Marie-Céline de la Présentation

10 mai 2019

Nouveau site officiel de la cause de canonisation de Marie Céline de la Présentation

Bienheureuse Marie Céline

 

Soyez les bienvenus sur le nouveau site officiel de la cause de canonisation

de la Bienheureuse Marie Céline de la Présentation

 

Dans ces pages seront developpées très prochainement,

la vie, la spiritualité et le message de celle que l'on appelle familièrement

 

La Fille de Nojals,

La Sainte de Bordeaux,

La Sainte aux parfums.

 

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Fête de la Bienheureuse Marie-Céline

 

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Fête de la Bienheureuse Marie-Céline

 

 

Le 31 mai 2019

à Nojals et Clotte (24)

10h30: Messe

 

Vous êtes tous invités... Ne pas oublier le pique-nique !

 

16h00: Vêpres à l'église de Clottes

 

Possibilité de co-voiturage en partant du Monastère de Nérac !

 

 

Pour tous renseignements : clarisses.nerac@wanadoo.fr

 

Retrouvez-nous et suivez-nous Sur Facebook : @BienheureuseMarieCeline

 

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La présence des Clarisses à Nérac

LA PRESENCE DES CLARISSES A NERAC

Depuis 1358……

 

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L’année 1358retenue pour la fondation du monastère est celle où furent données l’autorisation de l’évêque de Condom, Pierre de Galard, et celle duPape Innocent VI (Bulle «  Piis fidelium votis » du 18 octobre 1358).

Le projet et sa réalisation reviennent à Bernard, Sire d’Albret, et son épouse Mathé d’Armagnac, dont les filles : Marguerite et Sise sont clarisses.

Dès 1327, ils avaient doté le monastère naissant d’une rente annuelle de 500 livres - selon ce qu’autorisait la Règle d’Urbain IV, qui depuis 1263 avait largement supplanté celle dont Claire d’Assise avait obtenu l’approbation à la veille de sa mort en 1253, et le monastère disposait d’un vaste domaine touchant aux murs de la ville.

 

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Vers 1560-1621 : le tournant de la Réforme. Les violences qui accompagnèrent les luttes religieuses, dans la capitale de Jeanne d’Albret et ailleurs, n’épargnèrent pas le monastère des Clarisses. Dévasté, il fut reconstruit sur ordre de Louis XIII, à dimensions réduites, mais encore importantes. La grande restauratrice du monastère fut l’abbesse Charlotte de Terraube (+1650) qui « le gouverna religieusement 40 ans « dit son épitaphe.

1792 : la tourmente révolutionnaire. La communauté est dispersée. Le monastère confisqué est aménagé en hôpital en 1795. Il l’est toujours.

1935 : La réimplantation des Clarisses à Nérac, au lieu-dit «  Le pin « , sur une colline, à un kilomètre de la ville.

Pour répondre à un appel de l’évêque d’Agen, les Clarisses de Bordeaux-Talence envoie à Nérac un premier groupe de sœurs. Canoniquement, la nouvelle communauté est une continuité de la précédente, le Droit Canon en vigueur à l’époque déclarant qu’une personne morale subsiste un siècle après la mort de son dernier représentant, et la dernière Clarisse d’avant la Révolution étant décédée en 1857. Mais, issue de la communauté de Talence, elle observe comme celle-ci (et comme les nouvelles fondations des XIXe et XXe siècles) la Règle primitive de Sainte claire et les Constitutions de sainte Colette. Sœur Marie Céline de la Présentation, entrée au monastère de Talence en 1896, morte en odeur de sainteté en 1897 et béatifiée à Bordeaux le 16 septembre 2007 a certainement veillé sur cette refondation.

Le ‘Château du Pin’ se transforme peu à peu, par les soins de Monsieur Vincent Armone, qui en fut et le Maître d’œuvre et le maçon, en « Monastère du Pin », sous le vocable de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Une construction en béton armé double le bâtiment ancien et le relie à l’ancienne grange devenue chapelle, tandis qu’une tour-pigeonnier, vestige de temps plus anciens, est actuellement un oratoire à la disposition des visiteurs.

 

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Aujourd’hui, après le Concile, ce sont les Constitutions Générales de Sainte Claire (reçues partout dans le monde) qui accompagnent la Règle primitive. A l’article 161, §1 on peut lire :

« La vie contemplative est notre premier et fondamental apostolat, parce que selon un dessein spécial de Dieu, c’est notre mode typique et caractéristique d’être Eglise, de vivre en Eglise, de réaliser la communion dans l’Eglise, d’accomplir une mission dans l’Eglise. »

Mission qu’à partir de 1997 nous avons vécue avec la communauté des Clarisses de La Roche sur Yon qui avait rejoint la nôtre et que nous poursuivons actuellement en lien fraternel avec la communauté de Mbuji-Mayi en République Démocratique du Congo.

 

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En 2017, le Monastère de Nérac accueille, après la fermeture du Monastère de Nieul, une partie des Reliques de la Bienheureuse Sœur Marie Céline.

Dans la vie de celle-ci, il n’y a jamais eu de rupture mais une continuité, même après sa mort :

Le même jour, à la même heure, alors que les Clarisses de Nieul vivaient la célébration de la fermeture de leur monastère, les Clarisses de Nérac et les paroissiens vénéraient les Reliques de la Bienheureuse accueillies au monastère, en présence de l’évêque, Monseigneur Herbreteau….

 

(Mère Anne-Françoise, Abbesse de la Communauté de Nérac)

 

 

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24 mars 2019

La spiritualité de Sœur Marie Céline de la Présentation (Père Niquot)

De Nojals à Bordeaux... Un chemin de sainteté !

La spiritualité de Sœur Marie Céline de la Présentation

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Née Jeanne-Emilie Castang, dit « la petite Maine »
(23
mai 1878-30 mai 1897)

 

Avant-propos


Comme il est difficile d’avoir à parler de la vie spirituelle d’une personne qui n’a laissé aucun écrit décisif à ce sujet. Et pourtant, eu égard à ce qui m’a été demandé, c’est bien ce à quoi je vais me risquer. Dans le même temps, cet exercice ne m'a pas vraiment angoisse. Il a été porté dans la prière par l’amitié, plus encore par le lien de la fraternité.

D'abord, celui qui m'unît, par delà la mort, à la Sœur Marie-Céline de la Présentation. Dans le Christ. un effet. je l’ai reçue comme une grande sœur, marquée du signe de la foi, et cela, depuis que nos chemins se sont croisés, ici-même, à Nojals.

En évoquant le lieu de sa naissance, j’en viens à mentionner cet autre lien de fraternité qui m’unit à tant d’hommes et de femmes du Pays Beaumontois. Je n’oublie pas tout ce que je leur dois. Grâce à certains d’entre eux, l’univers de Germaine Castang, « la Petite Maine », m’est devenu familier. À travers la confiance qu’il lui ont manifesté et qu’il continuent de lui porter, j’ai appris dans la si brève existence de Germaine Castang, devenue sœur Marie-Céline de la Présentation, l'œuvre de Dieu. Et, aujourd'hui, avec eux et comme tous ceux qui sollicitent son intercession, je prie pour que notre sœur, fille de ce pays, puisse être enfin béatifiée et pour que soit manifestée, une fois de plus, au grand jour, la gloire de Dieu qui donne à des êtres fragiles de lui rendre témoignage.

Qu’il me soit permis de mentionner dans les liens de fraternité, ceux qui m’unissent aux Clarisses. Il est vrai, Mère Abbesse, que je n’ai pas souvent l’occasion de venir à votre rencontre. Mais, nous savons, vous comme moi, que le lien de la prière nous réunit et nous porte dans le silence d’un Amour toujours offert.

Enfin, mais ce n’est pas une fin, je ne peux pas ne pas évoquer le lien fraternel qui m’unit au Curé de Nojals et de tant d'aucun lieux. À ses côtés, à son écoute. j'ai appris, ici-même, à recevoir un cœur de pasteur. Il a été et il reste pour moi un père dans le ministère. Et je lui suis reconnaissant de porter avec tant d’ardeur missionnaire, malgré le poids du jour, la charge qu'il a reçu de l’Église. De là où elle est, j'ose croire que Germaine est fière de son Curé et qu’elle prie pour la fécondité de son ministère.

Fort de tous les liens de fraternité évoqués, je veux donc, maintenant, me risquer sur le chemin qui m’a été ouvert. Que le Seigneur, dans sa grande tendresse, me donne de parler aussi justement que possible de la grande œuvre qu’il a accomplie dans le cœur de Sœur Marie-Céline de la Présentation.

 

La spiritualité du Très-Bas

 

Préambule

 

En réfléchissant au titre que je pouvais donner à mon intervention pour en déterminer la trame, m’est revenu à l’esprit celui d’un ouvrage de Christian Bobin consacré à François d’Assise : « Le Très-Bas » (Edité chez Gallimard en 1995). En référence à l’itinéraire de sœur Marie-Céline de la Présentation, j’ai pensé qu’il y avait là bien plus qu’un titre : un programme de vie ! À considérer, en effet, l’existence de notre sœur, même si nous ne disposons à ce sujet que d’ouvrages datés, tout nous donne à contempler l’œuvre de ce Dieu Très-Bas qui « renverse les puissants de leurs trônes [et qui] élève les humbles » (Luc 1, 52), de ce Dieu qui nous a rejoints au plus profond, au plus bas de notre condition humaine pour nous élever jusqu‘à lui. C’est ce Dieu-là celui qui nous a révélé son visage et son nom en Jésus-Christ que Germaine Castang a appris à aimer et à qui elle a fait le choix de s’en remettre, à la suite de Saint François et de Sainte Claire, pour marcher humblement en sa présence et pour le voir tel qu'il est, lui le Très-Haut.

Pour comprendre la Spiritualité, ou plus exactement pour entrevoir ce que fut la vie spirituelle de sœur Marie-Céline de la Présentation, il nous faut donc, partir de son existence et de ce qu'elle nous donne à voir de l’œuvre de l’Esprit Saint dans le cœur d’un être qui s’ouvre à sa présence et à son action.

