieu au Paradis et il dépend d'eux de n'être jamais séparés... » Ainsi parlait un grand chrétien de notre siècle, Hervé Bazin, « l'homme d'œuvres » si digne de louanges, l'époux, le père de famille modèle. Et il ajoutait aux pages de son journal ces lignes intimes, qui font à la fois son éloge et celui de sa noble compagne : « Mon Dieu, que la vie est difficile, mais qu'il est beau et bon de la franchir comme nous le faisons, appuyés chrétiennement l'un sur l'autre, et marchant la main dans la main, les regards en haut ! De cette façon on peut chanceler, mais jamais on ne tombe. Élevons de notre mieux nos enfants, leur inspirant surtout l'amour de Dieu ».

Ainsi pensait, écrivait et vivait ce grand catholique « tout vivant de vie surnaturelle » ; au foyer des Castang, dans une sphère plus modeste et d'une façon solitaire et ignorée, on pensait et on vivait de même, « appuyés chrétiennement l'un sur l'autre, la main dans la main, les regards en haut... » Les deux époux élevaient de leur mieux leurs enfants, leur inspirant surtout l'amour de Dieu... L'éloquence manquait peut-être pour le dire ; la foi ne manquait pas pour le faire. Cette foi robuste du paysan de la Dordogne ressemble à celle du paysan breton elle opère des merveilles, car « le juste vit de la foi » et cette vie est de vigueur éternelle... Avant tout, la famille Castang était une famille de croyants et telles étaient ses croyances de foi, d'espérance, et d'amour, qu'aucune épreuve ne la détachera du Crucifix, qu'aucune tribulation ne la séparera de Dieu. Elle donnera au Seigneur Jésus tout ce qu’Il lui demandera : des anges à son Ciel, des vierges à son cœur... et ces sacrifices déchirants se feront chrétiennement ; la nature éprouvera de douloureux tressaillements et répandra ses pleurs, mais la foi placera l’Amen sur toutes les lèvres et dans tous les cœurs. Il est si fort celui qui croit, qui espère et qui aime !!! Nous verrons dans la suite combien cette famille bénie possédait cette triple force.

Chargés de nombreux enfants, M. et Mme Castang virent bientôt diminuer leur modeste aisance; avec les enfants se multiplièrent les soucis, et parfois les angoisses du lendemain, car ce lendemain n'était pas assuré... mais le père et la mère ne cessèrent point pour cela de pratiquer les actes de la charité chrétienne et d'en laisser à leurs enfants de magnifiques exemples. Écoutons la fille aînée célébrer en quelques lignes la piété éclairée de ses excellents parents et nous révéler quelque chose de leur douce charité : « Ma mère, écrit-elle, était une femme d'un rare bon sens et d'un cœur si bon qu'il ne pouvait voir la souffrance sans la soulager. Sa piété n'avait rien d'amer, rien de petit : c'était une vraie chrétienne, non une bigote ! Elle était d'ailleurs bien secondée dans sa tâche pénible de former les enfants à la vertu par mon cher papa, lui aussi, bon chrétien s'il en est. Un jour, c'était midi, il entre précipitamment, le visage radieux : « Mes enfants, nous dit-il, à genoux, nous allons réciter ensemble trois Ave Maria pour remercier la Très Sainte Vierge ! » Il venait de conclure heureusement une affaire importante.

À une piété vraie, mes chers parents joignaient une tendre compassion pour les malheureux ; notre maison était pour ainsi dire leur rendez-vous ; à table et au coin du feu, ils avaient leur place. Je n'ai jamais vu l'un d'eux frapper en vain à la porte du logis paternel. Le lendemain d'une fête, il s'en était déjà présenté plusieurs ; à tous on avait fait une petite aumône. Tout à coup il en arrive un autre. Une de nos parentes, en visite chez nous, s'avisa de le renvoyer sans l'avoir secouru. Mon père l'ayant appris, m'envoya à sa recherche pour lui remettre une petite obole, disant qu'un sou donné au pauvre n'appauvrit jamais. Une autre fois c'est une pauvre femme ; elle porte au bras un enfant demi-nu, par une pluie battante et un froid assez vif... elle demande du secours, c'est une vraie miséreuse ! Ma chère maman tend les bras à cette infortunée, lui ouvre la porte de sa maison et les trésors de son bon cœur, elle habille de son mieux les deux êtres souffreteux, les réconforte et les renvoie heureux et contents.

Dans un pareil milieu, comment ne pas prendre goût à la vertu que nos chers parents avaient appris à aimer eux-mêmes sur les genoux de pieuses et saintes mères ! Cet héritage qu'ils avaient reçu de leurs aïeux, ils cherchaient toutes les occasions de nous en faire comprendre l'inestimable valeur. À cette école, ma chère petite Germaine contracta de bonne heure des habitudes de piété, et, encore en bas âge, son cœur battait déjà d'amour pour le Dieu Charité et s'ouvrait tout grand à la compassion des misères d'autrui.

Toute jeune encore, la chère enfant se faisait déjà remarquer par un fonds de piété qui réjouissait ma pauvre maman. Son recueillement pendant la prière était remarquable ; à la voir les mains jointes, les yeux bien fermés, on ne doutait pas que cette chère petite créature ne comprît déjà qu'elle parlait au bon Dieu... Ma mère excellait d'ailleurs dans l'art difficile de nous former à la piété ! »

Voilà donc Germaine, à peine sortie des langes, qui nous apparaît en prière, les mains jointes et les yeux bien fermés. Telle elle restera toute sa vie ! Toujours maîtresse d'elle-même, âme de prière et d'oraison, aspirant dès ses plus jeunes années à cette vie contemplative qui était son élément, les mains levées vers ce Jésus qu'elle appelait dans tous les élans de son amour virginal, les yeux fermés aux choses de la terre qui ne lui parurent jamais dignes d'un seul de ses regards.

« En avançant en âge, nous dit Marie de Saint-Germain la chère fillette croissait aussi en amour pour nos parents chéris ; c'était presque de la vénération qu'elle avait pour eux ; pour rien au monde elle n'aurait voulu leur causer délibérément du chagrin ».

De bonne heure, elle leur rendit amour pour amour, dévouement pour dévouement. Comprenant très bien de quels soins et de quelle tendresse elle était l'objet, elle voulut à son tour aimer et se dévouer. Dieu lui donna l'occasion de se former toute jeune aux austères pratiques du dévouement familial. Après Germaine, sept autres enfants furent tour à tour déposés dans le petit berceau, où cinq fois déjà Mme Castang avait bercé de tendres nouveau-nés. Germaine, petite sœur chérie de ses aînés, voulut être à son tour la grande sœur des frères et sœurs qui la suivirent. Un tel dévouement fut précieux pour Mme Castang... Elle accepta avec ravissement et d'autant plus volontiers que souvent privée de sa fille aînée, qui habitait presque continuellement chez son oncle, elle retrouvait en Germaine une seconde Lucie : même cœur, même raison, même dévouement. M. Castang nous racontait un jour avec admiration que Germaine, si petite encore qu'elle ne pouvait porter ses petits frères et sœurs, se constituait déjà leur gardienne vigilante, les levait et les couchait pour éviter toute fatigue à sa mère, et s'y prenait si bien pour soigner ces chers petits enfants, en l'absence de leur maman, que celle-ci déclarait être fort tranquille et rassurée lorsque les bébés étaient laissés à la garde de Germaine. La douce Lucie, ainsi que nous venons de le dire, avait dû laisser à Germaine son rôle de sœur aînée.

« Les charges de notre nombreuse famille et l'insuccès des affaires, nous dit Marie de Saint-Germain, inspirèrent à mon oncle Castang qui demeurait non loin de chez nous, de me prendre fort jeune avec lui. N'ayant sous les yeux que des exemples de vertus, le germe de la vocation religieuse qui était en moi se développa rapidement. Le moment de répondre à l'appel de Dieu étant venu, ce fut encore ce cher oncle qui m'en fournit les moyens.

J'avais treize ans lorsqu'il fallut m'arracher des bras de ma pauvre mère que je ne devais plus revoir, me séparer de mon père ému, mais si chrétiennement résigné, dire adieu à mes frères et sœurs en larmes. Il m'en coûta énormément de briser les liens que la nature avait créés si forts... Mes sanglots redoublèrent en disant adieu à ma petite Germaine, alors enfant de huit ans environ ; je la pressai longtemps sur mon coeur, des larmes plein les yeux et le cœur brisé. À grand'peine on put nous séparer. Avions-nous le pressentiment de ne pas nous revoir ici-bas ? je ne sais... mais ce que je puis assurer, c'est que j'eus une peine incroyable à me faire à l'absence de ma petite Germaine ».

On le voit, le Seigneur commençait à puiser de main divine dans le vivant trésor de cette famille patriarcale. Seule, la main puissante d'un Dieu pouvait rompre des liens si doux et si forts ; seul, son Cœur divin pouvait réclamer de si précoces sacrifices. À treize ans, renoncer aux baisers d'un père et d'une mère, se séparer de petites sœurs et de petits frères charmants, s'arracher violemment à tout ce qu'on aime pour s'en aller loin, bien loin de la terre natale, se clouer à la Croix de Jésus et dire un oui d'amour à tous ses divins vouloirs, oh ! vraiment le doigt de Dieu était là, traçant devant la future religieuse le lumineux sillon de la voie royale de la Croix.

Dieu réclamait un vierge : on la lui donna généreusement et saintement et nous ne savons ce qui est le plus admirable, de l'élan sublime de cette enfant de treize ans qui déclare nettement que le Christ l'appelle et qu'il faut qu'elle le suive, ou de la générosité parfaite de ce père et de cette mère qui n'entravent en rien la vocation sainte de cette fille chérie, ou encore du magnifique dévouement de cet oncle bienfaiteur qui, loin de détourner sa nièce de cette belle vie religieuse à laquelle elle aspire, se fait au contraire, son guide et son protecteur et la fait passer de sa maison au noviciat des Sœurs de Saint-Joseph.

La vocation de Lucie ne rencontra donc aucun obstacle, mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, elle ne fut pas exempte des cruelles douleurs de la séparation. Les scènes touchantes du « Relicto patre » de l'Évangile se renouvelèrent à Nojals ; comme les Apôtres, Lucie sacrifia ceux qu'elle aimait à l'amour du Christ Roi, et, laissant tout, elle le suivit (1)…

Après elle, d'autres petites sœurs charmantes seront présentées au Roi, mais Lucie ne les attend pas... Le Maître l'appelle : elle court, elle vole, elle ouvre à ses sœurs la voie qui mène au cœur du Roi des Vierges ; elle prend la part de Marthe, vouée à tous les dévouements ; plus tard, Germaine choisira celle de Marie, vouée à tous les sacrifices de la solitude et à toutes les mystérieuses beautés de la contemplation…

L'Institut qui ouvrait ses portes et son cœur à la fille aînée de M. Castang était celui des religieuses de Saint-Joseph d'Aubenas (Ardèche). L'éloge de cette Congrégation n'est pas à faire. Depuis longtemps déjà le nom de ses religieuses est mille fois béni, leurs œuvres louées, leur dévouement reconnu et honoré. À nous aussi, il est infiniment doux de rendre hommage à la sainteté et à l'héroïsme de ces Marthes de Jésus, nos sœurs germaines en la foi ! Nos deux familles religieuses, unies en l'Amour de leur commun Maître et Seigneur, s'aiment, se comprennent et prient l'une pour l'autre…

L'intérêt dévoué que les Religieuses de Saint-Joseph accordèrent toujours à la famille Castang nous porte à faire connaître à nos lecteurs les origines et le but de leur sainte Congrégation. Premières institutrices de Germaine et bienfaitrices de ses sœurs, elles ont un droit particulier à notre respectueuse attention. La Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph d'Aubenas est l'œuvre de M. l'abbé Mazard. Appelé, en 1804, à réorganiser la paroisse de Vesseaux, il avait d'abord été douloureusement frappé de l'état d'ignorance où se trouvaient les enfants il résolut donc d'apporter un remède à ce mal bien regrettable. Dans ce but, le saint prêtre jeta les yeux sur deux filles vertueuses de sa paroisse. Après s'être assuré de leur dévouement aux œuvres de bien, il les engagea à ouvrir une école et s'imposa pour cette fondation de pénibles sacrifices. Les premiers essais dépassèrent les espérances du pieux fondateur. Son âme sacerdotale conçut alors le dessein de pousser plus avant une œuvre qui lui sembla providentielle et d'assurer, non seulement à sa paroisse, mais encore à un grand nombre d'autres qui en étaient dépourvues, le bienfait de l'instruction chrétienne. Pour atteindre cette fin, M. Mazard, encouragé par ses supérieurs, donna de nouvelles compagnes aux premières filles qu'il avait réunies. Les dévouements ne firent pas défaut, et la petite Communauté reçut en 1822 une première approbation de Monseigneur de Mons, alors évêque de Viviers ; elle adopta les statuts et les règles des Sœurs de Saint-Joseph, établies au Puy en 1650 par Monseigneur de Maupas et approuvées en 1651 par le roi Louis XIV. La Communauté de Vesseaux fut successivement dirigée, dans son berceau, par deux supérieures de la maison de Lyon où la Congrégation de Saint-Joseph avait été rétablie, après la Révolution de 93, par le cardinal Fesch. Depuis lors, la Congrégation de Vesseaux. dont le siège a été transféré à Aubenas, s'est rapidement développée. Elle compte aujourd'hui 400 religieuses réparties dans les départements de l'Ardèche, du Gard, de la Dordogne, de l'Isère, des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse et du Var.