La vie d'Emilie-Julie Castang, dit la « petite Maine », devenue sœur Marie-Céline de la Présentation, s’offre à nous comme un livre ouvert où nous pouvons discerner dans la foi, la manière dont le Dieu de la Bible écrit l’histoire d’une sainteté, à travers ombres et lumières.

« Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre ce qui est fort: ce qui, dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu'aucune créature ne puisse s'enorgueillir devant Dieu » (1 Co 27-29 ).

Cette parole de l’apôtre Paul met en lumière la manière d’agir d’un Dieu qui n'a jamais fini de nous étonner, de nous surprendre. Mais, bien plus qu’une simple manière de faire, elle nous dévoile un peu de l’être même de ce Dieu qui a choisi d'épouser la faiblesse de notre condition humaine, à l’exception du péché, pour nous révéler sa grandeur, la force, la puissance de son amour. Le Très-Haut s‘est fait Très-Bas pour élever jusqu'à lui tout ce qui était très bas. Relisez dans ce sans cette autre parole de l'apôtre Paul dans l‘Epître aux Philippiens :

« (le Christ Jésus], lui qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d‘être l’égal de Dieu, Maïs il s'est dépouillé prenantla condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, etla mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevéàet lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom »(Phil. 2, 6-9).


Une spiritualité de l’abaissement

 

À bien y regarder, la vie spirituelle de Soeur Marie-Céline de la Présentation est portée par cette dynamique de l’abaissement. Comprenons-nous bien : je ne suis pas en train de suggérer que Dieu a tout fait pour abaisser, voir même pour rabaisser cet enfant. puis cette jeune fille. Le Dieu de la Bible n’agit pas à la manière des hommes ! II ne se réjouit pas du mal dont souffre l‘humanité. Il n’en est pas davantage l’auteur et il n’a avec le mal aucune complicité. Autrement dit, le Dieu de la révélation chrétienne n’use pas du mal pour faire comprendre aux hommes tout l’amour qu’il leur porte ! Comment se fait-il d’ailleurs, que nous puissions encore croire, penser, imaginer que Dieu nous aime au point de nous faire mal ? C’est pourtant une conception récurrente dans notre affrontement au mal… Il conviendrait, de ce point de vue, que nous grandissions un peu dans la foi : ce que nous sommes incapables de vouloir et de faire à l'encontre de ceux que nous aimons, comment pouvons-nous en affubler ce Dieu qui nous aime plus que nous n’osons l’imaginer ? À vrai dire, pour qui se met à l'écoute de sa Parole : Dieu n'est jamais à chercher du côté du mal qui nous atteint. Ou, plus exactement, il descend au plus profond de ce qui nous fait mal, de ce qui nous blesse, pour nous arracher aux puissances du mal, pour nous donner de goûter tout le bien de sa présence et de son amour. En ce sens, Dieu se révèle et nous comme celui qui, d'un mal, peut nous aider à tirer un bien, si nous consentons à Lui faire confiance, à nous en remettre à lui au cœur même de ce qui nous éprouve.

« [...] Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Aussi mettrai-je mon orgueil bien plutôt dans mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. Donc je me complais dans dans les faiblesses, les insultes, les craintes, les persécutions et les angoisses pour Christ ! Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 9b-10).

Sœur Marie-Céline de La Présentation a appris à mettre son orgueil dans ses faiblesses, comme le dit l’apôtre Paul, pour que soit manifestée en elle toute la puissance du Christ. Des épreuves affrontées au long de sa brève existence, de cette véritable descente aux enfers qui a marqué son enfance et sa jeunesse, la « Petite Maine » ne conçut aucune amertume. Dans tous ces abaissements qui auraient pu générer en elle violence, rancœur, désespoir, révolte, elle s’est laissé rejoindre par ]e Christ, pour être portée par lui, dans l’Esprit Saint jusqu’au Père. Loin de se laisser écraser par le poids de la souffrance, et Dieu sait qu’elle a souffert, elle a ouvert son cœur à la présence d’un Amour qui l’a conduite, à l’image du Bon Pasteur, par delà le ravin de la mort sur de verts pâturages. Affaiblie par bien des épreuves, diminuée, elle s’est abandonnée dans la confiance à celui-là seul qui pouvait l’arracher à tout ce qui la tourmentait pour lui donner le repos.

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ». (Confessions de Saint Augustin I, I, I).

Germaine Castang, semble-t-il, pris conscience du cette réalité, évoquée par Saint Augustin, dans l'épreuve de la maladie et de la souffrance, dans l'expérience du handicap. Nul n’ignore qu’à l’âge de quatre ans, elle était partie s’amuser avec d’autres gamins, dans l’eau froide de la Bournègue. Et, ce qui, au départ, n’était jamais qu 'un jeu d'enfants est devenu pour elle un cauchemar. Sa jambe gauche se paralyse. (une paralysie à mettre au compte de ce que les spécialistes appelleront plus tard la poliomyélite). C’est là une diminution physique qui va profondément la gêner jusqu’au jour où elle sera opérée à Bordeaux, ce réglera, en partie seulement, le problème. À certains moments, son pied sera tellement déformé qu’elle marchera sur la cheville, ce qui provoquera, d'ailleurs, des plaies infectées.

Voilà donc que cet Enfant, âgé de quatre ans, se trouve violemment en situation de diminution physique a de souffrance. Cette épreuve ne va pas, pour autant, l’anéantir. D’une manière étonnante, elle lui donne l’occasion de vivre un changement dans son caractère marqué, avant la maladie, par l’entêtement et par une certaine violence. Plus encore, elle lui ouvre la porte d’une vie intérieure. Cette diminution physique permet à la « petite Maine » de grandir à l’intérieur d’elle-même. Éprouvée par la maladie et le handicap, elle apprend à se laisser aimer par ce Dieu présent jusque dans sa souffrance et de de qui elle reçoit la force de déployer ce qu’elle porte de meilleur.

Mais il est vrai que cette conversion (ce retournement intérieur vers la présence de Dieu présent en elle), survenue très tôt, n’a été possible qu’en vertu du terreau familial, où la « Petite Maine » a vu le jour et a grandi. À l'école de ses parents, avec ses frères et sœurs, elle a, en effet, appris le sens du don de soi dans l'amour, jusque dans la précarité. Sur les genoux de sa mère, elle a commencé, peu à peu, à ouvrir son coeur à Dieu, découvrant la fécondité d'une relation personnelle au Christ, bien au de là des discours philosophiques et théologiques.

De ses parents, elle a reçu le sens de la générosité (les Castang étaient connus pour avoir le cœur sur la main), le sens du sacrifice et, par dessus-tout, de La prière. C’est en famille qu'elle a appris les mots de la prière, et, plus encore, l’attitude intérieure qui conduit à remette son existence entre les mains de Dieu, jusque dans les difficultés et les épreuves.

En famille, elle a fait l’expérience de l’Eglise, une Église aimable et aimante. une Eglise qui porte les angoisses, les souffrances, les attentes de tant d’hommes et de femmes pour leur révéler la présume de ce Dieu qui, dans le silence d'un amour toujours offert, se rend présent à tous ceux qui lui ouvrent leur coeur.

Au coeur de l'abaissement, Germaine Castang a gardé confiance. Elle n’a pas désespéré de la présence de Dieu. Bien au contraire, elle l’a recherchée. Mieux encore, elle s’est laissée rejoindre par lui, ce qu’elle vivra, d’une manière éminente, avec sa Première Communion.

« Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi ». (Apocalypse 3, 20).

De fait, la « Petite Maine » a ouvert la porte de son coeur au Seigneur. Il a fait en elle sa demeure, au point que, même e à l’heure du déracinement, de l’exil vers la métropole Aquitaine, parce que son père, homme plutôt courageux mais instable, ne parvenait pas à assurer la survie de la famille, même affrontée à l’épreuve de l’exode rural, la « Petite Maine » n'aura pas d’autre demeure que la présence du Seigneur.

Et, lorsqu’au terme de son pèlerinage sur la terre, atteinte par un mal impitoyable, la tuberculose, elle affrontera une nouvelle descente aux enfers, loin de se laisser écraser par le mal, elle unit son corps broyé par la souffrance au corps brisé du Christ, Pain rompu pour un monde nomma. Elle se nourrira de sa présence pour demeurer dans la confiance et l’abandon, malgré tous les assauts du mal. Aux confins de la métropole aquitaine, le grain venu de Nojals tombera en terre, pour porter un fruit qui demeure au-delà de toute espérance.

« En vérité, en vérité, je vous Je dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12, 24).

À considérer la brève existence de sœur Marie-Céline de la Présentation, comment ne pas constater cette succession d’abaissements qui ont été, pour elle, autant de lieux où elle a fait l’expérience de ce Dieu qui fortifie ceux qui s‘en remettent à lui.

« Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurai-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie, devant qui tremblerai-je ? » (Ps 27 (26) 1).

« Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, la dénuement, les périls, le glaive ? (…) En tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés ». (Rm 8, 35, 37).

De tous ces abaissements affrontés, qui auraient pu l’anéantir, sœur Marie-Céline de la Présentation en a fait les victoires grâce à celui qui l’a aimée, grâce à l’amour de ce Dieu qui l’a accompagnée au cours de son existence.

Avec ses parents. en famille. elle avait découvert et accueilli cet amour. L'amour était dans son cœur, l’amour était au cœur de sa vie. Forte de cet amour du Dieu en elle et pour elle, comme une fleur, elle s'est ouverte rapidement pour répandre la bonne odeur de l’amour du Christ. « Je serai une rose de charité ».

Dans l’expérience de l’affaiblissement, du dénuement, de la souffrance, elle n'a jamais lâché la main de celui que ses parents lui avaient désigné comme source de tour amour. Et sa confiance n’a pas été déçue. Parce qu’elle a ouvert la porte de son cœur au Mendiant de l’amour, elle a été conduite de commencement un commencement vers ce commencement qui n’aura pas de fin.

Sœur Marie-Céline de la Présentation s‘est laissée porter dans tous ses abaissements par l’amour de Dieu et, à chaque fois, elle a été relevée pour aller toujours plus haut jusqu'au Ciel de Dieu.


« Car où en votre trésor, là aussi sera votre cœur ». (Luc 12, 34).

 

Il n'y a de dynamique de l’abaissement qu’à la lumière de l’amour reçu et de l’amour donné. La « Petite Maine », sœur Marie-Céline de la Présentation, affrontée à l’épreuve dans sa dure réalité, a choisi d’ancrer son cœur dans l'amour de Dieu et il lui a été donné de déployer le trésor de cet amour répandu dans son coeur par l’Esprit Saint.

Faire référence à l’amour, c’est aussi souligner que la fécondité d’une existence ne se mesure pas à sa durée. Dans l’amour, il n’y a plus ni passé, ni futur. Il n’y a que le présent d’une Présence qui nous ouvre un avenir d’éternité. Cela, Marie-Céline l’a compris dans son coeur et dans son corps.

À la suite de Saint François et de Sainte Claire, elle a remis le temps de son existence entre les mains du Maître d’éternité, pour faire de sa vie une offrande, une louange à la gloire de Dieu.

« Je me suis jetée dans ses bras ; à présent, quoiqu’il m’arrive, je dirai avec Jésus : FIAT ». (Soeur Marie-Céline).

Soeur Marie Céline de la Présentation n’a pas eu d’autre ambition que celle de l’amour, un amour sans mesure qui l’a conduite à vivre les jours d’ici-bas comme un temps de grâce, un temps ou la grâce a dessiné, au fil des jours si courts soient-ils, son visage d’éternité.

« Résignons-nous à sa sainte Volonté, il ne nous abandonnera pas, il suivra nos pas et nous préservera, comme l’ange préserva Tobie du requin ». (Soeur Marie-Céline).

Le vocabulaire de la résignation n’est pas à interpréter comme une espèce de fatalisme. Rien dans la vie de Germaine Castang ne laisse penser qu'elle ait pu considérer son existence comme un destin qu'il lui faudrait subir, tant bien que mal ! Bien au contraire, très tôt, elle a perçu sa vie comme un appel, une vocation à réaliser. Et, aucune difficulté, aucun tourment n'a pu arrêter cet élan, En ce sens, la mort est venue consacrer, accomplir le temps d'une brève existence placée sous le signe d'une réponse aimante à un l'appel d'un Amour. L’expérience de Soeur Marie-Céline atteste d’un consentement à la dure réalité de l’existence dans la lumière d'une Présence plus grande que son coeur. Et, dans l’affrontement à l’épreuve, elle a persévéré, elle a voulu vivre de la volonté d’un Autre qu’elle-même. Éprouvée, elle a, dans le même temps, portée par la confiance, éprouvé la bonté d’un Dieu qui est venu la chercher au coeur de l’abîme de la souffrance pour lui donner le repos dans la paix et la joie. Elle a fait l’expérience de ce Dieu qui est la Providence, qui pourvoit à toutes choses dès lors que nous nous en remettons à lui.


« Au moins voudrais-je bien souffrir. Très bien » (Soeur Marie-Céline).


C'est toujours nourrie de la présence de son Seigneur que sœur Marie-Céline de la Présentation a pu très bien souffrir. Cette expression n’est pas à interpréter comme si notre sœur avait recherché la souffrance en elle-même, pour elle-même. Il n’y a pas lieu de penser que Germaine Castang ait pu vivre dans une espèce de masochisme mortifère ! Il semble plus juste, eu égard à ce qu’elle a vécu, de considérer que, dans l’affrontement du mal et à la souffrance, sœur Marie-Céline de la Présentation a dit oui à ce Jésus qui s’est livré pour elle et pour tous les hommes et qui a souffert par amour, pour manifester la puissance d’un Amour plus fort que la violence du mal. Ainsi, dans ce oui, elle a donné un sens à ce qui n’a pas de sens. Elle a très bien pu souffrir, souffrir sans être écrasée par ce mal dont elle souffrait, sans être anéantie par ce mal qui s’est acharné sur son pauvre corps. Et, force est de constater que, dans son oui à Jésus, Messie humilié et souffrant, elle a été purifiée par l’expérience de la souffrance, émondée comme un sarment pour porter du fruit en abondance.

« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur (...) Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger ». (Mt 11, 28-30).

Sœur Marie-Céline de la Présentation a choisi de se mettre à l’école de Jésus, Christ et Seigneur. Dans la foi, son fardeau est devenu léger. D’abaissement en abaissement, elle a grandi en humilité, à l’écoute de son Maître, doux et humble de coeur. À la violence du mal, elle a opposé la douceur de l’amour dans la confiance. Les abaissements qui ont marqué la si courte existence de sœur Marie-Céline mettent en lumière le ressort de sa vie spirituelle : le courage de l’abandon*.

(*Cette expression est empruntée à Joseph Callot, dans sa leçon d’adieu du 5 novembre 2002. Le passage relatif au courage de l’abandon est fortement imprégné par la lecture et la méditation de cette leçon d’adieu).

Bien des éléments auraient pu conduire cette petite fille au caractère trempé à sombrer dans la dépression, le désespoir, peut-être même, à mettre un terme à son existence. Dans son histoire, rien de tout cela ; bien au contraire, à noire grand étonnement, l’obstination de Germaine Castang, devenue sœur Marie-Céline, lui a permis de trouver le courage d’accepter d’être acceptée malgré tout qu’il y avait d'inacceptable en elle. Et, s’il est vrai que l’expérience du mal l’a conduite à devoir renoncer à bien des projets, elle a puisé, dans son tempérament et dans sa foi, forte de tout ce qu’elle avait reçu, le courage de s’abandonner en toute confiance à l’inconnu qui vient, en s'exerçant à y discerner la présence de Dieu. Alors que ses souffrances auraient pu la replier sur elle-même, elle a posé, avec toute la force de sa volonté, l’acte de se donner sans retour à Celui qui nous enveloppe de son indicible mystère. Et, la joie de son oui, au cœur de la tristesse du fini, est allée jusqu’au bout du chemin, comme Jésus Christ et Seigneur, à l‘heure de son agonie. Par lui, avec lui et en lui, elle est montée jusqu'à Jérusalem, sans autre richesse que sa pauvreté, sans autre force que sa faiblesse, le cœur plein d‘un Amour venu jusqu‘à elle pour la conduire jusqu’à lui.

« Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toutes faveur ? (…) Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur ». (Rm 8, 31-32, 38-39).

 

En guise de conclusion


Au terme de ce parcours, il me semble que la spiritualité de sœur Marie-Céline de la Présentation souligne ce que nous avons tous à mettre en œuvre dans la diversité de nos états de vie pour répondre à l’appel à la sainteté, pour que le Seigneur, dans la puissance de son Esprit, puisse accomplir en nous son œuvre de vie et d’amour.

L’itinéraire de sœur Marie Céline de ta Présentation nous rappelle avec force que la sainteté n'ai pas réservée à une élite, qu'elle n’est pas davantage identifiable à la simple mise en œuvre de vertus morales. Il n'y a de sainteté que dans l‘ouverture du cœur à l’œuvre du l'Eprit Saint qui nous rend capables de rechercher la Volonté de Dieu, à travers tout ce que nous vivons, et de mettre en pratique la Parole de Dieu, Et nul d‘entre nous n‘est dispensé de cette ouverture qui ne peut s’opérer que dans la confiance, dans le courage de l‘abandon. À sa manière, sœur Marie-Céline de la Présentation nous rappelle qu’il suffit de se laisser aimer par ce Dieu qui est venu jusqu’à nous pour nous élever jusqu’à lui. Certes, il y faut beaucoup d'humilité, mais plus encore, beaucoup d’amour, de patience et de persévérance. Mais à considérer l’itinéraire de nuire sœur, comment ne pas croire qu’à Dieu rien n’est impossible et qu'à travers ombres et lumières, malgré bien des ratés, des blessures, il suffit d’aimer cet Amour dont nous sommes aimés au delà de tout ce que nous pouvons imaginer !

La spiritualité de sœur Marie-Céline de la Présentation met en lumière les caractéristiques d'une vie spirituelle chrétienne. Vivre dans l’Esprit, c’est d'abord apprendre à consentir à la réalité de notre existence, si dure soit-elle, non pas pour sombrer dans une résignation qui ne serait rien de plus qu'une démission, mais bien davantage pour nous en remettre à Celui qui se souvient es son amour t de la promesse faite à nos pères en faveur d'Abraham et de sa race à jamais. Consentit à la réalité pour y discerner la présume de ce Dieu qui peut nous rendre capables, au cœur de tant ce qui nous éprouve, de donner sans retour tout ce que nous sommes, rien que ce que nous sommes, tout ce que nous sommes. Il restera de nous ce que nous aurons donné au soleil de l'Amour. Mais pour que cette dynamique du don, si souvent blessé par la violence du mal, ne soit pas seulement l'enthousiasme d‘un instant, sœur Marie-Céline nous suggère de nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, dans le quotidien de notre existence, de nous nourrir de sa présence, grâce aux Sacrements de l'Eglise, dont l’Eucharistie constitue la source et le sommet, et de chercher. par dessus-tout, à faire le bien, à aimer de cet Amour qui le premier nous a aimés, sans jamais nous lasser, sans désespérer de nous-mêmes, des autres et de Dieu.

À la suite de sœur Marie-Céline de la Présentation, de Saint François et de Sainte Claire, osons croire que l’Amour est à notre portée puisqu‘il nous porte pour nous donner de faire de nos existences un hymne à l’amour. Consentons à nous laisser aimer tels que nous sommes et jusque dans nos faiblesses, nos fragilités, pour devenir, dans la puissance de l'Esprit Saint, des roses de charité. Sans nous décourager, demandons à notre sœur de nous obtenir le courage qui, si souvent, nous fait défaut, pour nous abandonner simplement, humblement, pour dire oui à celui qui a consenti à s’en remettre à nous parce qu’il nous aime et nous fait confiance.


« Au Ciel, je n’oublierai personne ! » (Soeur Marie-Céline).



Nojals, le 5 octobre 2003,

Père Thierry Niquot

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La spiritualité de Soeur Marie Céline de la Présentation (Père Le Nezet)

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La spiritualité de Soeur Marie Céline de la Présentation


« Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi, ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est ». (1 Co 1, 28).


En découvrant quelques écrits autour de la vie de soeur Marie Céline, je voudrais simplement proposer quelques points qui m’ont particulièrement interpellé. Je les ai médités en m’appuyant particulièrement sur la Parole de Dieu qui nous ouvre à la vraie connaissance du projet de Dieu pour tous.