Tandis que le noviciat des chères Sœurs de Saint-Joseph reçoit dans son sein la jeune Lucie Castang et la forme à toutes les vertus et à tous les sacrifices, revenons de quelques années en arrière, et retrouvons Germaine dans la joie et l'épanouissement de ses quatre ans, sur les bords de ce petit ruisseau enchanteur qui a toujours charmé Lucie et Germaine.

Après la mort de cette dernière, Marie de Saint-Germain demandera à tous les échos de lui parler de sa bien-aimée... elle interrogera même les eaux limpides du ruisseau de Nojals !... L'enfant chérie avait jeté tant de frais éclats de rire à travers ses roseaux chanteurs... elle avait effeuillé tant de marguerites sur ses bords pour savoir si, oui ou non, la fleurette mystérieuse et capricieuse voulait faire d'elle une « religieuse »... elle avait tant semé d'Ave Maria sur les rives de ce petit fleuve de son village, alors qu'assise dans les hautes herbes, elle tressait pour la Vierge des guirlandes de pâquerettes et de bluets... elle avait surtout payé si cruellement la joie enfantine qu'elle goûta un jour à se baigner dans ses eaux glacées, qu'en vérité le petit ruisseau de Nojals pouvait être pris à témoin des premières joies et des premières douleurs de l'enfance de Germaine.

« Petit ruisseau — s'écrie en pleurs, Marie de Saint-Germain (2) — petit ruisseau qui baignes de tes eaux limpides le village natal, petit ruisseau calme et tranquille comme la petite fleur que tu vis éclore, parle-nous à ton tour de ses jeux enfantins dont tu as été le témoin familier et toujours trop discret... parle-nous des innocentes conversations que ton eau fuyante recueillait des lèvres candides de ma petite sœur... dis-nous les délicieux moments qu'elle a passés sur tes bords tout semés de primevères et de violettes, alors qu'elle y faisait sa moisson fleurie... Gracieux bouquets, fraîches guirlandes que nous tressions ensemble, parlez-moi, vous aussi, des sentiments pieux qui animaient ma sœur chérie, lorsqu'elle vous déposait sur l'autel de Marie... » Petit ruisseau — ajouterons-nous — parle-nous aussi des larmes et des premières souffrances de Germaine... »

Ici arrêtons-nous... et, sur les bords du fameux ruisseau, assistons à la scène aussi champêtre que néfaste qui ouvrit pour Germaine l'ère de mille douleurs…

C'était un jour de printemps « tout de parfums et de soleil », mais la brise était froide et le ciel n'avait pas encore l'azur des beaux jours. Cependant, comme pour s'en consoler et sécher les larmes de ses giboulées de la veille, mars envoyait aux prés et aux bois ses sourires de renouveau, auxquels répondait le sourire des pâles primevères, le parfum des modestes violettes et le gazouillis des oiseaux. L'abeille avait ouvert ses ailes d'or, et, disant bonjour aux premières pâquerettes, glissait légère et bourdonnante sur le doux vert satiné des premières feuilles des haies... Oh ! qu'il était joli ce printemps à Nojals !... et que de suaves harmonies chantaient par les brins d'herbe et par les nids de mousse : « Créatures du Seigneur, louez toutes le Seigneur, louez-le et exaltez-le à jamais !... »

Mais chut ! Taisez-vous, petits oiseaux, arrêtez-vous, abeilles, inclinez-vous, fleurettes, laissez l'enfance exulter à son tour : laudate pueri Dominum... Voici que vient en folâtrant un essaim gracieux de petits enfants de Nojals... jetant à tous les échos les notes fraîches et gaies de leurs voix rossignolantes, saluant chaque fleur d'un regard étonné et ravi ; la troupe des bambins arrive sur les bords du ruisselet d'argent et répond au timide glou-glou de ses eaux serpentantes par ses longs cris de joie... Ils sortaient tous de l'école, ces délicieux innocents, et, soit le bonheur d'avoir quitté la classe et son grand tableau noir, soit le plaisir de voir du soleil et des fleurs, ils battaient des mains, sautaient, chantaient, criaient et se demandaient quoi dire et quoi faire pour mieux célébrer leur joie et leur liberté… Germaine, la blondinette, et ses frères faisaient partie de la bande joyeuse, prenant leur part de gai plaisir. Or, tout ce petit peuple de lutins, ayant bien ri, causé et couru, allait se reposer haletant sur l'humide tapis de naissant gazon, tout étoilé de blanches pâquerettes, lorsque l'un des petits écoliers, âgé de six ou sept ans, fit cette audacieuse proposition : « Voulez-vous bien vous amuser ?... — Oui ! oui, répondirent en chœur les enfants. — Eh bien, dit l'imprudent, traversons le ruisseau !... »

Aussitôt fait que dit ! Chacun se déchausse et se prépare à la traversée. Petite Germaine était courageuse ; elle ne voulut pas être en retard... elle n'avait que quatre ans, mais songea-t-elle à se faire de son âge une dispense pour ne pas suivre la bande ? Les petits papillons volent aussi bien que les grands et la baby n'était ni la moins agile, ni la moins décidée de la troupe enfantine. Vite, elle quitte ses petits souliers et ses gros bas de laine, puis, entraînée par la bande des petits baigneurs, elle entre dans le ruisseau glacé. Tous les enfants s'y tiennent par la main ; ils rient, ils sautent, arpentent le ruisseau, s'y promènent de long en large, et, au lieu de le traverser rapidement, ils y restent et y prennent leurs ébats… C'est à qui barbotera et se mouillera le plus... Ils sont si contents et si fiers d'avoir découvert pareil jeu qu'ils ne songent point à en finir... Tout à coup passe une femme de Nojals. Elle est stupéfaite en voyant ces enfants courir dans l'eau froide du ruisseau. Elle les apostrophe rudement : « Voulez-vous bien sortir de là, petits gamins, tas de polissons !!! » puis, tout en les .grondant, elle les fait immédiatement sortie du ruisseau, leur intime l'ordre de se chausser promptement et de rentrer chez eux. Comme elle était très liée avec la famille Castang, elle se chargea de reconduire elle-même Germaine et ses frères chez leurs parents. Elle prit la petite fille par la main, fit marcher les garçons devant elle, et, chemin faisant, les gourmanda sans se gêner. La brave femme avait grandement raison de blâmer telle imprudence. Si les autres enfants ne s 'en ressentirent pas, peut-être parce que la prudente villageoise les avait fait sortir à temps de ce bain glacé, Germaine, probablement d une complexion plus délicate, en subit bientôt les terribles conséquences. Elle raconta elle-même qu'en quittant l'école elle avait excessivement chaud, parce qu'il y avait un poêle dans la classe, « puis, dit-elle, j'avais de gros bas de laine que je quittai pour entrer dans l’eau où j'eus bien froid ! » Il est facile de concevoir qu'elle éprouva une transition terrible et qui eût pu être mortelle. Hélas ! elle le fut dans ses suites. La belle petite Germaine de quatre ans laissa dans le ruisseau de Nojals sa magnifique santé, et lorsque, quatorze ans plus tard, la science découvrira la terrible maladie dont Germaine devra mourir, on pourra assurer que ce fut en cette journée néfaste que la chère petite fille prit le germe de ce mal qui ne pardonne pas !

En effet, peu après la promenade dans le ruisseau, Germaine tomba dans une sorte d'assoupissement qui devint bientôt inquiétant. Durant trois jours, elle ne fit que dormir. En arrivant à l'école, l'enfant se couchait par terre et s'endormait presque subitement. Les bonnes Sœurs s'alarmaient et disaient entre elles : « Cette enfant est malade ! » On la soigna au mieux et l'intérêt et la sympathie redoublèrent à l'égard de la fillette déjà si aimée. Quant à M. et à Mme Castang, ils étaient désolés de voir leur belle petite fille faible et assoupie. Si on lui demandait de quoi elle souffrait, elle répondait simplement que les jambes lui faisaient bien mal, puis, peu à peu, la jambe gauche fut tout à fait paralysée : la paralysie monta jusqu'au genou ; ce n'était que le commencement de bien des maux. A partir de ce moment, Germaine boita et souffrit beaucoup de la pauvre jambe infirme. Mais cela n'altéra en rien sa sérénité ; elle conserva sa joyeuse humeur, et, si elle souffrit beaucoup, elle ne se plaignit jamais.

Cependant, M. et Mme Castang étaient navrés de l'état de Germaine ; ils demandèrent à la médecine la guérison de cette cruelle infirmité ; elle n'y put rien et se déclara impuissante. Mme Castang ne pouvait se résigner à voir sa fille infirme ; elle supplia le Ciel de prendre compassion de son enfant, et répandant ses larmes et ses prières aux pieds de sainte Anne, la patronne des familles chrétiennes, elle lui demanda la guérison miraculeuse de son enfant. Tous les habitants de Nojals se considèrent comme les enfants de sainte Anne et recourent filialement à elle dans tous leurs besoins. Les religieuses de Saint-Joseph d'Aubenas, qui, depuis vingt ans, dirigent l'école mixte de Nojals ne commencent pas une classe sans invoquer avec la Très Sainte Vierge et saint Joseph : la bonne Dame sainte Anne !

Laissons Marie de Saint-Germain nous parler elle-même de sainte Anne de Clottes et de la confiance de sa mère envers l'épouse de Joachim : « Fréquenté en tous temps, l'humble sanctuaire de sainte Anne, à Clottes, le devient surtout pendant le mois de juillet, que la piété des fidèles consacre à honorer d'un culte spécial la Sainte Mère de la Vierge Marie. Non seulement s'y rencontrent des pèlerins de tous les villages d'alentour, mais encore de vrais pèlerinages, parfaitement organisés, et qui viennent de pays éloignés. C'est un courant perpétuel de prières qui s'accentue encore le 26 juillet. La fête de la sainte y est célébrée en grande pompe. La chapelle est, ce jour-là, ornée de son plus beau décor. Guirlandes, fleurs, cierges, chants, rien n'est épargné pour honorer la Sainte Mère de Marie. Une procession va de l'église paroissiale à l'antique chapelle de Clottes... Alors, là-haut, à 1500 mètres sur le coteau, retentissent des chants en l'honneur de la bonne Dame sainte Anne... son nom est sur toutes les lèvres, sa louange dans tous les cœurs. C'est qu'on ne l'invoque pas en vain, et les modestes mais nombreux ex-voto qui tapissent les murs de la pauvre chapelle au pignon démantelé sont une double preuve de sa bonté pour ses enfants et de son puissant crédit auprès du bon Dieu (3).

Notre chère maman, plus confiante dans le secours du Ciel qu'en l'art des médecins, résolut, sur le conseil d'un saint prêtre, de demander solennellement la guérison de la chère petite Germaine à sainte Anne, le jour de sa fête. Le bruit s'en répandit à Nojals et aux alentours, et, le 26 juillet de cette année, la foule se pressait dans l'humble chapelle, plus compacte et plus recueillie que jamais. Chacun compatissait à l'épreuve d'une mère désolée et se sentait pressé de demander la guérison de son enfant, que l'on voyait toujours aimable et souriante.

Bien des larmes coulèrent lorsque, en présence du Très Saint Sacrement exposé, le prêtre officiant demanda à haute voix la guérison de la pauvre petite fille... Mais, hélas ! sainte Anne n'entendit pas nos suppliques, et plus tard Notre-Dame de Lourdes n'exauça pas davantage nos prières.

Dieu avait décidé que ma chère petite sœur porterait la Croix toute sa vie... Ç'a été pour son bien et sa sanctification, n'en doutons pas !... »

 

Notes

 

(1). Matth., IV, 22.

(2). Notes intimes.

(3). Le sanctuaire de sainte Anne est très cher aux habitants de Nojals : ils ne craignent pas
de s'imposer des sacrifices pour entretenir le Sanctuaire « de la bonne Dame sainte Anne ! » C'est ainsi que M. le maire de Nojals a fait élever un petit chevet de forme ogivale sur des piliers et des nervures de bois.

 


 

 

Table des Matières de Fleur du Cloitre                                                                                                                   Chapitre 3e

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Fleur du Cloître - 3

Fleur du Cloître

 

Chapitre Troisième

Caractère de Germaine

 

« Jésus, le Dieu mille fois bon,

J'étais toute petite encore,

Me fit entendre le doux son

De sa voix que le monde ignore ».

(Mathilde de Nédonchel).

 

Comme à la fille du comte de Nédonchel et de Marie de Choiseul, Dieu parla dès l'aurore de sa vie à la fille de Germain Castang et de Marie Lafage. Toute petite encore elle semblait entendre une voix que le monde ignore, et cette voix lui révélait déjà les beautés de la vertu, les secrets du Ciel et les divins désirs du Cœur de jésus. C'était sans doute pour répondre à cette voix que l'enfant courait souvent à l'église se prosterner devant la petite porte du Tabernacle, fixant de ses grands yeux la petite serrure du pavillon d'amour et murmurant de petites prières qui allaient droit au Cœur sacré du Sauveur... Que répondait donc Notre Seigneur à cette petite enfant ? Ah ! Sans doute, Jésus-Hostie disait déjà à cette âme innocente : « Enfant, donne-moi ton cœur et je te donnerai le mien ! » L'avenir devait prouver que toujours Germaine avait été à jésus, et que toujours jésus avait été à Germaine. De l'aurore du baptistère au dernier jour de sa vie, la bien-aimée du Seigneur pourra dire : « Voilà mon Bien-Aimé qui parle... Vox dilecti… Vox dilecti... » Germaine l'entendra toujours des deux oreilles de la pureté et de l'amour. Elle était une fleur d'innocence le Tabernacle du sanctuaire de Nojals la vit en bouton… le Tabernacle du Monastère la verra épanouie... les Tabernacles éternels la gardent aujourd'hui dans les épanouissements de l'Immortalité... « Parce qu'elle était agréable à mes yeux, — nous dira le Créateur — je l'ai enlevée de la terre où l'on meurt, pour la transplanter dans la terre où l'on vit ».

Ceux qui ont connu Germaine ont toujours été hantés par la pensée qu'elle passerait rapidement au travers des ombres de l'exil. « C'est une enfant extraordinaire », disaient ceux qui la voyaient dans l'intimité, et l'on se demandait avec émotion : « Vivra-t-elle ? » Le fait est que cette charmante petite créature tenait plus du ciel que de la terre : c'était comme une fleur du Paradis égarée sous de sombres climats : nulle marguerite de Nojals n'égalait l'éblouissante fraîcheur de cette petite âme toute blanche, nulle violette n'aura jamais son parfum d'humilité... Nous qui avons vu de près la beauté virginale de cette vierge en fleur, nous l'appellerions volontiers : « Le lys de Nojals ! »

Elle n'avait point encore atteint l'âge de raison qu'elle était déjà toute à Dieu par l'amour de son cœur d'ange et toute au prochain par les élans de la charité. On peut dire de Germaine qu'elle ne s'est jamais appartenu. Sa vie était de se donner et de se prodiguer dans l'exercice du plus pur dévouement. Son premier champ d'héroïsme fut le foyer familial : penchée sur le berceau des anges qui la suivent, elle les berce, leur sourit et leur passe le biberon… ne résistant pas quelquefois au plaisir d'y goûter avant le cher nourrisson... innocente gourmandise, qu'elle se reprochera plus tard comme vol à ses petits frères !! Un saint prêtre, ami de la famille, nous dit que Germaine « venait souvent à l'église, assistait à tous les offices, y conduisait ou y portait les benjamins de la famille dont elle était la bonne accoutumée, dans les intervalles des heures de classe et souvent pendant la classe même... » Elle ouvrait tout grands ses petits bras au dernier bébé, les lui offrait pour berceau vivant, et cela, elle le faisait avec tant de cœur et de grâces que Mme Castang en était émue jusqu'aux larmes.

Tout était si bien équilibré dans cette petite tête d'enfant, tout s'harmonisait si admirablement dans son cœur et son intelligence que, dès sa plus tendre enfance, ses parents comprirent le trésor qu'ils possédaient et ils en bénirent l'Auteur de tout don.

Les premières années de la pieuse enfant s'écoulèrent — nous l'avons déjà dit — dans une atmosphère toute particulière de piété et de charité. Sur les genoux de sa mère si intelligente, si pieuse, si chrétienne, la fillette apprit à aimer son Dieu par-dessus toutes choses et son prochain comme elle-même... plus qu'elle-même.

Mme Castang forma la conscience de sa fille, comme si elle eût eu le pressentiment des pieuses destinées de cette enfant de bénédiction… et Germaine, comme si elle eût eu l'intuition de la brièveté des jours que lui compterait le Seigneur, se hâtait, pour ainsi dire, de devenir bonne, pieuse et sainte…

Consommée en peu de temps, elle devait remplir un grand nombre de jours (1). Il lui semblait qu'elle n'aurait jamais assez de temps pour aimer et chérir de tout son cœur la Croix de jésus que sa mère lui apprenait à voir et à baiser dans toutes les épreuves de la vie. Ces épreuves furent grandes et terribles pour Germaine et sa famille, mais jamais elle ne s'en plaignit. Sa mère lui avait appris de bonne heure à dire l'Amen perpétuel... et tous les chagrins, toutes les douleurs de cette sainte famille furent toujours renfermés entre un fiat de résignation et un Amen d'amour. La jambe malade de Germaine lui occasionna de grandes souffrances et un traitement douloureux. Jamais l'enfant ne se plaignit de son état d'infirmité et de ses pénibles conséquences. C'est que sa mère lui avait dit tant de choses consolantes sur la souffrance chrétiennement supportée, qu'elle était douce envers le mal et presque radieuse sur la Croix. Qui dira ce qui se passait dans l'âme de la mère chrétienne lorsque, tenant sur ses genoux cette petite fille déjà marquée du signe de la souffrance, elle lui parlait de Dieu si infiniment bon, du Crucifix et de l'amour du Dieu crucifié ; de Marie, la Mère admirable... des anges... des saints... des épreuves passagères de ce monde et des joies sans fin de l'Éternité !... Germaine aux yeux bleus, aux longues et soyeuses boucles d'or se pressait contre le cœur de sa mère, et comprenait si bien toutes ces divines choses que la mère ne cessait pas de les lui répéter. Ce fut sûrement dans les bras de sa mère que Germaine fit son premier acte d'amour de Dieu !... Oh ! ravissante théologie du cœur des mères ! comme elle nous révèle de célestes choses !… et comme elles nous font aimer le bon Dieu, nos mères chrétiennes, avec le catéchisme à la main, le sourire sur les lèvres et leur amour plein le cœur... Oh ! Les mères ! Elles sont des docteurs à part ! Demandons à saint Augustin, à saint Symphorien, à d'héroïques « Frères martyrs », à Eustochium, à saint Bernard, à saint Louis, quelles notions, quels principes, quels exemples, quelles leçons de vertus chrétiennes et quelles énergies d'amour céleste ils reçurent de ces femmes admirables qu'on nomme avec autant de piété que de vénération : Monique, Augusta, Symphorose, Félicité, Paula, Aleth et Blanche de Castille !... Interrogeons tant d'autres saints et saintes et demandons-leur ce qu'ils durent à leurs mères... « Interrogez-vous vous-même ; disais-je souvent à Marie-Céline, et rappelez-vous ce que vous devez à celle qui vous donna le jour ». Et Céline me répondait : « Ma chère maman était si parfaite qu'on la considérait comme une sainte !!!... » Generatio rectorum benedicetur ! Les justes engendreront des enfants dignes d'être bénis par Dieu. M. et Mme Castang devaient voir se vérifier cet oracle de la Sainte Écriture : leurs enfants étaient bénis du Seigneur…

Ennemie du luxe et de l'oisiveté, forte et douce dans l'adversité, calme dans ses joies, hélas ! si rares, modeste dans ses œuvres de charité, grande dans sa dignité douze fois maternelle, Mme Castang était bien la femme forte qui avait accumulé en son cœur de vrais trésors de sagesse surnaturelle... Ces trésors, elle les communiquait aux siens par ses exemples de vertus et ses conseils pleins de justesse et d'à-propos. Rude pour elle-même, elle voulait que ses enfants sussent faire face à la douleur aussi joyeusement et saintement que possible. Germaine entendit souvent sa mère lui répéter cette phrase austère : « Il faut s'habituer à tout, ma fille... on ne sait pas ce que l'avenir réserve... » et la chère maman, remplie de prudence et de sagesse, exigeait que la petite fille sût faire généreusement tous les petits sacrifices. À table, elle devait manger courageusement de tout... à l'école, en famille, être le modèle des benjamins ; dans les contestations qui pouvaient s'élever parmi tant d'enfants, être le bon ange de paix et de conciliation... à l'église, être pieuse, modeste, recueillie.

De bonne heure, Germaine fut formée à l'ordre et à l'économie ; de bonne heure aussi, elle apprit à faire des sacrifices et à vaincre les saillies de son caractère, naturellement vif, pétulant, impétueux. Pour ceux qui ont connu Germaine à dix-huit ans, ils se feront bien difficilement une idée de ce qu'elle était à six ou sept ans. La modestie et la douceur de cette jeune fille, son calme imperturbable, sa patience incomparable auraient pu faire croire qu'elle n'avait jamais eu à lutter et qu'elle était née avec une nature, sinon froide et morte, du moins avec cette nature paisible et silencieuse qu'aucun événement ne semblait troubler ni émouvoir. Loin de là, Germaine était d'une sensibilité extraordinaire et d'une vivacité qui, toute voilée de douceur qu'elle était, ne l'en faisait pas moins souffrir dans les luttes intimes qu'elle se livrait. A la fois fière et humble, énergique et douce, vive, enjouée, rieuse, et tout ensemble calme, paisible et sérieuse, cette nature d'élite était exposée aux combats à outrance. Elle en eut : c'était l'éternelle lutte entre la terrestre nature et la céleste grâce ! Germaine fut puissamment aidée dans le travail de sa perfection par l'éducation qu'elle reçut de sa mère. Mme Castang aimait beaucoup sa fille, mais elle ne lui passait aucun caprice ; la fillette apprit de bonne heure à plier sa volonté ; sa mère n'était pas femme à laisser ses enfants suivre à leur gré leurs petites passions naissantes et à s'entêter dans leurs mutineries du premier âge. Les enfants savaient de plus se soumettre sans murmure aux petites pénitences que leur valait chaque sottise. Germaine connaissait la fermeté de sa mère, elle acceptait de bon cœur les punitions qu'elle lui infligeait ; cependant, malgré sa confiance et sa soumission filiales, il lui arriva plus d'une fois de trembler à la pensée de se trouver devant sa mère après quelque espièglerie. Cela nous remet en mémoire une aventure de sa petite enfance... c'est elle-même qui nous l'a racontée.

Citons cette page des « malheurs de Germaine !!! »

Un jour de grande fête — c'était, je crois, la Fête-Dieu — sa chère maman l'envoya à la procession, vêtue d'une jolie robe blanche. Dans sa fraîche parure, elle suivit, joyeuse, tous les exercices de ce beau jour et elle pria bien Jésus-Hostie pour tous ceux qu'elle aimait... Elle se croyait en Paradis, à la procession des anges… Hélas ! Elle était bien encore sur la terre, la pauvrette !... Or voilà qu'en revenant de chez une petite amie avec laquelle elle avait effeuillé des roses devant le bon Dieu, elle aperçut dans un petit bois une jeune bergère qui gardait un troupeau de vaches.

« je connaissais la petite vachère, dit Germaine, l'occasion me parut belle de prendre la clé des champs... je courus à elle et lui racontai toutes les beautés de la procession. Nous causâmes longtemps sous les grands arbres, et, dans ce lieu plein de fraîcheur, j'oubliai les heures qui passaient et ma mère qui m'attendait... »

Des massifs de framboisiers se trouvaient proche des causeuses. La bergerette proposa à Germaine de cueillir leurs fruits parfumés pour se rafraîchir, car elle mourait de soif. La fillette fut ravie de la proposition et, ramassant toute une profusion de belles framboises, elle les mit… devinez où ?... dans sa jolie petite robe blanche tout immaculée, dont elle osa bien se servir en guise de tablier... Puis elle revint s'asseoir sur le tapis de fougères et elle s'apprêta à savourer les exquises framboises ; elle était si contente de sa cueillette ! Mais, en ouvrant les plis de sa petite robe, elle la vit teinte — et teinte à merveille — d'un beau jus de framboises...

Elle fut consternée… elle pleura amèrement. Comment rentrer à la maison dans cet état lamentable ? Elle n'aurait plus voulu sortir du bois et elle retarda indéfiniment son retour. La crainte de faire de la peine à sa mère et la pensée d'être bien grondée semblaient la clouer au tapis de fougères, à l'ombre des framboisiers, cause de son malheur. La bergère partagea ses ennuis, mais qu'y pouvait-elle ? C'était tard… elle lui conseilla de rentrer...

Enfin, elle s'y décida, mais pour retarder l'instant fatal qui la mettrait en présence de sa mère, elle entra à la maison par une porte détournée, et, leste comme un oiseau, elle monta dans sa chambre, puis, tout habillée, toute chaussée, elle se glissa dans son lit et se tint coi... faisant un triste examen de cette journée si bien commencée, si tragiquement finie...