Sa vie est fondée sur le Roc


« ...La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le roc ». (Matthieu 7, 25).


Des tempêtes, Soeur Marie Céline en a traversées de nombreuses dans sa vie. On est particulièrement frappés par toutes les ruptures qu’elle a supportées au long de ses jours. Que ce soient tout d’abord les lieux qu’il lui faut quitter, son village de Nojals ou son départ peut être considéré comme le sacrifice de tout ce qu’elle avait aimé, son pays natal quand elle rejoint la ville de Bordeaux déracinée alors de tout repère, que ce soient ensuite les nombreux décès importants autour d’elle, celui de sa maman qui l’amènera à quitter l’école de Nazareth pour la remplacer auprès de ses petites soeurs, ou encore les décès de ses frères, que ce soient enfin ces ruptures affectives notamment lorsqu’elle se retrouve seule au Refuge alors que ses deux sœurs sont adoptées par les religieuses. Oui, les « torrents sont venus, les vents ont soufflé très fort » dans la vie de la petite Germaine Castang. Sans oublier les épreuves physiques qu’elle supportera courageusement jusqu’au bout, on ne peut qu’être surpris par la manière avec laquelle la petite Germaine traverse tout cela. Oui, beaucoup d’événements se sont déchaînés contre cette petite vie de Germaine et pourtant, elle ne s’est pas écroulée. Comme elle le dit elle-même, « j’ai trouvé mon centre ». Au lieu de s’effondrer devant tant d’épreuves, au lieu de s’enfermer sur sa propre souffrance, elle n’a eu de cesse de se lier, de s’attacher à ce Roc qu’est le Christ. Germaine avait été fondée sur le Roc, à l’école de sa famille (1) et par elle, à l’école du Christ. Fragile extérieurement c’est comme si elle se fortifiait intérieurement au cœur même des épreuves à vivre en s’appuyant sur « son Centre ».

Nous comprenons pour nous aujourd’hui que cette relation avec le Christ, cet enracinement dans la prière, la contemplation du Christ Eucharistie, la participation aux sacrements de l’Eglise est le Roc pour nos vies. N’est-ce pas justement dans les moments de tempêtes, de grands vents que nous comprenons l’importance d’un tel enracinement. Sœur Marie Céline nous en redonne un exemple stimulant.

Mais nous percevons aussi combien l’exemple d’une vie peut-être un formidable moyen d’évangélisation. Celui de la famille de Germaine en a été un pour elle-même. Un vrai témoignage de vie, de charité, de piété peut porter des fruits en ceux qui se laissent toucher.


Sa vie est une vie donnée


Un chemin de sainteté


On est frappé par tous les obstacles que Sœur Marie Céline rencontre sur son chemin de vie : les nombreuses ruptures affectives, sa propre maladie sans compter la pauvreté extrême dans laquelle elle vit avec sa famille.

Pourtant, comme le confiera sa sœur Lucie, « elle fut l’ange consolateur de la famille ». Elle accepte cette sortie d’elle-même en se mettant au service de ses proches, de sa famille, de ses sœurs au couvent. Elle fait de sa vie un don pour les autres (2).

« Servir, se dévouer : ce fut son unique souci. Et cette vertu définit sans doute mieux que toute autre et précise le caractère de sa vie : elle n’a jamais pensé à elle-même ». (3).

La petite Germaine choisira, au décès de sa maman de quitter Nazareth, l’ouvroir où elle se trouvait pour rejoindre sa famille et s’occuper d’elle et particulièrement de Louis qui se meurt.

N’est-ce pas cela que décrit d’une manière lumineuse le pape Benoît XVI dans son encyclique deus caritas est ? L’amour humain, « lorsqu’il s’approche ensuite de l’autre, se posera toujours moins de questions sur lui-même, il cherchera toujours plus le bonheur de l’autre, il se préoccupera toujours plus de l’autre, il se donnera et il désirera « être pour » l’autre. C’est ainsi que le moment de l’agape’ s’insère en lui ». (4)

Voilà l’esprit qui anime notre petite sœur Céline, un esprit de Charité.

« La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais ». (1 Co 13, 5-8).

Voilà le chemin qui l’a aidée, non pas à oublier les souffrances qui étaient les siennes mais à les supporter et à les traverser. Le chemin de la charité est chemin de vie, chemin de sainteté. En s’ouvrant à la charité et en vivant la charité, sœur Marie Céline et cheminé pas à pas vers cet accomplissement d’elle-même. En prenant ce chemin, elle devient pour nous comme un prophète, un témoin d’évangélisation. Céline sans aucun doute nous évangélise encore aujourd’hui. C’est dans un amour tout simple, tout humble pour les autres et pour Dieu que Soeur Céline est devenue pas à pas la petite sainte selon le désir de Dieu, témoin de charité. « Elle aime et parce qu’elle aime elle sert, et c’est tout ». (5)

 

« Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi, ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est ». (1 Co 1, 28).


Unie à la Passion du Christ


« Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin ». (Jn 13,1).


Sœur Marie Céline a porté de l’amour autour d’elle. Nous avons souligné plus haut cet extraordinaire souci des autres. Son regard est tourné vers ses proches et ses sœurs. Elle les a aimé jusqu’au bout.

Le Christ au moment de sa passion jusque sur la croix a souci des siens. « Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul ». (Jn 18, 9). Ou encore sur la croix devant sa mère : « Femme voici ton fils ». (Jn 19, 26). Le Christ jusqu’au bout prend soin des siens malgré ce qu’il endurera jusque dans son corps. Le regard du Christ n’est pas tourné vers sa propre souffrance mais celle de ses disciples, de sa mère, du bon larron.

Sœur Marie Céline est unie elle aussi à la passion du Christ jusque dans ce souci qu’elle porte pour les siens alors qu’elle subit dans son propre corps l’épreuve de la maladie, de la souffrance. Mais c’est dans l’expérience d’une grande solitude qu’elle s’unit aussi à la passion du Christ. (6) « Maltraité, il s’humiliait, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n’ouvrait pas la bouche ». (Isaïe 53, 7).

Ainsi, elle qui marchait si difficilement, à cause de sa maladie, elle pour qui la route à été semée d’embûches et d’épreuves, elle fait des pas de géant vers la perfection en vivant de l’esprit de Charité, en faisant de sa vie un don pour les siens, pour les autres et pour Dieu.

Encore aujourd’hui, combien d’êtres humains autour de nous rencontrent bien des difficultés pour avancer sur le chemin de la vie. Il y a les obstacles extérieurs mais aussi les fragilités de chacun. Et pourtant, la sainteté est pour tous ! Nul ne peut être privé de ce bonheur promis à ceux qui mettent leur pas dans ceux du Christ serviteur. Soeur Marie Céline est pour nous le témoin. « En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous ». (Jn 13, 15-17).

Nous comprenons ici aussi l’appel que sœur Marie Céline nous adresse. En prenant le chemin de la charité, du don de soi, l’homme ne se perd pas mais au contraire il s’accomplit ! Comme elle le dit à sa sœur chargée de convaincre son père de la laisser entrer au couvent des Clarisses de Talence : « Montre-lui que le vrai bonheur n’est pas ici-bas mais qu’on le possède lorsqu’on est à Jésus sans retour ». La charité, nous la découvrons avec soeur Marie Céline comme un remède, un baume précieux pour nos vies mais aussi pour celles de ceux que nous rencontrons. Comment ne pas reprendre ici pour Marie Céline cette belle parole de l’apôtre Paul à Timothée !

« Que personne ne méprise ton jeune âge. Au contraire, montre-toi un modèle pour les croyants, par la parole, la conduite, la charité, la foi, la pureté... Prends cela à coeur. Sois-y tout entier, afin que tes progrès soient manifestes à tous. Veille sur ta personne et sur ton enseignement ; persévère en ces dispositions. Agissant ainsi, tu te sauveras, toi et ceux qui t’écoutent ». (1 Tm 4, 12; 16-17).

 

Sa vie est une vie Eucharistique


Sans doute sœur Marie Céline a compris que l’Eucharistie engage toute la vie.

Là aussi, elle n’a pas été épargné par les difficultés. On sait qu’il lui faudra attendre l’âge de 14 ans pour communier pour la première fois. Lorsqu’elle quittera la village de Nojals, c’est surtout la petite église où elle aimait se retrouver en se recueillant devant le tabernacle qu’elle devra quitter. À Salabert, elle sera privée de ce temps d’adoration qu’elle aimait pratiquer.

C’est alors autrement qu’elle vivra l’Eucharistie. Elle s’unira d’une manière spirituelle au Christ, dans la communion à sa vie. Elle se fera elle-même présence réelle du Christ au milieu des siens. Cette présence est une présence toute simple, très humble et gratuite. Cette présence ne fait pas de bruit, elle est présence de charité, vie donnée. Nous comprenons ici, combien la vie de sœur Céline a été une vie toute Eucharistique. En adorant le Christ dès son plus jeune âge dans sa présence eucharistique, elle saisit d’une manière lumineuse ce qu’est la Présence Réelle de son Seigneur l’invitant elle-même à cette qualité de présence aux autres. « Devenez ce que vous recevez ».

Sœur Marie Céline nous invite à méditer sur le sens de l’Eucharistie. À conformer nos vies à ce qui nous est dit dans le sacrement, source et sommet pour notre vie. Mais le témoignage et l’exemple de la petite Germaine peuvent être aussi un chemin pour celles et ceux qui, comme elle à un moment de leur vie, ne peuvent accéder à la table de la communion et je pense particulièrement à nos frères et sœurs, divorcés, remariés qui ne peuvent être admis aux sacrements. Pourtant comme le précise le pape Benoît XVI dans son exhortation sacramentum caritatis : « l’Eglise désire que les divorcés remariés développent autant que possible un style de vie chrétien, par la participation à la Messe mais sans recevoir la Communion, par l’écoute de la Parole de Dieu, par l’adoration eucharistique et la prière, par la participation à la vie de la communauté,.., par le dévouement à la charité vécue... »(7). Pour eux, sœur Marie Céline est un exemple plein d’espérance.