Pendant ce temps, la désolation régnait dans la maison où l'on ignorait le retour de la retardataire. On se demandait ce qu'était devenue Germaine... Son père et ses frères couraient par les rues du village et la réclamaient à tous les échos... Tout à coup, Mme Castang entra dans la chambre où la fillette se cachait sous ses draps... Elle y venait chercher un objet dont elle avait un pressant besoin. Ses yeux tombèrent sur le lit de la fillette... il avait un aspect étrange… la maman eut le pressentiment que le lit était transformé en cachette... « Mais, dit-elle en fixant le lit, mais... qu'est-ce que je vois ?… Serais-tu là, Germaine ?... » — Point de réponse ! La maman s'approcha, tira vivement draps et couvertures, et elle vit sa coupable à la robe blanche... toute framboisée... On devine que Germaine dut sortir de son lit aussi rapidement qu'elle y était entrée et avouer sans détour ses sottises.

« Ma mère ne me ménagea point les reproches, dit Germaine, et pour pénitence, elle m'ordonna de me recoucher sans souper... tout le monde paraissait fâché contre moi… Oh ! la triste soirée... oh ! Les malheureux framboisiers !... Cependant, un de mes grands frères vint furtivement me glisser un joli petit morceau de pain... je le mangeai, séchai mes larmes, et m'endormis !!! »

C'est à cette époque de la vie de Germaine qu'il faut rattacher une autre de ses petites aventures d'enfance, odyssée ravissante, et qui nous dépeint bien Germaine à six ans.

Un beau dimanche, un roulement de tambour rassembla tous les curieux sur la petite place de Nojals... Ce bruyant tambourinage charma d'autant plus les enfants du pays qu'il annonçait pour le soir une représentation de Guignol à « l'Assemblée » (2) de Beaumont. Voir Guignol !... entendre Guignol !... Germaine rêve ce doux plaisir... elle en fait part à l'un de ses frères, âgé de huit ans... Celui-ci, depuis longtemps, s'en mourait d'envie : « Viens, dit-il à sa sœur, et allons voir Guignol... » Mais il fallait la permission de partir pour Beaumont... Rien de plus naturel que de condescendre à ce désir. M. et Mme Castang, pensant qu'il s'agissait, selon le langage du pays : d'aller faire un tour à « l'Assemblée » et de rentrer de bonne heure, laissèrent partir les enfants en compagnie de bon nombre de villageois qui s'y rendaient de leur côté. Germaine et son frère sortirent ravis de la maison, mais désireux de s'affranchir de toute sorte de tutelle ; ils se séparèrent des groupes qui sillonnaient la route et, la main dans la main, coururent.à travers champs pour arriver plus tôt à Beaumont... Suivons-les... Les voilà donc, respirant à pleins poumons l'air de la liberté et n'en pouvant croire à leur joie de voir bientôt Maître Guignol... Ils arrivent haletants au milieu de « l'Assemblée » et demandent... Guignol. Ô désappointement ! On leur apprend que la représentation n'aura lieu qu'à neuf heures... et il n'est que quatre heures du soir. Les enfants se consultent : « Il faut rester, dit Germaine, car moi je veux voir Guignol ! » Le petit garçon était moins décidé, mais pour ne pas contrarier sa petite sœur, il lui tint fidèle compagnie... Le jour baisse, la nuit tombe et devient toute noire. Germaine ne bronche pas : « Il faut voir Guignol ! » répète-t-elle à son frère anxieux…

Enfin le théâtre s'ouvre, la comédie commence... et Guignol bat sa femme... et sa femme le lui rend... et les deux enfants restent là, debout devant le théâtre enchanteur, bouche béante, palpitants d'émotion à chaque soubresaut des magiques polichinelles…

Que de joie, que d'enthousiasme, que de bravos d'enfants répondent à Guignol !... Mais voilà qu'à minuit tout spectacle cesse… Guignol rentre chez lui et chacun s'en va chez soi... Les derniers lampions s'éteignent, les enfants demeurent seuls sur la place... ils sont tout effrayés... Que faire ?... Il n'y a pas à hésiter, cependant : il faut rentrer à Nojals. Le frère saisit la petite sœur par la main et l'entraîne à travers routes et bois... Tous deux se meurent de frayeur dans le trajet nocturne ; les grands arbres, en allongeant leurs ombres noires, ressemblent à d'affreux croquemitaines qui les attendent au passage. Et les deux innocents courent toujours se tenant par la main. Le retour n'est certes pas aussi gai que le départ... Enfin, ils atteignent Nojals et, précipitant leur course, ils arrivent au logis..

D'abord, ils frappent à coups timides : on ne les entend pas. M. et Mme Castang, ne les voyant pas rentrer le soir, s'étaient néanmoins couchés bien tranquilles sur le sort de leurs chers petits enfants, car ils les croyaient chez une de leurs tantes qui les hébergeait presque chaque dimanche et leur offrait souvent l'hospitalité jusqu'au lundi matin. Ils avaient, de plus, plusieurs motifs de croire que cette bonne tante avait conduit elle-même ses neveux à la fête de Beaumont et qu'elle les ramènerait le lendemain de bonne heure à la maison paternelle. Nous savons qu'il n'en avait pas été ainsi et avec quel plaisir les deux bambins s'étaient perdus dans la foule…

Cependant, Germaine et son frère sont toujours à la porte... ils s'enhardissent à frapper plus fort... et bientôt c'est un véritable tintamarre à la porte de M. Castang. Ce dernier se réveille, et fort surpris de ce bruit insolite, il se met à la fenêtre et crie aux tapageurs : « Ah çà ! Qui êtes-vous ? et que faites-vous ? — C'est nous autres ! répondent les bambins d'un air piteux... - Comment, vous autres ? dit M. Castang, ahuri de voir ses enfants dehors à une heure du matin... — Oui, c'est nous autres et nous revenons !... Et d'où revenez-vous ?De voir Guignol !... » Mme Castang, de son lit, entendait le colloque, elle n'en pouvait croire ses oreilles, et tandis que son mari ouvrait la porte aux deux chers petits vagabonds, elle criait d'un ton qu'elle s'efforçait de rendre courroucé : « Je n'y tiens plus : il faut que je me lève pour aller les tancer comme ils le méritent ». Entendant cela, le frère de Germaine s'empresse de lui dire : « Sauve-toi vite dans ton lit et dors, ce sera plus tôt fini... » Et lui-même, preste comme un écureuil, gagne sa couchette et se cache sous ses couvertures...

Mme Castang ne se leva point cependant ; elle laissa dormir les deux petits excursionnistes, mais, le lendemain, ils n'échappèrent pas à un interrogatoire en règle : « C'est la petite qui a voulu rester, disait le frère de Germaine... » — « C'est lui qui a voulu partir, répondait la sœurette... » Chacun s'excusa comme il put, et tous deux, bien grondés, déjeunèrent au pain sec : Guignol ne laissa pas que de doux souvenirs !…

On le voit, les anecdotes précédentes nous ont prouvé que Germaine n'était pas peureuse : qu'il s'agisse de traverser un ruisseau ou de partir seule avec un frère de huit ans, à travers bois, pour aller voir Guignol, elle n'hésitait pas ! Ajoutons que lorsque ses frères voulaient jeter l'émoi dans un nid de frelons, c'était Germaine qui, la première, avait le courage de commencer l'assaut. Armée d'un roseau, elle tapait dans l'essaim. Tant pis ! Si elle était piquée par les mouches-guêpes : du courage avant tout !

Caractère résolu, et quelquefois mâle et audacieux, Germaine, à sept ans, ne craignit pas de s'armer du fusil de son père pour intimider un de ses frères aînés qui refusait d'être de son avis. Racontons cette petite histoire, elle ne manque pas d'intérêt. Nous la tenons de Germaine elle-même, qui nous en fit un jour le récit « pour nous prouver combien jadis elle était méchante ». Ce devait être le grand péché de sa vie, le plus gros, croyons-nous.

Voilà donc ce qui se passa, il y a quelque douze ans, dans le paisible intérieur de M. Castang : Germaine s'amusait avec l'un de ses frères, lorsqu'une discussion survint ... D'abord, ce fut en s'amusant qu'on se disputa, puis cela devint sérieux et, finalement, cela devint grave... On ne s'entendit plus du tout. Germaine qui avait sans doute les meilleures raisons à faire prévaloir, chercha premièrement à convaincre son frère et voulut lui faire entendre raison… mais le petit garçon, s'entêtant dans ses idées, refusa de céder… Germaine ne le voulut pas davantage : ses grands yeux bleus se courroucèrent et cherchèrent en vain à intimider le rebelle. Celui-ci, plus fier et plus résolu que jamais, ne capitula point. La dispute continua : le petit bonhomme, bien cambré en face de sa petite sœur, criait, tempêtait et promettait de ne pas se rendre... « Et je te dis que si », disait Germaine... « Et je te dis que non » répondait son frère... C'était trop d'aplomb. Germaine voulut pour elle la victoire, mais comment ?... Puisqu'il ne suffisait pas de crier bien haut son indignation, il fallait user d'un autre moyen pour intimider son adversaire, et franchement, la chose n'était pas facile !... Tout à coup, une idée vint à Germaine : elle sait où est accroché le fusil de son père, Ce fusil est bien grand et elle est bien petite... Qu'importe !... elle saura bien s'en emparer et quand elle reviendra, si bien armée, son frère effrayé prendra la fuite... ainsi, sans plus de combat, elle aura sûrement la victoire ! Elle quitta donc brusquement son frère et courut décrocher le fusil. Ce ne fut pas facile, mais enfin elle prit son temps ; se hissant sur un meuble proche de l'arme, elle la saisit à deux mains, la tira d'en haut, la tira d'en bas et finit par s'en rendre complètement maîtresse.

On frémit en pensant à l'épouvantable malheur qui eût pu arriver si le fusil eût été chargé ! Heureusement il ne l'était pas et Germaine, sans danger, pouvait manier l'arme paternelle... La voilà donc qui revient vers son frère, portant difficilement, mais bravement, le terrifiant fusil. Il ne s'agissait pas de le blesser, ce cher petit frère, mais de bien l'effrayer et de lui faire prendre piteusement la fuite. On devine la terreur du garçonnet, lorsque, sur le seuil de la porte, il vit apparaître la fière Germaine si terriblement armée... Terrifié, il poussait des cris lamentables, appelait sa chère maman à son secours et, se sauvant à toutes jambes, renversait tout sur son passage. Mme Castang, attirée par ce tumulte, sortit de l'appartement où elle travaillait et aperçut son fils qui courait affolé, se croyant déjà sur le point d'être fusillé ! Germaine le poursuivait, traînant son gros fusil sous le bras et jouissant de l'effet qu'elle produisait. Son triomphe fut de courte durée. Mme Castang se précipita vers Germaine et dépouilla la petite guerrière de son arme d'emprunt.

Puis, dans une sévère réprimande, elle fit comprendre à la fillette le danger auquel elle eût exposé son frère et elle si l'arme eût été chargée... quel remords pour la petite sœur, si, croyant intimider son frère, elle l'eût tué !... Germaine, effrayée de sa propre audace, pleura à chaudes larmes et demanda pardon à son frère... celui-ci, pris de remords à son tour, comprit ses torts et les deux adversaires voulurent clore leur querelle d'un baiser fraternel.

Cependant, les choses ne s'arrêtèrent pas là et Germaine n'était pas au bout de ses humiliations. Inquiète et émue des audacieuses énergies de sa fille, Mme Castang résolut de lui infliger une humiliation publique, pensant qu'elle serait d'un salutaire effet sur l'esprit de la coupable. Le lendemain donc, elle prit sa fille par la main, la conduisit elle-même à l'école et, entrant avec elle dans la classe pleine d'écolières, elle fit à haute voix devant la maîtresse et les compagnes de Germaine le récit de son incartade de la veille… Lorsque Mme Castang eut fini de parler, la bonne Sœur de la classe joignit les mains et s'écria : « Eh bien ! voilà maintenant que les sœurs se mêlent de vouloir tuer leurs frères ! » À cette exclamation, Germaine crut s'évanouir de honte... Confuse, humiliée, et si bien réprimandée en présence de ses compagnes, elle témoignait de sa parfaite contrition par d'amers sanglots. Pauvre Germaine ! Que de larmes coulèrent ce jour-là de ses grands beaux yeux, et que d'humiliations elle dévora en silence ! La leçon fut bonne et plus jamais la petite fille n'eut envie de décrocher le fusil de son père.

On le voit, Mme Castang savait élever ses enfants et prendre les moyens nécessaires à la répression de leurs petits défauts. Citons encore un trait de sa noble fermeté : un jour, Germaine et ses frères rentrèrent à la maison en sautant de joie ; ils revenaient d'une course dans les bois, et, passant près d'une propriété, ils ne s'étaient pas fait scrupule de faire incliner vers eux quelques branches d'un arbre qui ombrageait la route. Ces branches chargées de fruits avaient été rapidement dépouillées par ces charmants et innocents maraudeurs qui se croyaient presque en droit d'en agir ainsi et ne savaient qu'à demi encore le septième commandement du bon Dieu : « Les biens d'autrui tu ne prendras... ni retiendras en le sachant... » Or, ils ne savaient pas que c'était si mal faire que de cueillir de jolis fruits !... Ils coururent donc à leur mère, et tout fiers de leur cueillette, la lui firent admirer. — « Qui vous a donné ces fruits, mes enfants ? » demanda la maman étonnée. — Personne, mère, répondit Germaine interloquée. — Nous les avons pris, ajouta un de ses frères. — Comment ! petits voleurs, reprit Mme Castang en rougissant, comment ! Vous avez pris le bien d'autrui ?... Et tout indignée, elle ajouta : Allez immédiatement trouver le propriétaire de l'arbre, vous vous mettrez à genoux devant lui, vous lui avouerez votre vol, vous lui demanderez pardon et vous lui restituerez tout ce fruit volé ». L'ordre était dur, mais les enfants n'hésitèrent pas à l'accomplir ; cette démarche et cet aveu humiliants leur gravèrent à jamais dans le cœur et dans la mémoire le respect dû au bien d'autrui !

C'est ainsi que Mme Castang instruisait pratiquement ses enfants. La bonne et franche nature de Germaine acceptait joyeusement une telle formation... elle aimait le beau, le vrai, le bien ; elle était reconnaissante à ses parents de lui montrer le sentier du devoir... « Que pensiez-vous de votre mère lorsqu'elle vous grondait et vous punissait ? » lui dit un jour une compagne du noviciat. — « Je pensais qu'elle avait bien raison », répondit simplement la jeune novice ; et cette belle âme, si vigoureusement trempée, conserva toute sa vie une immense gratitude pour quiconque l'avait humiliée en la reprenant de ses défauts : « L'humilité marche en tête des vertus » (3).



Notes


(1). Consummatus in brevi, explevit tempora multa. (Sag., IV, 13).

(2). Nom donné dans le pays aux fêtes patronales.

(3). Saint Jean Chrysostome.

 


 

 

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Fleur du Cloître - 4

Fleur du Cloître

 

Chapitre Quatrième

Marie, Reine et Mère d’une famille chrétienne

 

« Tes rejetons sont un jardin de délices avec toutes sortes de fruits. Là, sont les cyprès avec le nard, Le nard et le safran, la canne et le cinnamome, avec tous les bois du Liban, la myrrhe et l'aloès avec tous les premiers parfums ». (Cantique des Cantiques, chap. IV, 13, 14).

 

Madame Castang fut aidée puissamment dans sa tâche maternelle par les bonnes religieuses de Nojals. Ces intelligentes maîtresses reconnurent bien vite en Germaine une enfant d'élite et elles lui donnèrent tous leurs soins et toute leur pieuse tendresse. De très bonne heure, Germaine fréquenta leur école, distante seulement d'une centaine de mètres de la maison paternelle. « Jamais, dit Marie de Saint-Germain, la charmante fillette n'éprouva cette trayeur, cette timidité qu'inspire d'ordinaire aux jeunes enfants l'aspect de nos guimpes blanches. Elle était au contraire très familière avec nos bonnes Sœurs, causant et se récréant avec elles comme elle l'eût fait avec l'un de nous. Les bonnes religieuses avaient à leur service un aimant tout-puissant avec leur bonbonnière d'ivoire! les plus timides mêmes se laissaient prendre au piège. Mais pour captiver ma sœurette, tel engin ne fut jamais nécessaire. Volontiers, elle passait ses journées en la compagnie de ses chères institutrices, partageant toujours leurs promenades, souvent leur repas qu'elle égayait par son charme enfantin. Le soir venu, il lui était presque pénible de rentrer au foyer paternel où l’attendaient, cependant, les plus tendres caresses ».

Ici nous nous plaisons à citer le témoignage même de ces chères religieuses de Nojals qui connurent Germaine, la virent croître, se développer et apprécièrent toujours son caractère et ses vertus. Voici un fragment de la lettre qu'elles écrivirent à Marie de Saint-Germain quelques jours après la mort de sa chère Clarisse :


Nojals, juin 1897.


« Ma Chère sœur,

Vous êtes bien affligée de la perte de votre chère sœur Céline, c'est tout naturel : vous l'aimiez tant !... À son tour, elle vous aimait beaucoup et, sans doute, elle eût été bien heureuse de vous revoir avant de mourir... Hélas ! le sacrifice a été la part de l'une et de l'autre ! Nous prenons une large part à votre affliction et nous regrettons sincèrement cette aimable et candide enfant ; elle avait une physionomie si naïve, si attirante, qu'il faisait bon être à côté d'elle et lui parler. Le thème préféré de ses conversations était celui-ci : « je veux mourir religieuse !... Si je n'ai pas le bonheur d'entrer dans votre Institut, j'irai dans une communauté cloîtrée ». Son désir s'est accompli et, quoique chérie de ses vénérées Supérieures qui fondaient sur elle de grandes espérances, elle leur a été ravie... Sa couronne était prête. Que son bonheur est grand ! Elle a quitté cette terre où abondent les contrariétés et les douleurs de toutes sortes, n'ayant guère connu le monde et ne l'ayant jamais aimé, jamais regretté…

Toute jeune, votre sœur avait un penchant très prononcé pour la vie de communauté ; aussi, quand elle le pouvait, elle s'échappait de la maison paternelle et venait chez nous. Là, sa joie était complète et son cœur était en repos. Partie de Nojals encore enfant, elle a été cultivée par des mains habiles et avec un tact parfait. Elle aimait ses maîtresses et était largement payée de retour...

Bien que maternellement caressée par les religieuses de la Crèche, elle n'a jamais eu d'attrait pour se faire à leurs habitudes, ni pour être un jour une des leurs..

Cette chère enfant a souffert longtemps et en silence les épreuves qui lui ont été envoyées, elle attendait patiemment les délais du Seigneur et tout s'est arrangé à son avantage, tant il est vrai que tout contribue au bien de celui qui aime Dieu.

Nous n'oublierons jamais cette chère âme, car nous aimions cette ardente enfant…

Agréez, ma bien chère Sœur, etc...

 

 

Sœur N., Religieuse de Saint-Joseph ».

 

La petite chérie des Sœurs de Nojals l'était de tout le monde ! La grâce était répandue sur le visage de Germaine comme la tendre rosée sur la fleur du matin.

L'enfant charmait tous les amis de la famille par ses grâces enfantines, ses petites gentillesses... quelquefois même ses câlineries. Elle était si aimable cette fillette de six ans, que les personnes en visite chez ses parents demandaient à l'emmener chez eux passer un ou deux jours et souvent Germaine s'en allait ainsi... en partie de plaisir !

Mme Castang, qui était le type accompli de la réserve parfaite et de la discrétion la plus exquise, craignit que son enfant ne se répandît trop au dehors ; aussi n'attendit-elle pas que sa fille eût atteint l'âge de raison pour lui prêcher les règles de la plus sévère retenue... Quelquefois, la mère s'adressait directement à l'enfant… quelquefois aussi, elle se contentait de s'adresser à son mari dans des réflexions comme celle-ci, en présence de Germaine : « Quel toupet a cette enfant ! Elle serait capable de faire descendre six cavaliers de cheval !!!.. » La petite fille baissait les yeux, demeurant interdite et confuse... et la maman continuait, d'une voix dolente, à se lamenter doucement sur le malheur des mères qui ont des petites filles à l'air non timide et au langage hardi…

Germaine devait profiter de telles leçons : la modestie parfaite et une réserve que nous nommerons angélique seront une des plus splendides beautés morales de « l'ange du Noviciat ». Aussi, les novices de l'Ave Maria riront-elles de bon cœur lorsque, de son air tranquille et doux, sœur Céline de la Présentation leur racontera les hardiesses de Germaine à six ans... « Et que faisiez-vous donc, lui demandai-je un jour, pour que votre mère vous dît que vous étiez capable alors de faire descendre six cavaliers de cheval ?... »

« Je disais facilement bonjour à tout le monde ! » me répondit naïvement Marie-Céline !…

Heureuses les mères qui élèvent ainsi leurs enfants elles sèment des fleurs de modestie : elles recueillent des âmes de saintes et des couronnes d'anges !

Nous croyons que c'est particulièrement dans sa dévotion à la Très Sainte Vierge que Mme Castang puisait le secret de l'éducation parfaite qu'elle donnait à ses enfants. Elle aimait tant cette divine Mère, à laquelle elle consacrait amoureusement chacun de ses nouveau-nés !... Elle voulait que tous fussent de vrais enfants de Marie, et elle ne négligeait rien pour faire croître sa petite famille dans le filial amour dû à notre Mère du Ciel ! On aurait dit que cette pauvre mère pressentait que, de bonne heure, elle serait ravie aux siens, et c'est pourquoi il fallait laisser à ceux qu'elle aimait la dévotion à Marie, l'amour de Marie, la confiance en Marie, le recours à Marie ! « Presque tous les soirs le chapelet était récité en famille et il faut le dire — ajoute humblement Marie de Saint-Germain — pas toujours à notre satisfaction quand nous étions petits enfants, car souvent le sommeil nous fermait les yeux et les lèvres », mais le père et la mère, eux, ne dormaient point et qui dira le nombre d'Ave Maria qu'ils récitèrent ensemble au milieu de leur couronne d'enfants ! « L'Ave Maria ! Cette prière est un emprunt fait à la langue des anges, le génie de l'homme n'y est pour rien ! L'Ave Maria ! En le redisant, l'homme se reconnaît incapable de varier selon ses besoins l'expression de ses désirs. Il soupire, il crie, il salue et il appelle sa Mère (1) L'Ave Maria ! l'homme se reprend à espérer lorsqu'il le mêle à ses Fiat de résignation dans les dures épreuves de la vie... L'Ave Maria ! il y a des chrétiens qui vivent et qui meurent avec l'Ave Maria sur les lèvres... Ave Maria ! ces deux mots d'amour sont un de nos derniers cris dans la vallée des larmes... ce doit être, je me l'imagine délicieusement, une des éternelles exclamations de l'âme dans l'Immortalité…

Oui, l'Ave Maria est une consolation, nous aimons à le redire… et qu'elle serait triste la vie sans Ave Maria !!

Lorsque la mort aura ravi à M. Castang sa sainte compagne, il fera de la récitation du chapelet « sa consolation quotidienne »... et Germaine, la petite privilégiée de Marie, vivra et mourra en odeur de sainteté au Monastère de « l'Ave Maria » ! Oh ! Qu'ils sont nombreux et consolants les fruits de la dévotion à Marie !… « Si l'Ave Maria est une prière qui ne lasse jamais », ajoutons que jamais non plus la Vierge Marie ne se lasse de répondre à la « salutation angélique »... Les Ave Maria du chapelet récité en famille sont les anneaux d'or d'une chaîne qui relie les cœurs au foyer, en attendant de les réunir au Ciel... Ô la douce et consolante pensée !…

La Très Sainte Vierge Marie était particulièrement honorée dans la famille Castang sous le titre de Notre-Dame du Perpétuel Secours, depuis le jour où cette secourable Mère avait sauvé Mme Castang d'une mort qui paraissait imminente. La malheureuse femme, sur le point de devenir mère, était en proie à d'horribles souffrances, son état fut bientôt déclaré désespéré. C'était la mort à bref délai pour la mère et l'enfant. On invoqua Marie, l'espoir des désespérés, et une personne amie eut l'heureuse inspiration d'envoyer à la malade une image de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Aussitôt que Mme Castang eut mis sur elle la Sainte Image elle se sentit miraculeusement soulagée et, peu après, elle remerciait la Vierge Marie de son heureuse délivrance... Ainsi Notre-Dame vint au secours de la pieuse femme qui l'avait toujours invoquée avec tant de confiance. Depuis ce temps, Notre-Dame du Perpétuel Secours fut tous les jours bénie et invoquée dans la famille. Mme Castang faisait journellement une prière à la Vierge du Perpétuel Secours et une autre à Notre-Dame des Sept Douleurs ; elle les faisait dire aussi à sa fille Germaine. Bonté ineffable de Marie : Germaine sera plus tard la protégée de Notre-Dame des Sept Douleurs de Talence... Elle vivra presque à l'ombre de son sanctuaire, elle rendra le dernier soupir sur le territoire de la Vierge des Sept Douleurs et en face d'un immense tableau de Notre-Dame du Perpétuel Secours, laquelle, nous le croyons pieusement, se montra à elle à la dernière heure sous la figure « d'une belle Dame ! »

Ô Sainte Marie, Mère de Dieu, qu'il est donc bien vrai qu'on ne vous invoque jamais en vain... et qu'il est doux d'espérer qu'à nous, vos enfants, vous montrerez jésus à la fin de notre exil. Et jesum benedictum fractum ventris tui nobis post hoc exilium ostende

C'est à Marie Immaculée que Mme Castang confia la pureté de ses enfants ; elle abritait leur berceau, leur enfance, leur adolescence et toute leur vie sous le manteau de la Reine des Vierges : c'était comme une brassée de lis offerte à la Vierge Marie... mais comme « l'homme lui-même ne laisse pas à une fleur parfaite le temps de s'ouvrir », de même le Ciel réclama pour lui plus de la moitié de ces boutons d'espérance. Cinq petits enfants moururent dans l'éclat radieux de leur pure innocence ; la mère les vit monter au Ciel avant elle... elle inonda de ses larmes leurs blancs cercueils mais dans l'amertume de sa douleur elle eut la consolation de se dire : ils sont purs pour une Éternité... Lorsque Mme Castang ira les rejoindre dans l'Immortalité, elle laissera encore sept enfants ici-bas... mais à peine sa tombe sera-t-elle fermée que son fils Louis ira, âgé de vingt-trois ans, rejoindre sa mère dans les joies éternelles : il mourra pur comme un ange et tout embrasé de l'amour de son Dieu. Quelques années plus tard, Germaine s'envolera à son tour vers le beau Paradis en chantant le cantique des vierges... Sa sœur aînée restera ici-bas la vierge de Jésus, et ses deux charmantes petites sœurs aspireront déjà aux angéliques honneurs de la Consécration des Vierges…

Oh ! Vraiment le divin Fils de la Vierge Marie « était descendu dans son jardin, dans le parterre des aromates, afin de se repaître dans les jardins et de cueillir des lys ! » (2).