Ainsi à travers toute sa vie, sa courte vie, nous percevons la mission de Sœur Marie Céline de la Présentation : se faire présence réelle du Christ au cœur du monde. Un présence réelle qui se dit par la charité, dans l’humilité, la simplicité. Le 16 avril 1879, c’est à dire un an après la naissance de Germaine Castang, décédait une petite jeune fille, Bernadette Soubirous. On peut être surpris par les ressemblances entre ces deux jeunes filles même si leurs cheminements ne sont pas les mêmes. À chaque fois nous avons à faire à de jeunes filles toute simples, qui ont connu une grande pauvreté et témoigné pourtant d’une vie spirituelle exemplaire. Si pour l’une ce sera le cachot, pour l’autre, l’abri de Salabert, c’est au cœur même de leurs détresses qu’à travers ces petites voix le Christ nous rejoint et nous parle.

Oui, sans doute, ce message est un appel aujourd’hui pour nous tous. Nous sommes appelés, à être des présences réelles du Christ dans le monde par nos petites voix. Nous croyons que c’est par elles que la Bonne Nouvelle se répand encore aujourd’hui. « Ce qu ’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisit pour confondre les forts ». (1 C0 1, 28).


Père Mickaël Le Nezet

Diocèse de La Rochelle et Saintes

 


 

Notes


1. La charité n’était pas qu’un vain mot dans la famille de Germaine. C’est déjà dans l’exemple de sa maman que Germaine a contemplé la charité tout comme la place donnée à la prière dans les jours les plus sombres de leur vie.

2. Alors que Germaine est accusée injustement de vol de fraises par un voisin, Germaine gardera le silence et acceptera cette humiliation.

3. P. Martial Lekeux, La petite sœur Céline, Ed Albin Michel, 1949, p. 29

4. Benoît XVI, Deus caritas est, encyclique n°7

5. Ibidem note 3 p. 69

6. Elle passera 6 mois sans recevoir de nouvelles des siens. Ses deux dernières sœurs qui lui apportaient consolation à Nazareth seront retirées de la maison.

7. Benoît XVI, Sacramentum caritatis, exhortation apostolique post-synodale, n°29

 

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22 janvier 2019

Bienheureuse Marie-Céline de la Présentation

Petite vidéo sur la vie de Soeur Marie-Céline de la Présentation

(7mn 42)

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17 janvier 2019

La Béatification de Soeur Marie Céline de la Présentation

Bienheureuses Clarisses

 

A Bordeaux, le 16 septembre 2007, Soeur Marie-Céline de la Présentation, clarisse, a été béatifiée. A Nantes, la communauté fêtait cette année-là le 550ème anniversaire de son installation. L'occasion de redécouvrir ces contemplatives qui ont misé leur vie sur l'Evangile, selon l'esprit de sainte Claire. Une Emission diffusée sur la chaine KTO en 2007.

 

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16 janvier 2019

Les Clarisses à Bordeaux

Les Clarisses à Bordeaux

 

I Première Partie 1239-1580

 

1 Fondation et débuts

 

Les premiers documents connus attestant la présence des Clarisses dans notre coté sont deux bulles du Pape Grégoire IX datées des 22 et 28 juillet 1239, qui placent les sœurs sous la protection des autorités civiles : la première est adressée au Sénéchal de Bordeaux, la seconde au roi d’Angleterre lui-même, Henri III. Les Soeurs y sont désignées dans les termes suivants : « L’Abbesse et la communauté des Soeurs recluses du monastère Saint François de Bordeaux, de l’Ordre de Saint Damien (1ere bulle) ; ou légère variante, « l’Abbesse et les moniales de Saint François de Bordeaux, de l’Ordre de Saint Damien » (2e bulle).

Nous apprenons ainsi : 1° que la communauté est déjà organisée et officiellement constituée à cette date, puisqu’elle possède une Abbesse ; 2° que cette communauté observe le genre de vie pratiquée par Sainte Claire elle-même, à la « maison mère » du Second Ordre Franciscain, Saint Damien d’Assise, c’est à dire une rigoureuse pauvreté.

Quelques années plus tard, le Roi d’Angleterre accorde des lettres officielles de protection aux Soeurs « demeurant hors Bordeaux » (5 septembre 1242) ; par la suite, il prescrit de leur verser une aumône pour la construction de leur église (septembre 1243).

Le Pape Innocent IV s’est intéressé de près à la jeune communauté ; entre 1245 et 1252, il ne lui consacre pas moins d’une bonne dizaine de documents officiels. C’est ainsi qu’en 1245 il prend sous sa protection et celle du Saint-Siège les personnes et les biens des Soeurs (11 mars), et exhorte les fidèles à leur venir en aide par des aumônes (15 juillet) ; la même année, soucieux de leur vie quotidienne, il apaise leurs scrupules de conscience, en les autorisant à déposer le manteau, en été, pour vaquer aux travaux manuel (4 octobre). En mars 1246, il place la communauté sous la juridiction des Frères Mineurs d’Aquitaine : ceux-ci, en la personne du Ministre Provincial ou de ses représentants, doivent visiter les Soeurs, leur administrer les Sacrements, etc ; toutefois, l’élection de l’Abbesse revient à la seule communauté.

La première abbesse dont le nom nous soit parvenu, n’est autre que la nièce d’Innocent IV, Cécile, déjà Abbesse des Clarisses de Parme (Italie). Vers 1248-1249, plusieurs Frères Mineurs de Bordeaux se rendent à Lyon, où réside le Pape, pour informer celui-ci que les Clarisses bordelaises viennent de placer à leur tête sa propre nièce. Pourquoi ce choix d’une inconnue, déjà responsable d’un lointain monastère ? Geste de gratitude vis-à-vis d’Innocent IV ? C’est bien possible. Toujours est-il que Cécile ne mit jamais les pieds à Bordeaux : des intrigues familiales incitent le Pape à révoquer l’élection, qu’il avait d’abord, un peu hâtivement peut-être accordée.

Les Clarisses n’avaient pas que des amis à Bordeaux : les « calomnies des méchants » ne leur manquèrent pas. Pour y couper court, Innocent IV place nom « Damianites » sous la protection du Doyen de Saint Seurin (23 août 1251). Ces « calomnies » venaient-elles de « certains ecclésiastiques », mécontents de se voir remplacés par les Franciscains dans la direction spirituelle de la communauté ? C’est en tout cas, ce que suggère un historien récent.

Cependant, la demeure des Clarisses bordelaises, assez éloignée de la ville, s’avère rapidement malcommode, et peu adaptée à la vie de la communauté. Ce premier établissement était probablement situé à proximité immédiate du « grand chemin de Bègles », aujourd’hui la Rue de Bègles, du côté de l’actuelle Cité Gratecap et du lieu dit « le plantier de Barreyrres ». Au XVe siècle encore, l’emplacement du monastère primitif de nos « Damianites » sera connu sous le nom de « Menudes Vieilles », « Menhudas Velhas », en gascon, « Minorissas Antiquas » dans les actes latins.

Bordeaux Franciscain 1

Vers 1250-1251, les Soeurs obtiennent l’autorisation de déménager et de s’installer dans le couvent du Maucaillou, abandonné récemment par les Frères du Premier Ordre ; confirmation officielle de ce transfert est donné par Innocent IV, le 21 janvier 1252.

L’enclos du nouveau monastère était situé, approximativement, dans le secteur délimité par le place des Capucins, les rue Clare (Claire) et Marbotin, et s’étendait sous la forme de jardin, jusqu’à la rue Nérigean. L’actuelle rue Saumenude, dont le nom est une déformation populaire, une corruption de « Sos » ou « Sors Menudas (en latin, Sorores Minores », d’où Rua Minorissarum » ; « Soeurs Menues » ou « Mineures »), était à l’origine, plus longue que de nos jours : selon certains historiens, elle traversait le terrain du monastère « qu’elle sépare probablement de ses dépendances » ; selon d’autres, « en avançant » dans cette rue, « on aboutissait à l’église ».

L’installation des « Soeurs Menudes » au Maucaillou ne supprime pas pour autant les problèmes auxquels elles doivent faire face : en janvier 1260 encore, le Pape Alexandre IV doit intervenir en leur faveur, et exhorter le Maire et les Jurats à les protéger contre quiconque voudrait les « molester ».

A cette époque (1260), la communauté observe toujours le genre de vie pratiqué à Saint Damien. Puis, nous la voyons suivre la Règle dite « Urbaniste », qui permet aux Soeurs la possession de terres et de rentes.

A quelle date le passage d’une forme de vie à l’autre s’est-il effectué ? Aucun document officiel ne nous permet, pour le moment du moins, de répondre avec précision à cette question. Il est possible, toutefois, que ce passage ait été chose accomplie avant 1282. Le 19 avril de cette année-là, en effet, les sœurs reçoivent une rente de 100 sous assise sur la « Palu » de Confins, paroisse Saint Romain d’Asques (Canton de Fronsac ) : elles avaient donc le droit, à cette date, de bénéficier de rentes.

Le Chanoine Lemoing suggère une hypothèse, selon laquelle il pourrait y avoir eu une Clarisse parmi les nombreuses « recluses » installées dans Bordeaux. C’est ainsi que la fameuse « recluse de Saint Seurin » pourrait avoir été, à certaines époques, une Clarisse.

Installée près de l’Hôpital Saint Lazare, à l’angle des rues Judaïques et du Palais Gallien, cette « recluse » de Saint Seurin était « un personnage quasi-officiel », appelée souvent « la Recluse de Bordeaux » : « elle était chargée de prier pour la ville », et « jouissait d’une grande réputation de sainteté ».

 

2 La communauté : biens temporels, vie quotidienne, effectifs

 

La documentation d’archives actuellement conservée ne nous livre que certains aspects extérieurs de la vie du monastère, les aspects sociologiques.

En possession de rentes, foncières ou autres, qui lui ont été données par divers bienfaiteurs, la communauté est insérée dans le système économique féodal : elle perçoit des rentes en argent ou en nature (le 1/5, le 1/6 ou le 1/7 de la récolte de blé et surtout de vin) ; à chaque changement de propriétaire ou de tenancier, le nouveau cultivateur de la terre ou de la vigne des religieuses vient reconnaître par-devant notaire qu’il la « détient en fief féodalement, selon les coutumes du Bordelais », de « la Religiosa Dona Sor X…, abadessa lo journ que cesta presenta carta fo feyta, deudeyt moster Santa Clara de Bordeu » (ou, plus simplement, de « la Religiosa dona madona X, abadessa deu couvent de las Sors menudas de Bordeu »).

Si nous connaissons très mal l’état des biens temporels du grand couvent des Cordeliers, en revanche les documents sont relativement abondants sur celui des Soeurs « Menudes ». Nous savons que la plus grande partie des propriétés du monastère se trouvait à Eysines, tout près de Bordeaux ; également à proximité de la ville, ou dans sa proche région, on en rencontrait à Talence, Villenave d’Ornon, Blanquefort, Bègles, Artigues, Baurech, Listrac, Créon…

Quelques exemples, entre autres.

1° Dans Bordeaux : à proximité du monastère, 7 ou 8 maisons rue Saumenude, et un peu plus loin, une ou plusieurs maisons rue Leyteire ; des maisons sur les paroisses Saint Michel (rue de la Rousselle), Saint Rémi (rues Métivier, Saint Rémi), Saint Pierre (rue des Bahutiers), Sainte Eulalie (rue Paul Bert).

2° Hors des remparts du Vieux Bordeaux, vignes dans l’actuel quartier de la Gare Saint Jean (au Pont du Guit), et dans les Graves, à Saint Nicolas (zone comprise actuellement entre les rues Saint Genès et de Bègles).

3° Hors Bordeaux, à Villenave d’Ornon (le moulin à eau de Courréjean, « avec un lopin de vignes et jardin ; à Eysines, le « Bourdieu de Carpentey » (maison sise au lieu-dit des Combes ; près de la « Salle Carpenteyre ») ; des vignes à Beaurech, Artigues ; certaines dîmes à Listrac, etc.

Pourtant, malgré rentes, terres, vignes, la vie matérielle de la communauté ne semble pas avoir toujours été très facile, notamment à l’époque troublée de la guerre de Cent Ans. L’abondance relative des actes notariés, des transactions, des reconnaissances féodales, ne doit pas faire illusion à cet égard.

Des filles de la noblesse et de la bourgeoisie bordelaises et girondine ont été fréquemment reçues dans l’Ordre de Sainte Claire, et cela, jusqu’en plein XVIe siècle.

Les actes notariés relatifs aux propriétés du monastère n’énumèrent jamais plus de 12 ou 14 sœurs, souvent beaucoup moins (5, 6, 8). Quelques fois, certes, allusion est faite à plus d’autres Soeurs, absentes. Mais il est probable que la communauté bordelaise était peu nombreuse, rien de comparable, en tout cas, avec la communauté de Toulouse qui, au XIV et XVe siècle, rassemblait en chapitre conventuel jusqu’à 50 ou 60 religieuses ! Il n’est pas impossible que cet écart considérable s’explique, en partie du moins, par une différence d’esprit entre les deux monastères : à Toulouse, toutes les Sœurs auraient eu réellement « voix au chapitre », à Bordeaux, par contre, seules les responsables (Abbesse, Vicaire, Discrètes), ou les membres d’une « certaine lite », auraient été consultées. Mais ce n’est qu’une hypothèse.

L’examen attentif des listes de religieuses en notre possession semble donner toutefois à la dite hypothèse une certaine consistance. La communauté de Bordeaux réunie en chapitre donne la nette impression, surtout à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, de rassembler exclusivement le « dessus du panier » : les Soeurs issues de la noblesse ou de la bourgeoisie bordelaise. On soupçonne par ailleurs certains parents de « népotisme ». Figurent souvent dans un même acte, deux, voire trois religieuses portant le même nom que l’Abbesse : nièces ? Sœurs ? Cousines ? c’est probable. Lorsque survient un changement d’Abbesse, sans doute par décès, d’une année à l’autre parfois les parentes de l’ancienne Abbesse disparaissent des délibérations capitulaires, et l’on voit apparaître, à la place, quelques parentes de la nouvelle Abbesse…

Parmi les rares détails concrets sur la vie des Soeurs que nous fournissent les documents, on trouve, et c’est significatif, des renseignements concernant la vendange et la moisson.

Le 7 novembre 1308, le Pape gascon Clément V (ancien archevêque de Bordeaux) autorise les Sœurs, et cela pendant trente ans, à sortir pour un mois du monastère, au moment de la moisson et de la vendange, afin de quêter leur nourriture et de régler leurs affaires ; à condition toutefois, précise le Pape, que le Provincial d’Aquitaine donne son consentement, et qu’une jeune Sœur ne sorte pas sans être accompagnée par une Sœur âgée.

Autour de 1560, d’autre part, on voit les tenanciers de la communauté rendre des comptes à l’Abbesse dans la maison que les Sœurs possèdent sur la paroisse d’Eysines ; l’Abbesse elle-même recueille sur place les rentes en nature qui lui sont dues pour des vignes, et ne semble pas toujours pressée de rentrer à Bordeaux (cette pratique suscite d’ailleurs des protestations).

 

3 Premières grandes épreuves : la Guerre de Cent Ans

 

Dès le début des hostilités entre l’Angleterre et la France (années 30 du XIVe siècle), les épreuves commencent pour la communauté.

Devant les menaces que la guerre fait peser sur Bordeaux, diverses précautions sont prises pour préserver la sécurité de la ville : notamment la démolition des maisons et autres bâtiments qui, situés à l’extérieur des remparts, mais trop près de ces derniers, pouvaient servir de points d’appui pour un assaillant éventuel.

Le cloître, le « dortoir », le réfectoire, et les autres bâtiments du monastère des Clarisses, sans doute édifiés à l’extérieur des murailles, sont donc abattus, afin de de permettre la mise en état de défense du rempart (un rempart qui, à cet endroit, semble avoir été réduit à sa plus simple expression). Seule l’église conventuelle est épargnée, parce que s’élevant, selon toute vraisemblance, à l’intérieur de l’enceinte.

Les Sœurs réclament alors l’aide du roi d’Angleterre. Répondant à leur requête, celui-ci adresse des instruction en ce sens au Sénéchal de Gascogne et au Connétable de Bordeaux, le 1er juin 1342 : la communauté devra être dédommagée pour la perte de son monastère, dont les bâtiments détruits avaient été estimés à la valeurs de 5000 livres bordelaises.

L’année suivante, le Pape Clément VI autorise la reconstruction du monastère à l’intérieur du rempart, à côté de l’église, avec les matériaux provenant de la démolition des anciens bâtiments (8 juin 1343). Autorisation renouvelée, exactement un an plus tard par le même Pape (8 juin 1344).

Le calme revenu par la suite, une porte devait être percée dans le rempart, pour permettre aux Sœurs de circuler librement entre leur monastère « intra-muros », et les jardins ou autres dépendances restées « extra-muros ».

Au début du XVe siècle, période difficile pour tout le monde, l’église du monastère, très délabrée, menace ruine. À la demande des Sœurs, les Jurats adressent au Pape une lettre, dans laquelle ils le prient d’accorder une indulgence à tous ceux qui apporteront leur aide pour la réparation de l’édifice (17 avril 1415).

Cette lettre nous apprend que l’église a été édifiée « en l’honneur de la bienheureuse Claire Vierge » ; les Sœurs sont très pauvres, et ne vivent presque que d’aumônes (l’affirmation paraît excessive…) ; l’église, en raison de son ancienneté, est sur le point de s’effondrer, et les fidèles n’osent plus y assister à l’office divine.

Lorsque les armées françaises assiègent pour la seconde fois Bordeaux, en juillet 1453, diverses mesures sont prises par les Anglo-Gascons pour mettre la ville en état de défense. C’est ainsi qu’une solide garnison (10 « lances » et 30 archers) est installée dans le monastère...

 

4 Déclin, agonie et disparition de la Communauté (XVIe siècle)

 

Le XVIe siècle devait être fatal aux Clarisses de Bordeaux. L’installation d’un Ordre alors en pleine jeunesse, en pleine expansion et en pleine ferveur, l’Annonciade, semble avoir tari le recrutement de la communauté, en drainant vers les nouvelles venues des jeunes filles ou des femmes qui, auparavant, seraient entrées chez les « Menudes ». D’ailleurs, celles-ci faisaient l’objet à cette époque (autour de 1520), de sévères critiques, certaines très graves : non respect de la clôture ; vie dissolue de l’Abbesse (accusée d’avoir eu plusieurs enfants depuis son entrée au monastère), et de quelques autres Sœur.

Avant de porter un jugement sans appel sur l’inconduite de ces Sœurs, reproduisons, en modernisant l’orthographe et le style, voir en le paraphrasant pour plus de clarté, l’explication lucide qu’en donne le représentant des Observants de Bordeaux : « les dites Sœurs ne sont pas volontaires pour observer une réforme ; elles ne se sont pas faites religieuses par dévotion, mais pour vivre, parce que leurs parents n’avaient pas de quoi les marier, ou ne pouvaient les marier en raison de leur difformité, de leur manque de sagesse pour vivre dans le monde ; il y en a même qui ne sont pas professes » (189). Un tel texte se passe de commentaire.

Les circonstances extérieures, politiques et militaires, qui viennent de frapper rudement la communauté, ne font que déclencher pour celle-ci le processus d’une lente agonie : à moins de deux siècles de distance, les nécessités, réelles ou supposées, de la guerre (entre François 1er et Charles Quint cette fois), entraînent la démolition totale du monastère.

Décidée en 1522, cette mesure provoque, à peine rendue publique, un sérieux conflit entre les communauté franciscaines de Bordeaux et les autorités civiles, municipales notamment : la décision, assez arbitraire, d’installer les Clarisses dans l’un des deux couvents franciscains, en regroupant ans une seule maison tous les Frères, entraîne procès, échange de mémoires contradictoires, intervention royale…. Dans cette lutte entre les Franciscains et les notables bordelais, nos infortunés clarisses n’apparaissent guère, en définitive, que comme des prétextes, les enjeux impuissants d’un conflit dont les raisons profondes dépassent le simple domaine de la sécurité militaire et de la permutation des logements : l’arrière-plan réel de l’affaire, c’est le conflit opposant, depuis des années, Observants et Conventuels. La Municipalité, favorable à ceux-ci, tente d’expulser les Observants du grand couvent, mais se garde bien d’y installer les Clarisses (qui auraient d’ailleurs été complètement « perdues » dans cette immense bâtisse) !.