Ô lys vivants, fleurs de virginité et d'amour, réjouissez-vous… C'est à la suite de votre Reine, ô vierges, que vous serez présentées au milieu de l'allégresse et de l'exultation, et que vous serez conduites dans le temple du Roi (3)…

 

Notes

(1). Mgr Besson 

(2). Cantique des cantiques, ch. VI, v. 1.
(3). Ps. XLIV.

 

 


 

 

 

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Fleur du Cloître

 

Chapitre Cinquième

Charité de la mère, héroïsme de la fille

Germaine s’offre en victime

 

« Une famille vraiment chrétienne, chrétienne non seulement par l'observance de quelques pratiques, mais par l'accomplissement généreux de tous les préceptes, fait rayonner parfois sur un village entier une influence salutaire ». (Petit messager du Cœur de Marie, août 1897).

 

Les amis de la famille Castang ont toujours été unanimes à dire que Germaine était au moral le vivant portrait de sa mère : même rectitude de jugement, même tact, même caractère et surtout même cœur, même charité... Parler des vertus de Mme Castang, c'est parler de celles de sa fille chérie, c'est dire à quelles sources l'enfant puisa des exemples qui ne s'effacèrent jamais de sa mémoire. Quelques jours avant sa mort, sœur Céline nous raconta un trait admirable du dévouement de sa mère. Nous nous reprocherions de ne pas le citer ici.

« Il me semble, nous dit notre chère Céline, que le bon Dieu a dû récompenser ma chère maman d'un acte héroïque dont je fus témoin »... et elle nous raconta le fait suivant : Non loin de l'habitation de ses parents demeurait une famille, d'abord amie de la sienne, mais « pour des raisons que j'ai oubliées », dit Céline, les relations avaient cessé entre les deux famille ; on ne se voyait pas... on ne se parlait plus… Or, un jour, Mme N. mit au monde un enfant qu'elle ne put allaiter elle-même ; on essaya alors de nourrir le bébé au biberon. Cela réussit très mal et, au bout de deux mois, le nouveau-né dépérissait à vue d'œil. Un mal affreux lui couvrit le visage et l'aspect de cette pauvre petite créature inspirait autant de pitié que de dégoût. Le médecin déclara qu'il n'y avait qu'un moyen à tenter pour arracher l'enfant à une mort certaine, c'était de lui donner une bonne nourrice... mais où la trouver dans le hameau ? (1) La pauvre mère pensa à Mme Castang ; elle réunissait toutes les qualités voulues pour rendre la vie à ce pauvre petit être… mais voudra-t-elle sevrer son propre enfant qu'elle nourrissait alors, pour prendre celui d'une famille étrangère ?... Et sur quoi s'appuyer pour demander un tel service ? On ne pouvait alléguer l'amitié : la brouille lui avait succédé et avait élevé comme un mur de séparation entre les deux familles... Mais y-a-t-il des obstacles pour une mère qui veut sauver la vie de son enfant ?…

Mme N. prit le sien dans ses bras et arriva, humblement suppliante, chez sa voisine... Germaine était présente... elle vit cette femme entrer au logis de ses parents avec ce pauvre bébé « au visage couvert de croûtes horribles »... elle dut frémir lorsqu'elle entendit parler de substituer un tel nourrisson au beau baby blanc et rose qu'elle appelait son cher petit frère... Mme Castang elle-même dut tressaillir devant l'acte d'héroïsme qui s'offrait à elle…

Elle regarda l'enfant malade avec une immense compassion ; et voyant sans doute l'image de l'Homme des douleurs « semblable à un lépreux » (2) sous les traits du pauvre petit souffrant couvert d'un mal horrible, elle ne refusa pas de lui ouvrir ses bras et de lui offrir son sein... elle sèvrera un peu plus tôt son bel enfant à elle et celui de sa pauvre voisine reviendra à la vie... Voilà ce que se dit la vaillante chrétienne : c'était plus que le verre d'eau offert au nom du Christ, c'était le lait de son sein, douce figure de la suavité chrétienne, qu'elle donnait au nom de la divine charité…

Cependant, il fallait l'autorisation de M. Castang pour accepter et garder dans de telles conditions l'enfant de l'étrangère…

Germaine, qui, retirée à l'écart, surveillait tout de son intelligent regard, vit sa mère passer dans la pièce voisine et s'entretenir quelques instants avec son père.

Au bout de quelques minutes, elle revint vers la pauvre femme anxieuse qui pleurait en silence. Elle prit son enfant, et, sans rien faire paraître du dégoût qu'elle devait éprouver, sans trahir la violence qu'elle avait à se faire, elle annonça à la voisine qu'elle se chargeait de nourrir son enfant et de le soigner comme son propre fils. Effectivement, le baby fut si bien soigné, nourri et dorloté qu'il devint superbe... Mais qui dira le dévouement et les soins que la charitable nourrice prodigua à ce petit nourrisson ?... Qui racontera ses merveilles de patience près de cet enfant malade, dont le seul aspect aurait rebuté toute autre femme moins héroïquement charitable et dévouée ?... Elle ne s'était point souvenue de la brouille qui avait désuni les deux familles, mais elle avait pensé à aimer le cher prochain comme elle-même pour l'amour de Dieu !

De tels faits se passent de commentaires ! Rappelons seulement que « nous sommes sûrs d'être prédestinés au Ciel, si nous pratiquons de tout notre cœur la miséricorde envers le prochain » (3).

La bonté, la générosité, la reconnaissance étaient des fleurs épanouies en toute saison au foyer des Castang. « Mon père et ma mère étaient très bons pour tout le monde, disait Germaine, et ils se privaient parfois de bien des choses, et de choses même nécessaires, afin d'en faire don à des personnes auxquelles ils devaient quelque reconnaissance ». Leur bonté charmante s'étendait jusqu'aux petits oiseaux. Un carreau manquant à une fenêtre de la maison, les hirondelles en profitèrent pour s'accorder droit d'entrée dans le paisible logis ; elles construisirent leur plus beau nid au milieu de l'appartement inhabité qu'éclairait la fenêtre au carreau cassé. S'en étant aperçus, M. et Mme Castang ne chassèrent point les aimables intruses, et, pour mieux leur accorder, sinon droit de cité, du moins droit de nichée, les braves propriétaires renoncèrent à faire remplacer le carreau cassé... Chaque printemps nouveau ramenait les charmantes hirondelles ; les enfants saluaient leur arrivée de leurs cris de joie et auraient presque pleuré à leur départ... Comme pour reconnaître la gracieuse hospitalité qui leur était offerte, les hirondelles faisaient entendre par toute la maison leur délicieux ramage et à ce gazouillis d'oiseaux répondait tout un gazouillement d'enfants…

Tout semblait joie et bonheur dans l'avenir réservé à cette sainte famille... Hélas ! elle touchait à l'heure de cruelles épreuves... Que chantaient donc les petites hirondelles sous les toits de leurs hôtes ? Ne les dit-on pas messagères de la paix et du bonheur ?... Mais cessons d'écouter leur ramage aux fantaisistes légendes, écoutons plutôt Fénelon : « La paix de l'âme, dit-il, consiste dans une entière résignation à la volonté de Dieu ! » et, bien avant lui, saint Jérôme avait dit : « Rien ne doit paraître ni dur ni long quand on travaille à gagner le Ciel ».

Nous entrons maintenant dans une nouvelle phase de la vie de Germaine. Elle n'a pas dix ans et déjà elle pleure près des croix nombreuses que Dieu plante au milieu des siens. Pendant plusieurs années, la fillette assistera au martyre de ceux qu'elle aime... elle connaîtra des heures de mortelle angoisse et elle recevra le contre-coup de toutes les peines qui atteindront ses parents bien-aimés. Des raisons de délicatesse et d'absolue discrétion ne nous permettent pas de soulever le voile de douleur qui abrita la famille Castang pendant ces années de désolation. Le moment n'est pas venu de divulguer les trésors de souffrances et d'héroïsme accumulés dans ce foyer chrétien visité par l'épreuve ! Nous le regrettons en un sens, car c'est supprimer une des plus belles pages — pour ne pas dire la plus magnifique — de l'histoire de Germaine et des siens. Confidente de notre jeune héroïne, nous nous rappelons avoir versé des larmes abondantes à la révélation de tant d'infortunes et de courage... Oui, nous regrettons de ne pouvoir tout révéler, mais pour le moment, ces intimes confidences doivent demeurer le secret des cœurs qui les ont reçus... Qu'il nous suffise de dire qu'à dix ans Germaine avait déjà fait alliance avec d'incroyables douleurs et pleuré d'inconsolables larmes... elle avait aussi donné à sa famille une preuve d'héroïsme filial qui, seul, servirait à l'immortaliser. Elle était une héroïne, elle n'était plus une enfant ! Sérieuse, réfléchie, Germaine fut vite mûrie aux rayons de la Croix et s'enracina de bonne heure dans la voie royale de la douleur au souffle de l'orage. Dès lors, il semble qu'elle ait rompu avec toutes les joies enfantines de son âge... Elle perdit sa gaîté... l'épreuve répandit sur ses traits ce je ne sais quoi de doux, de triste, de mélancolique qui ajoutait aux charmes candides de sa délicieuse physionomie. Sa patience crût avec l'épreuve, à tel point qu'elle devint d'un calme céleste et Marie de Saint-Germain nous apprend que sa bien-aimée petite sœur devint l'ange consolateur de la famille. Bien plus, elle s'offrit en victime afin de détourner les cruelles épreuves qui s'abattaient alors si furieusement sur ceux qu'elle aimait.

La sœur aînée recevait dans de petites lettres intimes les confidences de sa chère cadette. « Oui, dit-elle, c'est surtout par les lettres de ma petite sœur que j'ai appris à bien connaître la bonté et la générosité de son cœur, sa grandeur d'âme dans les épreuves, fruit, sans doute, de sa tendre piété et de son ardent amour pour jésus-Hostie. Quand l'épreuve vint fondre sur la famille et plus poignante et plus cruelle, c'est cette enfant jeune et faible qui soutint les siens par de bonnes paroles, releva bien des fois les courages abattus, fit entrevoir dans un avenir lointain quelque lueur d'espérance et montra une énergie dont j'eusse été incapable. Au plus fort de l'épreuve, elle s'offrit même en victime à la divine Providence. Si Dieu n'agréa point alors son sacrifice, ce fut peut-être pour nous le rendre à cette heure et plus douloureux et plus amer ! Mais l'épreuve n'a qu'un temps, et si Dieu se plaît à épurer par l'adversité l'âme qu'il veut toute à Lui, il sait aussi répandre le baume de la consolation sur la blessure faite de sa main » (4).

Avant de venir s'installer à Bordeaux, la famille Castang passa deux ans environ dans un petit hameau des environs de Nojals. Nous savons que ce changement de résidence fut d'autant plus pénible pour Germaine qu'il l'éloignait de la chère petite église de son Baptême et de la maison des bonnes Sœurs... Elle avait un immense désir de s'instruire ; renoncer aux leçons de ses pieuses institutrices lui fut une rude épreuve. « J'avais beaucoup d'attraits pour l'étude et j'employais très bien mon temps en classe », nous avouera-t-elle naïvement au cours de son noviciat. Mais en ce temps-là il ne s'agissait pas d'aller à l'école de Nojals : Dieu appelait Germaine à l'École du Calvaire et Germaine le comprenait si bien qu'elle s'offrait en victime sur les collines de myrrhe : la douleur et l'amour l'instruisaient divinement et lui révélaient les grandeurs des éternelles récompenses : « La peine ! On la boit goutte à goutte, tandis qu'elle sera récompensée par un torrent de délices et de joie » (5).