La démolition du monastère est réalisée entre mai et novembre 1525 : le 5 main un arrêt du Parlement en donne l’ordre ; le 15 novembre, la Jurade prend des mesures contre la vente sauvage, par les ouvriers, des « vitres » et des « ferremens » du « Couvent de Sainte Claire qui avoit été abattu ».

Dès lors, et pendant cinquante ans, nos Clarisses vont mener, dans un logement précaire, inadapté à une vie contemplative même réduite au minimum, une existence difficile, placée sous le signe d’un « provisoire qui dure ».

En principe, pourtant, les matériaux provenant de la démolition sont destinés à l’édification d’un nouveau monastère, sur un autre emplacement dont le choix reste à faire. Mais, contrairement aux engagements pris par la Jurade, et malgré l’action en justice menée par le syndic de la communauté pour en obtenir l’exécution, le monastère ne sera jamais reconstruit. Bien plus : il semble que les Sœurs n’aient jamais reçu le moindre dédommagement pécuniaire digne de ce nom.

En attendant, nos « Menudes » sont logées dans un local vétuste, presque croulant, de cet Hôpital Saint André fondé à la fin du XIVe siècle par le Chanoine Vital Carles (sur l’actuelle place Jean Moulin), où il leur est impossible de célébrer l’Office.

Envisagée par les Sœurs elles-mêmes, ou par les autorités civiles (1525-1528), l’installation de la communauté au Monastère de l’Annonciade ne devait se réaliser qu’un demi-siècle plus tard.

En tout cas, réfugiées à l’Hôpital Saint André dès 1525-1528, les Clarisses s’y trouvent encore vingt ans plus tard : en 1544-1545, le Chapitre de Saint Seurin fait une aumône de 6 sous « aux Sœurs Mineures de Sainct-André ».

Une enquête menée par le Parlement début janvier 1570, juste après la mort de l’avant dernière Abbesse, nous apprend que les Sœurs logent toujours dans des dépendances du même Hôpital. Elles y sont encore, semble-t-il, en mars 1573 : des témoins d’un acte les concernant, passé au « couvent » à cette date, appartiennent tous au personnel de l’Hôpital Saint André. Le transfert effectif des Clarisses à l’Annonciade n’eut vraisemblablement lieu qu’en avril 1575, c’est à dire lors de la mise en route des démarches préparatoires à l’union. À cette époque, d’ailleurs, l’afflux des pauvres dans les bâtiments hospitaliers rendait nécessaire le départ des Sœurs.

Contrairement à ce qu’affirment parfois certains historiens, la communauté ne paraît donc pas avoir résidé à l’Hôpital de la Peste, voisin du monastère détruit.

C’est, semble-t-il, à la suite de l’enquête de janvier 1570, que la fusion juridique entre les Clarisses survivantes et les Annonciades, décidée en principe, trois ans plus tôt, par le Pape Clément XIII (1567), est envisagée sérieusement ; l’initiative en reviendrait à l’un des membres du Parlement, M. de Lansac, descendant des « fondateurs » du monastère de l’Annonciade. La Cour décide alors de confier à l’Archevêque de Bordeaux une enquête sur l’opportunité d’une telle union.

L’abondant dossier de la fusion des deux communautés nous fournit d’intéressants renseignements sur la situation dans laquelle se trouvent les Clarisses survivantes à cette époque. Vivant toujours dans des conditions précaires, défavorables à l’observation de la Règle, les Sœurs font de plus en plus l’objet de critiques : dans leur chapelle de fortune, elles disent mal l’Office ; elles circulent à leur guise à travers la ville, « fréquentant les séculiers dans leurs maisons » ; de surcroît, elles laissent leurs affaires aller à vau-l’eau.

Réduites à une poignée de plus en plus mince, âgées, elles s’obstinent à maintenir jusqu’au bout la fiction d’une communauté constituée, et à percevoir pour elles seules des revenus, de plus en plus maigres il est vrai. La situation des Sœurs n’est pas favorable, on s’en doute, à une bonne gestion des biens temporels que la communauté possède toujours. Vers 1549, l’Abbesse « vénérable dame » Hélène de Bordeaux, doit entamer une action judiciaire contre ses tenanciers de la paroisse d’Eysines qui, depuis vingt ans, n’ont pas payé les redevances en grain, et dérobent même le grain en question entreposé dans la grange du « Cornau des Comes ». En 1550, les Sœurs portent plainte devant la Cour Sénéchale de Guyenne, contre des particuliers qui ont, sans leur autorisation, édifié un pont de bois le long des murs du moulin de Courréjean, pour y faire circuler leurs charrettes de foin.

Les rangs des Sœurs ne cessent de s’éclaircir, écrivions-nous à l’instant : en janvier 1554, 10 religieuses, y compris l’Abbesse, apparaissent encore dans un acte ; en novembre 1565, 5 sont énumérées, Abbesse comprise ; en janvier 1570, on en compte 4 ; en janvier 1578, elles ne sont plus que deux (dont l’Abbesse).

Le décès de l’Abbesse, en 1570, fournit, on l’a vu, aux autorités civiles et religieuses locales l’occasion d’intervenir de façon définitive dans une situation sans issue, et de mettre à exécution la bulle pontificale de 1567.

Entreprises avec un retard considérable, en 1575, les démarches pour la fusion sont entravées ou retardées pendant plusieurs années encore par la dernière Abbesse, Maude Chalon, ou de Challons, dite de Maisonnoble (tante d’un protestant connu), seule parmi ses Sœurs à s’y opposer obstinément. Les autres religieuses paraissent tout à fait à l’aise avec les Annonciades, et ne font pas de difficultés, l’une d’elles avoue même trouver dans la Règle de l’Annonciade la substance de la Règle de Sainte Claire…

Ordonnée, de façon impérative, par Grégoire XIII, le 28 juin 1577 (206), la suppression officielle de la communauté des Clarisses, et de son union, personnes et biens, à la communauté des Annonciades, ne devient effective qu’en juin 1580 (207) : à cette date, la dernière Abbesse est morte, une seule Clarisse est encore de ce monde, Sœur Jeanne André, « dicte de Pommiers ».

Désormais, il faut attendre la fin du XIXe siècle pour revoir une communauté de Clarisses dans l’agglomération bordelaise.

 

II Deuxième partie XIXe-XXIe siècle...

 

Bordeaux Franciscain 2 - début du 20e siècle

Trois siècles après la mort de la dernière Clarisse de Bordeaux, l’Ordre de Sainte Claire se réinstalle dans notre ville. Cette « œuvre de résurrection » est réalisée par une sœur du monastère de Romans (Drôme), Aglaé Desmeure, en religion Claire-Isabelle de Saint François. En 1878, elle est envoyée au monastère de Grenoble, récemment fondé, et en devient l’Abbesse ; elle occupe cette charge pendant 15 ans.

En 1891, effectuant la Visite Canonique, le Père Bernardin Dal Vago, ancien Ministre Général de l’Observance, lui ordonne d’aller, avec quelques sœurs, « fonder un cloître à Bordeaux ». Grâce à la générosité d’une Clarisse de Paray-le-Monial, fille du Baron Davillier, qui veut consacrer son héritage familial à la fondation d’un monastère, le projet du Père Bernardin peut être mis sur pied très rapidement.

C’est ainsi que, le 28 octobre 1891, un groupe de 6 Clarisses de Grenoble, dirigé par Soeur Claire-Isabelle, débarque en gare de Bordeaux-Bastide, et trouve un refuge provisoire chez les Franciscaines de Marie Immaculée, rue de la Teste.

 

Par la suite, nos Clarisses s’installent dans une maison du « Chemin de Pessac », au-delà des boulevards, sur Talence, près de la longue et étroite bande de terrain où devait s’élever le monastère (entre les actuelles rues Emile Zola et Jean-Jacques Rousseau). Dès le 2 février 1892, Monseigneur Victor Lecot, archevêque de Bordeaux pose et bénit la première pierre du nouvel établissement.

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Les débuts de la communauté à Talence sont difficiles. Un anticléricalisme militant, agressif, qui ne recule pas devant la violence, règne dans certaines couches de la population ; anticléricalisme dont il faudrait pouvoir étudier les motivations exactes et profondes. Les Sœurs doivent évacuer provisoirement la maison où elles logent, et se réfugier à Saint Augustin, dans une propriété mise à leur disposition par les Jésuites. On les y poursuit : un groupe qui se fait appeler « la bande à Ravachol » (861), tente de prendre d’assaut la maison. De telles scènes se renouvellent encore après l’installation de la communauté dans son nouveau monastère, dont la chapelle est consacrée par Monseigneur Lecot, le 2 août 1893. Certains énergumènes proclament même leur intention de « tuer au moins une clarisse » !

Le calme revient peu à peu dans les esprits. Et, le 30 mai 1897, moins de quatre ans après l’érection canonique du monastère, meurt, en réputation de sainteté, une jeune sœur de 19 ans, Marie-Céline de la Présentation.

Moins de 10 ans après leur retour sous le ciel bordelais, nos Clarisses, menacées par les décrets gouvernementaux sur les Congrégations, prennent le chemin de l’exil, et se réfugient à Mons, en Belgique le 28 septembre 1901. Elles y resteront plus de 20 ans. Le 12 juin 1923, elles se réinstallent, au nombre de 10, dans leur monastère de Talence, qu’elles ne quitteront plus, désormais, pendant un demi-siècle. La cérémonie de rétablissement de la clôture a lieu le 5 octobre 1923 ; elle est présidée par un Evêque Franciscain, Monseigneur Colomban Dreyer, Vicaire Apostolique de Rabat.

Neuf ans plus tard, la communauté est assez nombreuse et assez dynamique pour envoyer un groupe de Sœurs réaliser une fondation au Maroc, à Casablanca, le 15 mars 1932. Par la suite, la communauté de Talence collabore avec celle de Jérusalem, en envoyant plusieurs Sœurs : à Jérusalem même, le 17 décembre 1953 ; au Liban, pour participer à la fondation du monastère Notre Dame de l’Unité, à Beyrouth en novembre et décembre 1957.