Germaine avait onze ans lorsque ses parents résolurent de venir se fixer à Bordeaux ; ils espéraient s'y trouver plus à couvert des coups de l'adversité et y gagner plus facilement la vie de leurs nombreux enfants. Ils se décidèrent donc à venir dans la Gironde… Mais avant de les voir quitter la Dordogne, racontons une petite anecdote qui nous prouvera la patience et l'énergie de Germaine. La petite fille se possédait déjà parfaitement et savait souffrir en silence : prouvons-le. Un bon propriétaire, voisin des Castang, cultivait avec un soin tout particulier un carré de fraisiers qui promettait une récolte superbe. Le cultivateur allait chaque jour visiter le carré aux savoureux produits, mais il paraît qu'un avisé maraudeur y allait comme lui, et un beau jour, le malheureux villageois trouva carrés et plates-bandes dévastés la cueillette avait été faite :

Les fraises avaient été volées... Comme Germaine allait souvent promener ses petits frères dans le jardin de ce bon voisin, celui-ci tout courroucé, osa porter ses premiers soupçons sur la chère petite fille, à laquelle du reste, il avait souvent donné toute latitude de cueillir fleurs et fruits. Mais la douce Germaine n'avait jamais abusé de la permission ; peut-être même n'en avait-elle jamais usé !! Elle était si délicate. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle n'avait pas pris une seule fraise du carré dévasté... Elle était avec sa mère lorsque le bon voisin se présenta. Celui-ci, bien aise de rencontrer Germaine et sa mère, fit part à cette dernière de ses soupçons et de sa désolation. Fort étonnée d'une pareille accusation, Mme Castang se tourna vers sa fille et lui demanda si vraiment c'était elle qui avait commis ce larcin... L'accusateur ne laissa pas à l'accusée le temps de répondre un seul mot, et, toujours courroucé, il dit à Mme Castang : « Vous croyez qu'elle le dira ?... Elle aurait un rat dans la bouche, et on en verrait pendre toute la queue, qu'elle dirait que ce n'est pas vrai ! »…

Germaine n'avait jamais dit un mensonge de sa vie... S'entendre tout à la fois traiter de voleuse et de menteuse fut pour sa noble et fière nature une terrible humiliation, et humiliation d'autant plus douloureuse à supporter qu'elle était imméritée... Germaine était innocente. Cependant, elle baissa la tête et ne répondit rien, mais, raconta-t-elle plus tard, « je souffris beaucoup intérieurement ». Ah ! Sans doute, elle devait sentir l'indignation bouillonner en elle : « Si je ne répliquai pas, ajouta-t-elle, ce fut par respect pour ma mère présente ! » Tel était le respect de cette enfant pour sa mère qu'elle n'osait en sa présence donner libre cours à son émotion et à son indignation : elle préférait souffrir en silence et laisser la parole à sa chère maman, persuadée qu'elle était que sa mère ne doutait pas de son innocence... Oh ! Combien cette scène, si simple et si touchante qu'elle soit, nous rappelle le silence admirable du divin Accusé au jour de sa sainte Passion... « Jésus se taisait et Il ne répondit rien... Ille autem tacebat et nihil respondit... » (6) Ô divin silence ! Ô patience d'un Dieu !!!

 

Notes

 

(1). A cette époque, nous croyons que la famille Castang n'habitait plus Nojals, mais un hameau voisin.

(2). Isaïe.

(3). Mgr de Ségur,

(4). Lettre particulière, juin 1897.

(5). Saint Bernard.

(6). Saint Marc, XIV.

 

 


 

Table des Matières de Fleur du Cloitre                                                                                                                   Chapitre 6e

 

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Fleur du Cloître - 6

Fleur du Cloître

 

Chapitre sixième

L'adieu au pays. - Cruelles morts. - Tristes séparations

 

Vox in Rama percrebuit,

Lamenta luctus maximi,

Rachel suos, cum lacrymis

Perfusa, flevit filios.


Une voix retentit dans Rama,

des lamentations, un deuil immense :

Rachel, baignée dans ses larmes,

a pleuré ses fils. (Hymne).


Ce ne fut pas sans un sentiment de tristesse profonde que la famille Castang quitta les riantes campagnes de la Dordogne pour venir s'emprisonner dans un étroit logement de la cité bordelaise... Rien de plus douloureux que l'adieu au pays où l'on a aimé, joui et souffert. Mille souvenirs de joie et d'amertume rattachent au sol natal, et veut-on s'arracher aux lieux qui nous ont vus naître, tout y prend une voix pour nous crier : ailleurs, c'est l'exil... S'en éloigner, pour beaucoup, c'est souffrir, pour plusieurs, c'est presque mourir un peu…

Mme Castang dut sentir cette souffrance intime elle quittait le pays où elle avait connu de grandes joies et de grandes douleurs, le pays où elle avait mis tant d'enfants au monde, où elle en avait perdu plusieurs ; elle y laissait des parents, des amis et ces chères religieuses de Nojals, ses confidentes et ses intimes... et elle arrivait inconnue et dépaysée dans cette grande ville de Bordeaux où se côtoient tant de plaisir et tant de douleurs, tant de luxe et tant de misère, tant de bien et tant de mal... Elle en était comme effrayée... C'est qu'elle n'ignorait pas que, parfois, malgré tout le dévouement de ses anges de charité, la grande ville est cruelle aux familles en détresse... Nous le savons : que de fois, hélas ! on danse au premier étage des maisons de nos grandes cités, tandis que dans les mansardes de ces mêmes demeures se déroule, dans ses navrantes réalités, le drame de la misère... En bas, les éclats de rires bruyants, les fêtes, l'opulence... en haut, les sanglots du miséreux... ses angoisses, son dénuement... mais encore plus haut, bien plus haut, au-dessus des scènes de joie et de douleur de ce monde, le Ciel, le Ciel des divines récompenses, le royaume des pauvres de Jésus : « Bienheureux les pauvres parce que le royaume des Cieux est à eux »…

M. et Mme Castang sentaient le poids d'une nombreuse famille, poids béni, il est vrai, mais bien lourd à certains moments... Il s'agissait donc de trouver au plus tôt une nouvelle situation et d'assurer l'existence de nombreux enfants ; de plus, il fallait faire soigner Germaine d'une façon très sérieuse. La pauvre enfant souffrait d'une plaie à la jambe ; l'accident de sa petite enfance continuait à faire sentir ses terribles conséquences ; la fillette avait le pied horriblement contrefait et marchait sur sa cheville. Il était temps de se résigner à une opération... et c'est sous le coup de ces grandes préoccupations que M. et Mme Castang arrivèrent à Bordeaux. Ils louèrent un bien modeste appartement du quartier Saint Genès... Lorsque le propriétaire vit arriver la famille Castang il fut aussi ravi que surpris de ce groupe délicieux d'enfants de toute taille qui suivait le père et la mère : « Monsieur Castang, dit-il, je vous félicite ; vous avez la plus charmante famille de Bordeaux ». Un jour que sœur Céline nous racontait cet accueil enthousiaste et nous parlait de la beauté ravissante de ses frères et sœurs, on lui demanda en souriant si elle était plus ou moins jolie que ses frères et sœurs. Elle répondit simplement : « je ne sais, car je ne me suis jamais vue ! »

Cette phrase prononcée sur son lit de douleurs, aux derniers jours de sa vie, révèle jusqu'à quel point la modestie et l'humilité furent les inséparables compagnes de cette jeune vierge : Elle ne s'était jamais vue !!

Mais l'Époux des Cantiques pouvait déjà lui dire : « Vois que tu es belle, mon amie, vois que tu es belle, tes yeux sont ceux des colombes » (1).

Oui, c'était bien la douce simplicité des colombes qui était répandue sur le candide et beau visage de Germaine : elle était ravissante et la pureté de son âme semblait se refléter dans ses grands yeux, au regard si limpide, si doux, si modeste, qu'on ne pouvait voir Germaine une fois, sans être attiré vers elle par les charmes de l'innocence.

La chère fillette fut présentée aux médecins de l'Hôpital des enfants, route de Bayonne, et, vu son état, elle dut être soignée à l'hôpital même. Ce fut le 7 février 1891 qu'elle entra à la salle de chirurgie ; elle en sortit le 30 juillet de la même année. La bonne sœur Adélaïde, religieuse de Saint-Vincent de Paul, accueillit maternellement la douce souffrante et devint immédiatement l'amie et la consolatrice d'une famille si éprouvée.

Qui ne connaît l'héroïque dévouement des Filles de la Charité, leurs attentions délicates, leur tact à deviner les plus secrètes misères, leur empressement à les soulager ?... Tout parle si bien de Dieu et de son infinie charité dans la sainte maison de la route de Bayonne ; si bonnes, si douces, si angéliques sont les sœurs aux ailes blanches, au visage souriant, au cœur compatissant, qu'en entrant dans la salle où elle allait habiter et souffrir, Germaine s'écria en joignant ses petites mains : « Ma sœur, c'est le Paradis ici !! »

Non, chère enfant, mais c'est la maison de la Charité et le vestibule de ce Paradis où déjà vous rêvez d'aller, et c'est de cette enceinte que s'envoleront bientôt vers les rives éternelles deux de vos petits frères chéris…

Cependant, il était urgent de faire subir à Germaine l'opération du pied-bot. Elle reçut cette annonce avec un calme extraordinaire. On endormit la patiente. l'opération réussit à merveille, le pied fut redressé, ce qui devait permettre à la chère infirme de marcher avec facilité et relativement droit, tandis qu'avant l'opération, nous l'avons déjà dit, la pauvre fillette marchait péniblement sur sa cheville qu'elle écrasait.

Germaine s'était livrée avec un courage étonnant entre les mains des chirurgiens et, joyeusement, sans trembler, elle s'était laissé endormir, mais lorsqu'elle se réveilla, elle eut presque une déception d'être encore de ce monde : ses premières paroles furent celles-ci : « J'aurais bien voulu ne pas me réveiller et aller au Ciel ! »

La petite malade fut soignée avec un dévouement au-dessus de tout éloge : traitement à l'électricité, régime fortifiant, sollicitude de tous les instants, tout fut généreusement prodigué à cette fillette à laquelle s'intéressaient docteurs et religieuses. Dès qu'elle fut à peu près guérie, elle supplia les sœurs d'agréer qu'elle les aidât à soigner les autres petites filles de la salle de chirurgie. Sa reconnaissance envers la maison hospitalière était si grande qu'elle ne savait comment la témoigner, et, pour traduire sa gratitude, elle ne trouva rien de mieux que de se dévouer. Elle devint donc petite infirmière et elle avouait très franchement qu'elle aurait désiré ne jamais plus sortir de cette salle où elle aimait à se dépenser auprès de ses jeunes compagnes, leur rendant de petits services, comme elle en rendait jadis à ses frères et sœurs. Nous avons entendu la sœur Adélaïde faire l'éloge de sa charmante pensionnaire : « Elle était très courageuse, nous a-t-elle dit, et d'une sagesse, d'un bon sens, d'une délicatesse, d'une patience bien au-dessus de son âge ; c'était la copie vivante du cœur et des vertus de sa mère que j'ai toujours considérée comme une sainte femme. Elle lui ressemblait encore par la solide piété dont elle était douée. Elle priait si bien, récitait si pieusement son chapelet que les autres enfants se disaient entre elles : « Voyez Germaine, comme elle prie bien ». Alors, instinctivement, les nombreuses petites malades joignaient les mains et baissaient les yeux « pour faire comme elle ! » C'était pour la chère sœur Adélaïde une vraie jouissance de voir quel pieux ascendant avait Germaine sur ses compagnes de souffrance. C'était presque un petit apostolat que la fillette exerçait autour d'elle et ses exemples portaient des fruits.

Mais, tandis que Germaine charmait et édifiait la salle de chirurgie, la désolation éclatait dans la triste demeure de ses parents chéris. La rougeole s'abattait terrible sur le groupe enfantin, et M. et Mme Castang virent quatre de leurs enfants presque simultanément atteints de ce mal contagieux. Lorsque le médecin arriva dans cet intérieur désolé, il défendit à Mme Castang de soigner elle-même ses enfants. La pauvre femme nourrissait une petite fille et il était de toute prudence de ne pas la laisser s'épuiser auprès de quatre enfants malades. En conséquence, le docteur fit porter ces derniers à l'hôpital de la route de Bayonne. Là, aucun soin ne leur manqua, mais, hélas! une complication de bronchite aiguë survint chez deux des chers petits malades et, dans l'espace de dix à douze jours, ils étaient tous deux ravis à la tendresse d'un père et d'une mère inconsolables. Une Sœur de charité ferma les yeux des deux innocents et ensevelit leurs petits corps dans de blancs linceuls, tandis que sur l'aile des anges leurs âmes sœurs allaient rejoindre dans l’immortalité les premiers envolés de leur gracieux essaim…

 

« Enfants, éclatez en bruyantes mélodies,

Célébrez les saints et joyeux triomphes des innocents….

Ils tombent et leur âge si tendre n'avait point encore développé leurs forces.

Heureux ces petits corps des Innocents immolés !

Heureuses les mères qui enfantent de tels gages !

Ô aimable légion des Innocents !...

Les anges, citoyens du Ciel, viennent à leur rencontre.

La petite troupe vêtue de blanc saisit la couronne de vie par une merveilleuse victoire » (2).

 


Mais, tandis que là-haut les deux petits frères s'élançaient au sein de l'infini bonheur, la main dans la main et leurs ailes s'entrecroisant, ici-bas les infortunés parents étaient en proie à la plus amère désolation... Germaine était présente lorsque, dans un couloir de l'hôpital, une des bonnes Sœurs annonça, deux fois en dix jours, à son père et à sa mère que Dieu avait repris un de leurs enfants chéris... C'est alors qu'elle entendit sa mère s'écrier : « Plutôt avoir cent enfants que d'en perdre un seul ! » puis, cette mère inconsolable retomba dans une crise de larmes que rien ne pouvait calmer... M. Castang sanglotait de son côté, appuyé contre un mur, la tête dans les mains, et refusant toute consolation... Tous deux appelaient leurs enfants... La scène était navrante !... Germaine, elle aussi, donnait libre cours à sa douleur... Ils étaient morts presque à côté d'elle, ces petits frères charmants qu'elle avait tant chéris, tant soignés, tant caressés... Ils étaient morts... mais non, ils avaient trouvé l'éternelle vie et ils l'attendaient au pays de l'âme où tout refleurit dans l'immortalité.

Parents désolés, écoutez la voix de l'Église, elle vous ranimera : « Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront une joie immense ; le Créateur les consolera, et sur les joues de ceux qui pleurent, Il essuiera toutes les larmes » (3).

Ces larmes, que Dieu seul peut essuyer, n'avaient pas fini de couler au sein de la famille de Germaine !! Les malheureux parents étaient encore penchés sur la tombe à peine fermée de leurs deux petits enfants, qu'ils tremblèrent pour la vie de leur fils Louis, âgé de vingt-deux ans.

Un jour, au cours de son service militaire, ce jeune homme avait commis l'imprudence de coucher sur de la paille mouillée. Lorsqu'il se leva, il fut saisi d'un mal étrange : une bronchite se déclara. Peu habitué à vouloir se soigner, et ne s'inquiétant point alors de ce qu'il appelait un simple rhume, Louis s'aperçut trop tard que le mal dégénérait en maladie de poitrine : il était mortellement atteint !... Mme Castang en eut l'affreux pressentiment... Essayerons-nous de sonder la profondeur des abîmes de désolation dans lesquels dut descendre le cœur brisé de cette mère en deuil ?... Ce serait impossible !... Il nous serait tout aussi impossible de traduire l'acuité de sa souffrance que son admirable énergie, sa chrétienne résignation et la tendresse des soins qu'elle prodigua à son bien-aimé Louis.

Ce jeune homme était la joie et le légitime orgueil de la famille. Cœur d'or, nature franche et loyale, d'une délicatesse exquise, d'un incomparable amour filial, Louis était aussi un vaillant travailleur tout dévoué aux intérêts de sa famille, et un chrétien de forte trempe tout dévoué à sa religion. C'était un jeune homme modèle, un digne fils de « la sainte Mme Castang » et aussi le digne frère aîné de « l'angélique Germaine ».

« Mon frère Louis, dit Marie de Saint-Germain, était, comme Germaine, la copie vivante de ma mère : même énergie et douceur de caractère, même foi, même piété, même bon sens, même esprit d'ordre et d'économie, même amour du travail, même dévouement aux siens ».

Tel était le jeune homme accompli qui, parti fort et courageux des champs de Nojals pour répondre à l'appel militaire, revint de la caserne tomber pâle et languissant entre les bras de sa mère navrée... La pauvre femme supplia Dieu de lui conserver son fils chéri... mais Dieu, dans ses insondables desseins d'amour, ne voulant pas séparer la mère du fils, allait bientôt les appeler tous deux de l'exil où l'on passe à la patrie où l'on demeure !…

Ce n'est qu'en tremblant qu'on pense au double sacrifice qui se préparait pour M. Castang et ses enfants !... Parfois le cœur s'effare en songeant au sommet de douleur où nous pouvons atteindre ici-bas... mais l'âme toute nourrie de foi, d'espérance et d'amour, rassure le cœur angoissé et lui dit : Dieu ne t'éprouvera jamais au-dessus de tes forces et lorsque sur les épaules, il fait abonder les croix, dans le cœur il fait surabonder ses grâces…

Ce fut en s'inspirant des grandes pensées de la résignation chrétienne, et en se jetant corps et âme dans les bras de la Croix notre unique espérance : Spes unica, que M. et Mme Castang supportèrent le présent et envisagèrent l'avenir.

Ce ne fut pas une de leurs moindres souffrances de cette époque douloureuse que de se séparer de leur chère Germaine. Il le fallait cependant. Ses premières classes, brusquement interrompues par les épreuves des dernières années et son état d'infirmité, devaient être reprises sans tarder, mais le plus important était de la disposer à l'acte solennel de sa première communion. Sa mère souhaitait qu'elle y fût tranquillement et saintement préparée dans une maison religieuse : ses vœux furent exaucés. Une dame bienfaitrice s'intéressa à l'avenir de Germaine et prépara son entrée au pensionnat de Nazareth. Tout en se réjouissant de cette décision, la mère et la fille sentirent la sacrifice de la séparation. Germaine s'était toujours reposée sur le cœur de sa mère, comme la fleur sur sa tige : l'en détacher n'était-ce pas briser et couper ?... De son côté ; Mme Castang ne se résignait qu'avec larmes au départ de « l'ange de la famille ». Germaine s'en allant, il lui semblait que c'était un des derniers rayons de joie et d'espérance qui disparaissait de son foyer, mais Dieu semblait réclamer ce sacrifice par la voix même de sa divine Providence ; Mme Castang n'eut pas l'ingratitude de le lui refuser et l'entrée de Germaine à « Nazareth » fut résolue quelques semaines après son retour de l'hôpital.

Il semble que l'enfer ait commencé de frémir à la vue de cette colombe prête à prendre son vol vers l'asile où l'attendait le Dieu de sa première communion... Gêner son essor eût été trop peu : il tenta de la capturer.

Racontons cette tentative étrange où la malice humaine ne fut sans doute qu'un auxiliaire de la malice infernale :

Peu avant l'entrée de sa fille à « Nazareth », M. Castang, voulant lui procurer une petite distraction, l'emmena un soir d'été, se promener à Talence, où se célébrait une fête populaire, pour l'y faire jouir des illuminations et du feu d'artifice. Ce feu d'artifice devant avoir lieu très tard, M. Castang résolut d'attendre afin de ne pas en priver Germaine, et, au milieu d'une foule énorme, il stationna devant l'église, regardant je ne sais quel spectacle forain qui intéressait beaucoup le public.

Or, pendant qu'il était là avec sa jolie fillette de treize ans, un monsieur d'allure distinguée et de mise élégante vint lier conversation avec lui. La causette dura longtemps : l'inconnu paraissait avoir un talent particulier pour la rendre intéressante ; elle le devint d'autant plus que quelques amis de M. Castang étant venus le rejoindre, on continua à parler et à deviser, ce qui n'intéressait pas beaucoup Germaine. Elle regardait de côté et d'autre ; les sujets de distraction ne manquaient pas à l'entour... mais surtout la pieuse enfant regardait la célèbre église de Talence, et, du fond de son cœur, elle implorait le secours de la Madone miraculeuse (4) pour elle et pour ceux qu'elle aimait.

Tout à coup, profitant de ce que M. Castang causait avec ses amis dans une conversation très animée, l'élégant monsieur se sépara doucement de lui et s'approcha de sa fille. Celle-ci, croyant qu'elle avait affaire à une connaissance de son père, ne s'étonna guère de cette liberté, mais voilà que tout en causant il entraîna la fillette loin de son père. Germaine croyait M. Castang derrière elle... Tout à coup, se retournant pour s'en assurer, elle ne l'aperçut plus et se vit seule dans la foule avec l'étrange personnage ; lui l'entraînait toujours. En vain se débattait-elle : cet homme l'entraîna à l'écart « et lui offrit de l'argent si elle consentait à le suivre ! » C'était la tentation du séducteur maudit : « Hœc omnia tibi dabo si cadens adoraveris me... Je te donnerai tout cela si tu veux te prosterner devant moi et m'adorer » (5).

Insulte honteusement satanique !! Suggestion infernale ! Je vous donnerai tout cela si vous voulez me suivre, et, sous ses yeux indignés, Germaine vit briller l'or dont Satan paie le crime. « Au mot d'argent, raconta plus tard Germaine, je compris que cet homme était un fourbe et qu'il avait un mauvais dessein... » Le mot de jésus fut le sien et le « Vade » de l'indignation du Christ monta de son cœur à ses lèvres, puis, se confiant uniquement en la Très Sainte Vierge, « elle planta là » le tentateur et s'enfuit à toutes jambes. En vain l'homme perfide s'élança-t-il à la poursuite de son innocente proie ; elle lui échappa comme par miracle : « Oui, dit Germaine, Notre-Dame de Talence me secourut alors miraculeusement car, marchant encore avec beaucoup de difficulté à cause de mon pied opéré, n'est-il pas étonnant que j'aie pu courir plus vite que cet homme et lui échapper si heureusement ?... »

… Cependant la fillette ne retrouvait plus son père ; saisie d'épouvante, elle passait et repassait devant lui sans le voir ; il était pourtant au même endroit où elle l'avait quitté. Encore une fois la Très Sainte Vierge vint au secours de sa petite fille chérie. Un ami de la famille aperçut par hasard Germaine Castang, qui courait éperdue dans la foule ; il fut droit à elle : « Qui cherchez-vous, mon enfant ? » lui dit-il. - « J'ai perdu mon père », répondit Germaine en sanglotant. - « Oh ! Nous allons bien le retrouver », s'écria le bienveillant protecteur, et, en effet, après avoir fait quelques pas, il découvrit M. Castang toujours au même endroit, et Germaine s'empressa de saisir le bras de son père pour ne plus le quitter. À tout instant, il lui semblait qu'allait réapparaître le sinistre personnage ; mais non, elle ne le revit plus il avait disparu, selon les paroles du Roi-Prophète, « comme la poussière à la face du vent... comme la boue des rues » (6).

M. Castang ne s'était pas douté de l'affreux danger qu'avait couru sa fille bien-aimée. La scène que nous venons de décrire s'était passée en quelques courtes minutes, en bien moins de temps qu'il n'en faut pour la raconter. Ces minutes avaient été un siècle d'angoisses pour la blanche colombe qui, dans la nuit obscure, avait vu de si près les serres du vautour... Mais les anges semblaient lui avoir prêté leurs ailes, et, dans sa fuite merveilleuse, elle pouvait chanter sur la harpe de David :

« Notre âme, comme un passereau, a été arrachée du filet des chasseurs : le filet a été rompu, et nous, nous avons été délivrés. Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le Ciel et la terre » (7).

 

Notes

 

1. Cant., I, 14.

(2). Séquence. Composition du Xle siècle. Anciens Missels.
(3). Liturgie.

 

(4). Une pieuse tradition nous apprend que, dans la forêt qui entourait jadis les murs de Bordeaux, au lieu qui porte aujourd'hui le nom de Notre-Dame de Talence, la Très Sainte Vierge Marie apparut miraculeusement en un jour de grandes calamités. Elle apparut sous la forme de la Mère des Douleurs, c'est-à-dire tenant sur ses genoux le corps inanimé de son divin Fils descendu de la croix, telle qu'elle est représentée par la statue que l'on vénère encore aujourd'hui dans le Sanctuaire.


Sur le théâtre même du prodige, et pour en conserver la mémoire, l'on construisit en l'année 1132, une petite chapelle sous le nom de Notre-Dame de Rama, changé aujourd'hui en celui de Notre Dame de Talence. La chapelle fut renversée et pillée plusieurs fois, notamment pendant les guerres des Anglais et puis pendant la Révolution de 1793. La statue miraculeuse fut cachée par de pieux fidèles. La chapelle fut rebâtie plusieurs fois ; la statue remise à sa place… Et de tout temps une grande affluence de peuple se rendit à ce pieux Sanctuaire pour y honorer, y prier la divine Consolatrice des affligés. Souvent, des grâces privilégiées et même de nombreux miracles sont venus confirmer et encourager la confiance des pèlerins fervents. Depuis donc plus de huit siècles, le pèlerinage de Notre-Dame de Talence est le pèlerinage des chrétiens de Bordeaux : pèlerinage de dévotion et de piété que l'on accomplit avec la plus grande facilité pèlerinage de tous les jours et de toutes les circonstances imprévues de la vie ; pèlerinage de toutes les joies et de toutes les tristesses.


De très précieuses et très nombreuses indulgences sont accordées à ceux qui visitent le Sanctuaire de Notre-Dame de Talence. (Extrait de la brochure « Dévotion à Notre-Dame des Sept-Douleurs à Talence »).

(5). Matth., cap. IV.

(6). » Et je les briserai comme la poussière à la face du vent ; et je les ferai disparaître comme
la boue des rues ». Ps. XVII, 42.

7. Ps. CXXIII, 7, 8.

 

 


 

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