En 1952, d’importants travaux sont effectués dans le choeur de l’église conventuelle.

C’est à Talence que se réunissent, en septembre 1953, les Abbesses des Clarisses de l’Ouest et du Sud Ouest de la France, pour mettre sur pied, conformément aux vœux exprimés par Pie XII et la Sacrée Congrégation des Religieux, une fédération de leurs monastères, ou Fédération de l’Immaculée Conception.

Les sœurs tenaient un atelier dans lequel elles réalisaient les ornement liturgiques. Elles réalisèrent, entre autres, les chasubles du Cardinal Richaud, qui fut archevêque de Bordeaux de 1950 à 1968.

Au cours des années 1970, face à la baisse des vocations religieuses, la communauté, réduite en nombre, éprouve de plus en plus de peine à « tenir » le vaste monastère de Talence. Après une période difficile de tâtonnements et de démarches diverses, une solution est enfin trouvée : les Sœurs quittent Talence, et vendent le couvent, à la place duquel des logements ont été bâtis. De ce grand couvent, il n’en reste aujourd’hui qu’un pan de mur… Les sœurs s’installent à Pessac, dans des locaux mis à leur disposition par les Soeurs de Saint Joseph, au Domaine de Fontaudin, tout près du Domaine Universitaire.

A partir du 25 juin 1980, les 12 religieuses ont vécu près de la maison des prêtres âgés du diocèse, d’une communauté de Sœurs actives, d’une pouponnière, face au Domaine Universitaire, à deux pas des tours de Saige. Le tombeau de Soeur Marie Céline fut transféré dans le parc, face au bâtiment ou vivaient les sœurs, sous le grand pin. L’inauguration officielle de la nouvelle demeure de nos Clarisses eut lieu le 14 septembre 1980, en présence de Monseigneur Marius Maziers, archevêque de Bordeaux, d’une quarantaine de prêtres et de plusieurs centaines de laïcs (862).

18- Tombeau de Marie Céline à Pessac

Les sœurs menèrent une vie simple et communautaire avec Mère Claire Isabelle pour supérieure de la communauté. Elles distribuaient des reliques de Soeur Marie Céline aux personnes qui venaient leur rendre visite. C’est ainsi que j’ai pu obtenir, un jour, en allant visiter les sœurs et me recueillir devant le tombeau de la petite Sainte, ses précieuses reliques que j’ai toujours gardées précieusement. Un Comité pour la Cause de Béatification fut monté avec Mr Le secrétariat de la cause de Béatification de Soeur Marie Céline était assuré par des laïcs.

En 2006, le nombre des sœurs, ayant considérablement diminué, elles n’étaient plus que cinq. La fermeture de la communauté de Fontaudin fut décidée. Le corps de Soeur Marie Céline fut transféré dans l’église de Nojals et Clotte, son village natal, situé en Dordogne, près de Bergerac. Deux sœurs âgées restèrent à la maison de retraite, tandis que les trois autres furent envoyées à Nieul sur Mèr, en Charente Maritime

En 2005, La reconnaissance de la guérison miraculeuse d’un enfant de dix ans qui eut lieu en 1945, permit la béatification de Soeur Marie Céline. En décembre 2006, le Pape Benoît XVI signait le décret autorisant la béatification. Celle-ci fut célébrée solennellement le 16 septembre 2007, en la Cathédrale Saint André de Bordeaux, présidée par le Cardinal José Saraiva Martins. À cette occasion, nos sœurs clarisses revinrent à Bordeaux. L’ancienne Supérieure de la communauté de Pessac, Soeur Claire-Isabelle est récemment revenue à Pessac à l’EHPAD de Fontaudin.

 

Source: "La Famille Franciscaine à Bordeaux et en Gironde", par le Frère Hugues Dedieu O.F.M. (+en 2016),

(Bordeaux-Limoges 1981, et mis à jour à Bordeaux en 2018)

 

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Biographie brève de Soeur Marie Céline de la Présentation

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La Bienheureuse Marie Céline de la Présentation

Clarisse du Monastère de l’Ave Maria de Talence

1878-1897

 

Le 23 mai 1878 est née à Nojals, près de Beaumont en Périgord, Jeanne-Germaine Castang, son père était issu d’une famille de propriétaires terriens et sa famille de notaires. Cinquième de la famille, elle était très jolie, mutine, sensible et fort débrouillarde, ayant son caractère bien a elle.

Très vite on la surnomma « la petite Maine ». En 1882, Germaine à 4 ans, avec quelques autres enfants du village, elle s’était aventurée dans l’eau froide du petit ruisseau proche de l’école. Après trois jours, sa jambe gauche se paralysa et peu à peu le pied se retourna complètement, très certainement sous l’effet d’une poliomyélite. Elle ne put marcher que sur la cheville.

Cette épreuve n’entama pas la foi et la piété de l’enfant. Les parents Castang élevaient leurs enfants dans l’amour de Dieu et du prochain. Les Sœurs de Saint Joseph complétaient cette éducation. Germaine, malgré son jeune âge, se faisait déjà remarqué pour sa dévotion à l’Eucharistie. Son père avait ouvert une épicerie café dans le bourg de Nojals.

L’affaire n’ayant pas marché, il dut quitter sa maison avec sa femme et ses enfants, pour s’installer au lieu dit Salabert, dans une grange délabrée et insalubre où allait se ruiner la santé de la famille. Leur misère était elle que Germaine dut parcourir le pays, allant d’une ferme à l’autre pour mendier de la nourriture, malgré la plaie béante et purulente qui affectait sa jambe.

Ne pouvant assurer la survie de sa famille, le père de Germaine se rendit à Bordeaux pour chercher du travail. Plus tard toute la famille le rejoignit. Sur les 11 enfants du couple, 3 étaient morts à Nojals et deux autres mourront à Bordeaux de tuberculose et de malnutrition.

En 1892, le père trouve du travail comme gardien d’un château à La Réole. Toute la famille se rendit dans ce château, sauf Germaine qui resta à Bordeaux dans le pensionnat de Nazareth où elle avait été hébergée par charité. Elle fut opérée du pied à l’Hôpital des Enfants.

Elle apprit la couture et se prépara à la Première Communion et à la Confirmation. Le 29 décembre 1892, la maman de Germaine mourut. Germaine vint prendre sa place auprès de son frère aîné Louis, gravement atteint par la tuberculose. Elle veilla sur lui jusqu’à sa mort le 6 janvier 1893, dormant sur le plancher de la chambre, où elle contracta certainement la maladie.

Depuis sa jeune enfance, Germaine désirait devenir religieuse. Son premier souhait avait été d’entrer chez les Clarisses. Elle avait été refusée à cause de sa jambe. Après la mort de sa mère, elle voulut rejoindre sa sœur Lucie dans l’ordre de Saint-Joseph à Aubenas. Elle fut refusée pour le même motif. Elle revint donc au pensionnat, se livrant aux travaux de couture tout en menant une vie de prière et de sacrifice qui édifiait son entourage.

Au cours d’une promenade en compagnie d’une amie, cette dernière lui proposa de rendre visite à une clarisse de sa connaissance. Elle reprit espoir de pouvoir devenir religieuse. La Mère Supérieure et les religieuses discernèrent chez cette jeune fille, au delà de son handicap, une âme exceptionnelle. Elle fut admise dans la communauté de l’Ave Maria le 12 juin 1896.

Son père réticent à la perdre ainsi, finit par accepter sous la condition qu’elle se fasse photographier. Elle prit l’habit le 21 novembre sous le nom de Sœur Marie-Céline de la Présentation.

Malgré la tuberculose qui la minait, elle supportait la dure vie des moniales contemplatives dans un amour toujours croissant de Dieu, de ses sœurs, de l’Eglise. Elle accueillit avec humilité et discrétion les manifestations surnaturelles de l’Amour de Dieu. Lorsque la Mère Abbesse prit conscience de la gravité de son état et fit venir le médecin, il était trop tard.

Elle mourut le 30 mai 1897, à l’âge de 19 ans. Dès sa mort elle se manifesta à de nombreuses personnes par des parfums. On la surnomma la « Sainte aux parfums ». La réputation de sa sainteté se répandit dans le monde entier. Déclarée Vénérable le 22 janvier 1957, Marie-Céline a été déclarée Bienheureuse en la Cathédrale Saint André de Bordeaux le 16 septembre 2007. Sa célébration liturgique est célébrée chaque année 30 mai.

Sœur Marie Céline qui a connu la misère, l’exclusion, le handicap et la souffrance jusqu’à la mort, est un modèle pour tous ceux qui souffrent de maladie, handicap physique, pauvreté et exclusion sociale de nos jours ! Elle qui écrivait avant de mourir : « Je meurs sans regrets et je te donne rendez vous au ciel… La haut, je n’oublierais personne… », veille aujourd’hui sur tous ceux qui s’adressent à elle. Elle pourrait être donné comme sainte patronne du Tiers monde.

 

Prière pour demander la Canonisation de la Bienheureuse Marie Céline de la Présentation

 

O Dieu qui es admirable dans tes saints, nous te demandons de nous accorder par l’intercession de la Bienheureuse Marie Céline de la Présentation, fille de Saint François et de Sainte Claire d’Assise la grâce que nous demandons (…) afin qu’elle soit élevée au rang des Saints de ton Eglise et que nous soyons portés à imiter ses vertus. Nous te le demandons au Nom de Jésus, le Christ notre Seigneur. Amen.

 

Prière à la Bienheureuse Marie Céline

 

Sœur Marie Céline, fille de Nojals, toi qui au ciel as promis de n’oublier personne, aide-nous à aimer Dieu plus que tout, aide-nous, pour que nous vivions en frères, a marcher sur les chemins d’humilité et ainsi, à témoigner de la joie des cœurs qui cherchent Dieu. Amen.

 

 

Pour toute relation de grâces obtenues par l’intercession de la Bienheureuse Marie-Céline,

demandes de reliques et de biographies, et toutes informations,

 

Monastère des Clarisses

Le Pin

47600 Nérac

Mail : bienheureuse.marie.celine@gmail.com

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